Parole du Très-Haut :
« Il dit : « Va-t’en » »
Il s’agit là d’un ordre d’humiliation ; autrement dit : « déploie tous tes efforts, puisqu’il t’a été accordé un délai », c’est-à-dire : agis sur ceux de la descendance d’Âdam qui te suivront.
« Car l’Enfer sera votre rétribution, une rétribution entière »
c’est-à-dire abondante, selon Mujâhid et d’autres. L’expression « jazâ’an mawfûran » est à l’accusatif, employée comme un masdar (substantif verbal). On dit : « wafartuhu afiru-hu wafran – j’ai abondamment procuré telle chose », et « wafara l-mâlu binafsihī yafiru wufûran – la richesse s’est accrue d’elle-même, elle est alors wāfir (abondante) » ; le verbe peut être transitif ou intransitif.
« Et bouscule, par ta voix, qui tu pourras d’entre eux ; mobilise contre eux ta cavalerie et ton infanterie ; associe-toi à eux dans les biens et les enfants ; fais-leur des promesses – or le Diable ne leur promet que tromperie. » (v. 64)
Il y a dans ce verset six questions :
Premièrement : Sa parole : « Et bouscule (wastafziz) ». Autrement dit : fais trébucher, allège (leur poids de la crainte de Dieu). La racine renvoie à l’idée de « couper » ; on dit : « tafazzaza l-thawb » lorsqu’un vêtement se déchire. Le sens est donc : fais-le dévier en le coupant du Vrai. « Istafzaza-hu l-khawfu » signifie : la peur l’a fait sortir de son calme. « Il s’est assis mustafizzan » : sans tranquillité. L’impératif « wastafziz » relève ici du défi : tu n’as en réalité pas le pouvoir d’égarer qui que ce soit, tu ne disposes d’aucune autorité sur quiconque ; fais donc ce que tu veux.
Deuxièmement : Sa parole : « par ta voix (bi-sawtika) ». D’après Ibn ʿAbbâs, sa voix désigne tout appel invitant à la désobéissance d’Allah Très-Haut. Mujâhid dit : le chant, les flûtes et les divertissements. Ad-Dahhâk : le son du hautbois. On rapporte qu’Âdam (ʿalayhi as-salâm) avait fait demeurer les enfants de son fils Shîth sur le sommet de la montagne, tandis que ceux de Qâbîl se trouvaient plus bas ; parmi ces derniers se trouvaient des filles d’une grande beauté. Le maudit se mit alors à jouer du mizmar ; ils ne purent se maîtriser, descendirent et commirent la fornication – récit mentionné par al-Ghaznawî. D’autres disent : « par ta voix » signifie : par tes insinuations.
Troisièmement : Sa parole : « mobilise contre eux ta cavalerie et ton infanterie (bi-khaylika wa-rajilika) ». Le verbe « ajlib » a pour sens originel de pousser (des bêtes) avec tumulte ; d’où « al-jalab, al-jalaba » : les clameurs. On dit : « jallabû » (avec redoublement) pour « ils ont poussé avec vacarme ». « Jalabtu l-shay’a ilayya » et « ijtalabtu-hu » ont le même sens : attirer, amener. « Ajlaba ʿala l-ʿaduwwi ijlāban » : se ruer sur l’ennemi. Le sens global est donc : « rassemble contre eux tout ce que tu peux de tes ruses ».