Puis Allah le protégea de cela et fit descendre ce verset.
Le terme « ليفتِنونَكَ » signifie : t’écarter (te détourner). On dit : « فتنتُ الرجلَ عن رأيه » lorsque je l’ai détourné de l’avis qu’il suivait, ainsi l’explique Al-Harawî. D’autres ont dit : « ils veulent te faire dévier », et le sens reste identique.
« عَنِ الَّذِي أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ » : c’est-à-dire de la législation coranique, car accéder à leur requête impliquerait de contredire le jugement du Coran.
« لِتَفْتَرِيَ عَلَيْنَا غَيْرَهُ » : afin que tu inventes contre Nous autre chose que ce que Nous t’avons révélé. Tel était notamment le propos de la tribu de Thaqîf : « Déclare notre vallée sacrée comme tu as déclaré sacrée La Mecque : son arbre, ses oiseaux et son gibier. Si les Arabes t’interrogent sur la raison de cette distinction, réponds-leur : ‘Allah me l’a ordonné’, afin que tu aies une excuse. »
« وَإِذًا لَاتَّخَذُوكَ خَلِيلًا » : Autrement dit, si tu avais fait ce qu’ils voulaient, ils t’auraient pris pour intime, c’est-à-dire ils t’auraient soutenu et manifesté leur amitié. Le mot « خليل » (avec la ḍamma sur le khâ’ ) renvoie à l’amitié née de la connivence. D’aucuns ont dit : « لاتخذوك خليلاً » veut dire : ils t’auraient rendu pauvre, le terme « خَلّة » (avec la fatha sur le khâ’ ) désignant la pauvreté, car tu aurais alors eu besoin d’eux.
[ Sourate Al-Isrâ’ (17) : versets 74-75 ]
« Et n’eût été que Nous t’avons raffermi, tu aurais presque penché vers eux, ne fût-ce qu’un peu (74). Alors Nous t’aurions fait goûter le double de la vie et le double de la mort, et tu n’aurais trouvé pour toi, contre Nous, aucun secoureur (75). »
Sa Parole, Exalté soit-Il : « وَلَوْلا أَنْ ثَبَّتْنَاكَ » : c’est-à-dire sur la vérité, et Nous t’avons protégé de leur complaisance. « لَقَدْ كِدْتَ تَرْكَنُ إِلَيْهِمْ » : tu étais sur le point de pencher. « شَيْئًا قَلِيلًا » : une inclination minime.
Qatâda rapporte : lorsque ce verset fut révélé, le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – dit : « Ô Allah, ne m’abandonne pas à mon âme le temps d’un clin d’œil. »
On a dit encore : l’adresse apparente vise le Prophète – paix et bénédictions sur lui –, mais le sens implicite concerne la tribu de Thaqîf.
Le sens est : « Ils étaient sur le point de t’amener à pencher vers eux », c’est-à-dire ils allaient rapporter de toi que tu avais accepté leur propos. Le texte attribue donc leur action au Prophète par métaphore et par élargissement de style, de la même façon que l’on dit à quelqu’un : « Tu as failli te tuer », c’est-à-dire : les gens ont failli te tuer à cause de ce que tu as fait (ainsi qu’il est rapporté par Al-Mahdawî).
D’autres commentent : il n’y eut chez lui aucune velléité de pencher vers eux ; l’idée est plutôt : « N’eût été la grâce d’Allah sur toi, tu aurais pu incliner à les satisfaire, mais la grâce d’Allah s’est pleinement manifestée en toi et tu ne l’as pas fait », comme l’a mentionné Al-Qushayrî.
Ibn ‘Abbâs dit : « Le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – était protégé (ma‘sûm) ; cependant, ce passage est un enseignement pour la communauté, afin qu’aucun d’entre eux ne penche vers les polythéistes dans quelque prescription ou législation d’Allah, Exalté soit-Il. »