Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

presqu’au niveau de son nombril, et l’on eût dit qu’une mèche grisonnante (1) y apparaissait. Autour de lui se trouvait un groupe d’hommes assis, auxquels il tenait un discours. Je dis alors : « Ô Jibrîl, qui est cet homme ? » — « C’est Hârûn, l’aimé de son peuple », répondit-il… puis il poursuivit le récit.

Voici donc un abrégé des narrations relatives à l’Isrâ’ qui ne figurent pas dans les deux Ṣaḥîḥ, qu’Abû ar-Rabî‘ Sulaymân Ibn Sab‘ a reproduites intégralement dans son ouvrage « Shifâ’ aṣ-Ṣudûr ».

Les gens de science ainsi que les biographes s’accordent tous pour dire que la prière ne fut prescrite au Prophète — qu’Allâh prie sur lui et le salue — qu’à La Mecque, lors de la nuit de l’Isrâ’, quand il fut élevé aux cieux. Ils ont toutefois divergé sur trois questions liées au verset : la date de l’Isrâ’, la forme de la prière, et le point de savoir si le voyage eut lieu avec son âme seule ou avec son corps. Ces trois sujets méritent d’être examinés avec soin, bien plus que le simple énoncé des hadiths. J’exposerai donc, avec l’aide d’Allâh Très-Haut, les diverses opinions des savants et la divergence des jurisconsultes à leur propos.

Première question : l’Isrâ’ eut-il lieu avec l’âme ou avec le corps ? Les Anciens comme les postérieurs ont divergé. Un groupe a soutenu qu’il s’agissait d’un voyage spirituel ; son corps n’aurait pas quitté sa couche ; il s’agissait d’une vision dans laquelle lui furent montrées les réalités, et la vision des prophètes est vérité. Cette opinion est rapportée de Mu‘âwiya et de ‘Â’isha, ainsi que d’al-Ḥasan et d’Ibn Isḥâq.

Un autre groupe a dit : le déplacement jusqu’à Bayt al-Maqdis eut lieu corporellement, à l’état d’éveil, puis l’ascension vers le ciel se fit spirituellement. Ils se sont appuyés sur la parole d’Allâh : « Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus lointaine », faisant de la Mosquée al-Aqṣâ la limite du voyage. Ils disent : s’il s’était agi d’un déplacement corporel au-delà de la Mosquée al-Aqṣâ, le verset l’aurait mentionné, car cela eût été plus éloquent dans l’éloge.

La majorité des Anciens (salaf) et des musulmans, toutefois, affirme qu’il s’agit d’un voyage corporel, à l’état d’éveil : le Prophète monta al-Buraq à La Mecque, parvint à Bayt al-Maqdis où il accomplit la prière, puis fut élevé corporellement. C’est ce qu’indiquent les narrations que nous avons évoquées ainsi que le verset.

Il n’y a rien d’impossible à ce qu’il ait été transporté avec son corps, en pleine conscience ; on ne délaisse le sens apparent pour une interprétation que lorsqu’il y a impossibilité. S’il s’était agi d’un songe, le verset aurait dit : « par l’âme de Son serviteur », et non « par Son serviteur ». De même, la parole divine : « La vue ne dévia pas et ne dépassa pas la mesure » en témoigne. Si cela avait été un rêve, il n’y aurait eu ni signe ni miracle, et Umm Hâni’ ne lui aurait pas dit : « Ne rapporte pas cela aux gens ».

(1) « Shamṭa » : mélange de noir et de blanc dans le cheveu.

قريبا من سرته قد كان أَنْ تَكُونَ شَمْطَةً «١» وَحَوْلَهُ قَوْمٌ جُلُوسٌ يَقُصُّ عَلَيْهِمْ فَقُلْتُ يَا جِبْرِيلُ مَنْ هَذَا قَالَ هَارُونُ الْمُحَبُّ فِي قَوْمِهِ .. " وَذَكَرَ الْحَدِيثَ. فَهَذِهِ نُبْذَةٌ مُخْتَصَرَةٌ مِنْ أَحَادِيثِ الْإِسْرَاءِ خَارِجَةً عَنِ الصحيحين، ذكرها أبو الربيع سليمان ابن سَبُعٍ بِكَمَالِهَا فِي كِتَابِ (شِفَاءِ الصُّدُورِ) لَهُ. وَلَا خِلَافَ بَيْنَ أَهْلِ الْعِلْمِ وَجَمَاعَةِ أَهْلِ السِّيَرِ أَنَّ الصَّلَاةَ إِنَّمَا فُرِضَتْ عَلَى النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ بِمَكَّةَ فِي حِينِ الْإِسْرَاءِ حِينَ عُرِجَ بِهِ إِلَى السَّمَاءِ. وَاخْتَلَفُوا فِي تَارِيخِ الْإِسْرَاءِ وَهَيْئَةِ الصَّلَاةِ، وَهَلْ كَانَ إِسْرَاءً بِرُوحِهِ أَوْ جَسَدِهِ، فَهَذِهِ ثَلَاثُ مَسَائِلَ تَتَعَلَّقُ بِالْآيَةِ، وَهِيَ مِمَّا يَنْبَغِي الْوُقُوفُ عَلَيْهَا وَالْبَحْثُ عَنْهَا، وَهِيَ أَهَمُّ مِنْ سَرْدِ تِلْكَ الْأَحَادِيثِ، وَأَنَا أَذْكُرُ مَا وَقَفْتُ عَلَيْهِ فِيهَا مِنْ أَقَاوِيلِ الْعُلَمَاءِ وَاخْتِلَافِ الْفُقَهَاءِ بِعَوْنِ اللَّهِ تَعَالَى. فَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الْأُولَى- وَهِيَ هَلْ كَانَ إِسْرَاءً بِرُوحِهِ أَوْ جَسَدِهِ، اخْتَلَفَ فِي ذَلِكَ السَّلَفُ وَالْخَلَفُ، فَذَهَبَتْ طَائِفَةٌ إِلَى أَنَّهُ إِسْرَاءٌ بِالرُّوحِ، وَلَمْ يُفَارِقْ شَخْصُهُ مَضْجَعَهُ، وَأَنَّهَا كَانَتْ رُؤْيَا رَأَى فِيهَا الْحَقَائِقَ، وَرُؤْيَا الْأَنْبِيَاءِ حَقٌّ. ذَهَبَ إِلَى هَذَا مُعَاوِيَةُ وَعَائِشَةُ، وَحُكِيَ عَنِ الْحَسَنِ وَابْنِ إِسْحَاقَ. وَقَالَتْ طَائِفَةٌ: كَانَ الْإِسْرَاءُ بِالْجَسَدِ يَقَظَةً إِلَى بَيْتِ الْمَقْدِسِ، وَإِلَى السَّمَاءِ بِالرُّوحِ، وَاحْتَجُّوا بِقَوْلِهِ تَعَالَى: " سُبْحانَ الَّذِي أَسْرى بِعَبْدِهِ لَيْلًا مِنَ الْمَسْجِدِ الْحَرامِ إِلَى الْمَسْجِدِ الْأَقْصَى " فَجَعَلَ الْمَسْجِدَ الْأَقْصَى غَايَةَ الْإِسْرَاءِ. قَالُوا: وَلَوْ كَانَ الْإِسْرَاءُ بِجَسَدِهِ إِلَى زَائِدٍ عَلَى الْمَسْجِدِ الْأَقْصَى لَذَكَرَهُ، فَإِنَّهُ كَانَ يَكُونُ أَبْلَغُ فِي الْمَدْحِ. وَذَهَبَ مُعْظَمُ السَّلَفِ وَالْمُسْلِمِينَ إِلَى أَنَّهُ كَانَ إِسْرَاءً بِالْجَسَدِ وَفِي الْيَقَظَةِ، وَأَنَّهُ رَكِبَ الْبُرَاقَ بِمَكَّةَ، وَوَصَلَ إِلَى بَيْتِ الْمَقْدِسِ وَصَلَّى فِيهِ ثُمَّ أُسْرِيَ بِجَسَدِهِ. وَعَلَى هَذَا تَدُلُّ الْأَخْبَارُ الَّتِي أَشَرْنَا إِلَيْهَا وَالْآيَةُ. وَلَيْسَ فِي الْإِسْرَاءِ بِجَسَدِهِ وَحَالِ يَقَظَتِهِ اسْتِحَالَةٌ، وَلَا يُعْدَلُ عَنِ الظَّاهِرِ وَالْحَقِيقَةِ إِلَى التَّأْوِيلِ إِلَّا عِنْدَ الِاسْتِحَالَةِ، وَلَوْ كَانَ مَنَامًا لَقَالَ بِرُوحِ عَبْدِهِ وَلَمْ يَقُلْ بِعَبْدِهِ. وَقَوْلُهُ" مَا زاغَ الْبَصَرُ وَما طَغى «٢» " يَدُلُّ عَلَى ذَلِكَ. وَلَوْ كَانَ مَنَامًا لَمَا كَانَتْ فِيهِ آيَةٌ وَلَا مُعْجِزَةٌ، وَلَمَا قَالَتْ لَهُ أُمُّ هَانِئٍ: لَا تحدث الناس
(١). الشمط في الشعر: اختلافه بلونين من سواد وبياض. (٢). راجع ج ١٧ ص ٩٢.

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