La deuxième question – concernant la date de l’Isrâ’.
Les savants ont également divergé à ce sujet. Les versions émanant d’Ibn Shihâb (az-Zuhri) sont elles-mêmes divergentes : Mûsâ b. ‘Uqbah rapporte de lui que le Prophète – paix et salut sur lui – fut transporté de nuit jusqu’à Bayt al-Maqdis un an avant son départ vers Médine. Yûnus, le rapportant de sa part par l’intermédiaire de ‘Urwah, d’après ‘Â’ishah, dit : « Khadîjah est décédée avant que la prière ne soit prescrite. » Ibn Shihâb ajoute : « Cela eut lieu sept ans après la mission du Prophète – paix et salut sur lui. »
Al-Waqqâsî rapporte : « L’Isrâ’ eut lieu cinq ans après le début de sa mission. » Ibn Shihâb précise encore : « Le jeûne fut prescrit à Médine avant la bataille de Badr ; la Zakât et le Ḥajj y furent prescrits, et le vin y fut interdit après (la bataille de) Uḥud. »
Ibn Isḥâq affirme : « Le Prophète fut transporté de nuit de la Mosquée sacrée à la Mosquée lointaine, c’est-à-dire Bayt al-Maqdis, à un moment où l’islam s’était déjà largement répandu à La Mecque au sein des tribus. » Yûnus b. Bukayr rapporte également de lui : « Khadîjah accomplit la prière avec le Prophète – paix et salut sur lui. » (Cette question sera détaillée plus loin.)
Abû ‘Umar dit : « Cela prouve que l’Isrâ’ se produisit plusieurs années avant l’Hégire, car Khadîjah est morte cinq ans avant celle-ci – selon certains, trois ans, selon d’autres, quatre. L’opinion d’Ibn Isḥâq contredit donc celle d’Ibn Shihâb, sans compter que les récits provenant d’Ibn Shihâb sont eux-mêmes contradictoires, comme on l’a vu. »
Al-Ḥarbî affirme : « L’Isrâ’ eut lieu la nuit du vingt-sept du mois de Rabî‘ al-Âkhir, un an avant l’Hégire. »
Abû Bakr Muḥammad b. ‘Alî b. al-Qâsim ad-Dhahabî déclare, dans son ouvrage historique : « Le Prophète fut transporté de nuit de La Mecque à Bayt al-Maqdis, puis élevé aux cieux, dix-huit mois après le début de sa mission. »
Abû ‘Umar commente : « Je ne connais personne parmi les auteurs de Sîrah qui ait tenu les propos rapportés par ad-Dhahabî ; il ne les a rattachés à aucune autorité reconnue dans ce domaine, ni transmis avec une chaîne permettant de s’y référer. »
La troisième question – Quant au caractère obligatoire de la prière et à sa forme lorsqu’elle fut prescrite, aucun savant ni aucun spécialiste de la Sîrah ne conteste que la prière fut rendue obligatoire à La Mecque, la nuit de l’Isrâ’, lorsque le Prophète fut élevé aux cieux – fait attesté dans les recueils authentiques et autres. La divergence ne porte que sur sa forme initiale. Il est rapporté de ‘Â’ishah – qu’Allah l’agrée – qu’elle fut d’abord prescrite sous la forme de deux rak‘ah, deux rak‘ah ; puis, pour la prière accomplie en résidence (ṣalât al-ḥaḍar), on ajouta et l’on compléta à quatre rak‘ah, tandis que la prière du voyageur demeura à deux rak‘ah. C’est également l’avis d’al-Sha‘bî, de Maymûn b. Mihrân et de Muḥammad b. Isḥâq.
Al-Sha‘bî précise : « Sauf la prière du Maghrib. »
Yûnus b. Bukayr rapporte : « Ibn Isḥâq a encore dit : ‘Lorsque la prière fut prescrite – c’est-à-dire lors de l’Isrâ’ – Jibrîl, sur lui la paix, vint auprès du Prophète – paix et salut sur lui – et frappa le sol de son talon en un endroit…’ »