Al-Mousayyab rapporte que l’ordre d’« abaisser l’aile » et de l’« élever » a été donné à titre d’image, à l’instar de l’aile de l’oiseau qu’il étend et replie au-dessus de ses petits.
Quant au « dhoul » (l’abaissement humble), il désigne la douceur et la soumission. La récitation de la grande majorité des lecteurs fait entendre la lettre dhâl avec damma : « adh-dhullu ». On dit : « dhalla–yadhillu dhullan, dhillatan, madhallatan ; il est dhâll, dhalîl ». Sa‘îd ibn Jubayr, Ibn ‘Abbâs et ‘Urwa ibn az-Zubayr ont lu « adh-dhill » avec kasra du dhâl, et cette lecture est également rapportée de ‘Âsim, selon l’expression : « une monture dhalûl – parfaitement docile ». Dans le bestiaire, « adh-dhill » s’emploie pour la bête soumise, facile à mener, par opposition à la rétive.
À la lumière de ce verset, l’être humain se doit donc de se placer vis-à-vis de ses père et mère dans la plus parfaite humilité : dans ses paroles, ses déplacements, son regard. Qu’il s’abstienne de les fixer d’un œil perçant, car ce regard est celui de la colère.
Quinzièmement : l’adresse contenue dans ce verset vise, de prime abord, le Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui –, mais c’est sa communauté qui est visée en réalité, puisqu’à l’époque il n’avait plus de parents vivants.
Il n’est pas fait mention de l’humilité dans la parole du Très-Haut : « Abaisse ton aile pour les croyants qui te suivent » [aṣ-Ṣâffât : 215], alors qu’elle l’est ici en considération de la grandeur du droit des parents et pour en souligner l’insistance. La préposition « min » dans l’expression « min ar-raḥmah » (par miséricorde) est soit explicative : cet abaissement procède de la miséricorde tapie au fond du cœur et n’est pas un simple geste de façade ; soit elle marque la finalité.
Ensuite, le Très-Haut ordonne à Ses serviteurs d’implorer la miséricorde pour leurs parents et de prier en leur faveur : aie donc pour eux la même miséricorde qu’ils ont eue pour toi, agis avec douceur envers eux comme ils l’ont fait envers toi, lorsqu’ils prirent soin de toi alors que tu étais petit, ignorant et démuni ; ils t’ont préféré à eux-mêmes, ont veillé leurs nuits pour toi, ont souffert de la faim afin de te rassasier, se sont privés d’habit pour te vêtir. Ne leur rends justice qu’en acceptant qu’ils atteignent dans la vieillesse le même degré de faiblesse que tu connûs dans l’enfance, afin que tu assumes à leur égard ce qu’ils assumaient des tiens, tout en reconnaissant leur antériorité.
Le Messager d’Allah – qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix – a dit : « Aucun enfant ne s’acquittera jamais pleinement de la dette qu’il doit à ses parents, sauf s’il les trouve réduits en esclavage, qu’il les achète puis les affranchisse. » Ce ḥadith sera évoqué, si Allah le veut, dans la sourate « Maryam ».
Seizièmement : le Très-Haut dit : « comme tous deux m’ont élevé » – Il a cité expressément l’éducation afin que le serviteur se remémore la sollicitude et l’attention de ses parents dans son éducation, ce qui accroît sa tendresse et son affection à leur égard. Tout cela concerne les deux parents croyants ; or le Coran a interdit de demander pardon pour les polythéistes décédés, fussent-ils parents proches, ainsi qu’il a déjà été précisé.
Ibn ‘Abbâs et Qatâdah rapportent que tout ceci a été abrogé par la parole divine : « Il n’appartient ni au Prophète ni à ceux qui croient d’implorer le pardon en faveur des polythéistes… jusqu’à : les hôtes de la Fournaise. » De sorte que, si les deux parents du musulman sont dhimmis, il doit se conformer