Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Je dis :
Dans le ḥadith authentique de Héraclius on lit : « La cause du fils d’Abî Kabcha a véritablement pris de l’ampleur ; voilà que le roi des Banû l-Aṣfar en a peur ! » – c’est-à-dire : elle s’est répandue, s’est multipliée. Tous ces emplois sont intransitifs ; c’est pourquoi al-Kisâ’î les a réprouvés – et Allah est plus Savant.

Al-Mahdawî dit : Celui qui lit « أَمِرَ / amira » (avec élision de l’allongement et kasra sur la mîm) suit une variante dialectale ; et si l’on fait de « amira » un verbe transitif, c’est par analogie avec « ʿamira » (se peupler), parce que la multiplicité est ce qui se rapproche le plus de l’urbanisation ; on l’a donc rendu transitif comme « ʿamira ».

Les autres lecteurs retiennent « أَمَرْنَا / amarnâ » – dérivé de l’ordre : « Nous leur avons enjoint l’obéissance, à titre d’argument, d’avertissement, de menace et d’intimidation ; mais ils se sont dépravés », c’est-à-dire qu’ils sont sortis de l’obéissance en Nous désobéissant. « Alors la Parole se réalisa contre eux » : le châtiment leur devint obligatoire – d’après Ibn ʿAbbâs.

On a également dit : « amarnâ » signifie : Nous les avons institués émirs, car les Arabes disent : « un émir qui n’est pas commandé », c’est-à-dire qui n’a pas d’autorité au-dessus de lui.

D’autres l’ont compris au sens de : Nous avons dépêché leurs superbes (leurs tyrans).

Hârûn a déclaré – et c’est la lecture d’Ubayy – : « بعثنا أكابر مجرميها ففسقوا / Nous avons envoyé les principaux criminels d’entre eux et ils se sont pervertis », ainsi que l’a rapporté al-Mâwardî.

An-Naḥḥâs rapporte encore que Hârûn, au sujet de la lecture d’Ubayy, disait : « وإذا أردنا أن نهلك قرية بعثنا فيها أكابر مجرميها فمكروا فيها فحقّ عليها القول / Et lorsque Nous voulons détruire une cité, Nous y dépêchons ses criminels influents ; ils y intriguent alors, et la Parole se réalise contre elle. »

Il est également permis que « amarnâ » signifie : Nous avons multiplié (ses habitants). C’est dans ce sens que l’on cite l’expression : « Le meilleur des biens est une jument ma’mûrah », comme il a été vu précédemment.

Certains ont soutenu que « ma’mûrah » ne fait que rimer avec « ma’bûrah », comme dans les paires « al-ghadâyâ wa-l-ʿashâyâ » (les repas du matin et du soir),
ou encore dans la formule : « ارجعن مأزورات غير مأجورات / Revenez, blâmées, non récompensées. »

Ainsi, dans cette acception, on ne dira pas : « أَمَرَهُمُ الله / Allâh les a “amra” » pour signifier « Il les a multipliés » ; on dira plutôt « آمَرَهُ / âmarahu » ou « أَمَرَهُ / amarahu ». Abû ʿUbayd et Abû Ḥâtim ont opté pour la lecture adoptée par la majorité.

Abû ʿUbayd explique : nous avons choisi « amarnâ » parce que les trois sens – l’ordre, l’autorité (l’imâra) et l’abondance – s’y trouvent réunis.

Quant au terme « al-mutraf », il désigne celui qui mène une vie de luxe ; ils ont été spécifiquement visés par l’ordre, car les autres dépendent d’eux.

Troisièmement, la parole du Très-Haut : « فَدَمَّرْنَاهَا / Nous l’avons anéantie » – c’est-à-dire : Nous l’avons complètement détruite. « تَدْمِيرًا / une destruction totale » est un nom d’action employé pour accentuer la sévérité du châtiment qui les a frappés.

Dans le Ṣaḥîḥ il est rapporté, d’après Zaynab bint Jaḥsh – épouse du Prophète, qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Son salut – qu’elle dit : Un jour, le Messager d’Allah – qu’Allah le bénisse et le salue – sortit, effrayé, le visage rouge, en disant : « Il n’est de divinité qu’Allah ! Malheur aux Arabes d’un mal qui s’est rapproché ! Aujourd’hui il s’est ouvert dans la digue de Gog et Magog une brèche de cette taille-ci », et il forma un cercle avec son pouce et l’index. Elle dit : « Je demandai : Ô Messager d’Allah, allons-nous périr alors qu’il y a parmi nous… »

قُلْتُ: وَفِي حَدِيثِ هِرَقْلَ الْحَدِيثَ الصَّحِيحَ: " لَقَدْ أمر أمر، ابن أبى كبشة «١» ، لَيَخَافُهُ مَلِكُ بَنِي الْأَصْفَرِ" أَيْ كَثُرَ. وَكُلُّهُ غَيْرُ مُتَعَدٍّ وَلِذَلِكَ أَنْكَرَهُ الْكِسَائِيُّ، وَاللَّهُ أَعْلَمُ. قَالَ الْمَهْدَوِيُّ: وَمَنْ قَرَأَ " أَمِرَ" فَهِيَ لُغَةٌ، وَوَجْهُ تَعْدِيَةِ " أَمِرَ" أَنَّهُ شَبَّهَهُ بِعَمِرَ مِنْ حيث كانت الكثرة أقرب شي إِلَى الْعِمَارَةِ، فَعُدِّيَ كَمَا عُدِّيَ عَمِرَ «٢» . الْبَاقُونَ " أَمَرْنا " مِنَ الْأَمْرِ، أَيْ أَمَرْنَاهُمْ بِالطَّاعَةِ إِعْذَارًا وإنذارا وتخويفا ووعيدا. فَفَسَقُوا أي فأخرجوا عَنِ الطَّاعَةِ عَاصِينَ لَنَا. فَحَقَّ عَلَيْهَا الْقَوْلُ فَوَجَبَ عَلَيْهَا الْوَعِيدُ، عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ. وَقِيلَ: " أَمَرْنا " جَعَلْنَاهُمْ أُمَرَاءَ، لِأَنَّ الْعَرَبَ تَقُولُ: أَمِيرٌ غَيْرُ مَأْمُورٍ، أَيْ غَيْرُ مُؤْمَرٍ. وَقِيلَ: مَعْنَاهُ بعثنا مستكبريها. قال هارون: وهى قراءة أ، بي " بَعَثْنَا أَكَابِرَ مُجْرِمِيهَا فَفَسَقُوا" ذَكَرَهُ الْمَاوَرْدِيُّ. وَحَكَى النَّحَّاسُ: وَقَالَ هَارُونُ فِي قِرَاءَةِ أُبَيٍّ: " وَإِذَا أَرَدْنَا أَنْ نُهْلِكَ قَرْيَةً بَعَثْنَا فِيهَا أَكَابِرَ مُجْرِمِيهَا فَمَكَرُوا فِيهَا فَحَقَّ عَلَيْهَا الْقَوْلُ" . وَيَجُوزُ أَنْ يَكُونَ " أَمَرْنا " بِمَعْنَى أَكْثَرْنَا، وَمِنْهُ " خَيْرُ الْمَالِ مُهْرَةٌ مَأْمُورَةٌ" عَلَى مَا تَقَدَّمَ. وَقَالَ قَوْمٌ: مَأْمُورَةٌ اتِّبَاعٌ لِمَأْبُورَةٍ، كَالْغَدَايَا وَالْعَشَايَا. وَكَقَوْلِهِ: " ارْجِعْنَ مَأْزُورَاتٍ غَيْرَ مَأْجُورَاتٍ" . وَعَلَى هَذَا لَا يُقَالُ: أَمَرَهُمُ اللَّهُ، بِمَعْنَى كَثَّرَهُمْ، بَلْ يُقَالُ: آمَرَهُ وَأَمَرَهُ. وَاخْتَارَ أَبُو عُبَيْدٍ وَأَبُو حَاتِمٍ قِرَاءَةُ الْعَامَّةِ. قَالَ أَبُو عُبَيْدٍ: وَإِنَّمَا اخْتَرْنَا " أَمَرْنا " لِأَنَّ الْمَعَانِيَ الثَّلَاثَةَ تَجْتَمِعُ فِيهَا مِنَ الْأَمْرِ وَالْإِمَارَةِ وَالْكَثْرَةِ. وَالْمُتْرَفُ: الْمُنَعَّمُ، وَخُصُّوا بِالْأَمْرِ لِأَنَّ غَيْرَهُمْ تَبَعٌ لَهُمْ. الثَّالِثَةُ- قَوْلُهُ تَعَالَى: (فَدَمَّرْناها) أي استأصلناها بالهلاك. (تَدْمِيراً) ذكر الْمَصْدَرَ لِلْمُبَالَغَةِ فِي الْعَذَابِ الْوَاقِعِ بِهِمْ. وَفِي الصحيح «٣» من حديث بِنْتِ جَحْشٍ زَوْجِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَالَتْ: خَرَجَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يَوْمًا فَزِعًا مُحْمَرًّا وَجْهُهُ يَقُولُ: " لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَيْلٌ لِلْعَرَبِ مِنْ شَرٍّ قَدِ اقْتَرَبَ فُتِحَ الْيَوْمَ مِنْ رَدْمِ يَأْجُوجَ وَمَأْجُوجَ مِثْلُ هَذِهِ" وَحَلَّقَ بِإِصْبَعِهِ الْإِبْهَامِ وَالَّتِي تَلِيهَا. قَالَتْ: فَقُلْتُ يَا رَسُولَ اللَّهِ، انهلك وفينا
(١). يُرِيدُ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، وَكَانَ الْمُشْرِكُونَ يَقُولُونَ لِلنَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ" ابْنَ أَبِي كَبْشَةَ" شبوة بأبى كبشة، رجل من خزاعة خالف قريشا من عبادة الأوثان. أو هي كنية وهب بن عبد مناف جده صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ من قبل أمه، لأنه كان نزع إليه في الشبه. أو كنية زوج حليمة السعدية (٢). عمر كفرح. (٣). في هامش ج: الصحيحين. خ.

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