Question :
‘Â’icha – que Dieu l’agrée – se fonda sur ce verset pour réfuter la parole d’Ibn ‘Umar lorsqu’il affirma : « Le défunt est certes châtié à cause des pleurs de sa famille. »
Nos savants ont dit : si elle a protesté ainsi, c’est parce qu’elle n’avait pas entendu ce ḥadith et qu’elle y voyait une opposition avec le verset. Or, il n’y a en réalité aucun motif de le rejeter, car de nombreux transmetteurs ont rapporté ce sens, tels ‘Umar, son fils, al-Mughîra b. Shu‘ba et Qayla bt. Makhrama, tous absolument affirmatifs dans leur transmission ; il n’y a donc pas lieu de les déclarer fautifs. De plus, il n’existe pas de contradiction entre le verset et le ḥadith : celui-ci doit être compris dans le cas où les lamentations (an-naŵḥ) s’effectuent sur recommandation du défunt et selon son habitude, comme le faisaient les païens de l’époque pré-islamique.
À ce propos, Ṭarafa a dit :
« Lorsque je mourrai, annonce ma disparition comme il se doit,
et déchire ton col pour moi, ô fille de Ma‘bad. »
Et encore :
« Pendant une année entière, puis dites : « Que la paix soit sur vous deux » ;
celui qui pleure un an complet s’est acquitté de son excuse. »
C’est également l’explication adoptée par l’Imâm al-Bukhârî.
Un groupe de gens de science, parmi lesquels Dâwûd, a toutefois retenu le sens littéral du ḥadith : le défunt est effectivement châtié du fait de leurs lamentations, parce qu’il a négligé, de son vivant, de les en interdire et de les discipliner à ce sujet ; il est donc puni pour sa propre négligence, non pour le péché d’autrui. Il a délaissé ce qu’Allâh a ordonné dans Sa parole : « Préservez-vous, vous et vos familles, d’un Feu » ; Allâh est plus Savant.
Parole du Très-Haut :
« Et Nous ne châtions jamais avant d’avoir envoyé un Messager. »
C’est-à-dire : Nous n’avons pas laissé la création livrée à elle-même ; Nous avons bien envoyé les messagers. Ce verset constitue une preuve que les prescriptions ne s’établissent que par la Révélation, à l’encontre des Mu‘tazilites qui prétendent que la raison, à elle seule, détermine le bien, le mal, le licite et l’illicite. Nous avons déjà traité cette question dans la sourate al-Baqarah.
La grande majorité des savants estiment que ce verset concerne le jugement d’ici-bas : Allâh n’extermine aucune communauté par un châtiment qu’après lui avoir envoyé un messager et adressé l’avertissement.
D’autres ont dit : il s’applique de façon générale à ce monde et à l’Au-delà, en se fondant sur la parole du Très-Haut : « Chaque fois qu’un groupe y sera précipité, les gardiens de l’Enfer leur demanderont : “Ne vous est-il pas venu un avertisseur ?” — “Mais si, répondent-ils, un avertisseur nous est bien venu…” »
Ibn ‘Aṭiyya a déclaré : selon l’examen attentif, l’envoi d’Âdam — sur lui la paix — avec le message de l’unicité, la diffusion des croyances parmi ses descendants, l’installation d’indices démontrant l’Existence du Créateur et la droiture primordiale des natures humaines font obligation à chaque individu, dans l’univers, de croire et de suivre la Loi d’Allâh ; puis ce devoir se renouvela à l’époque de Noé — sur lui la paix — et après cela