Il y a dans ce passage quatre questions :
Premièrement – La majorité des exégètes s’accorde à dire que ce verset est médinois ; il fut révélé au sujet de la mutilation d’Hamza le jour d’Uhud, ainsi que cela est relaté dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhârî et dans les ouvrages de Siyar. An-Naḥḥâs soutient toutefois qu’il est mecquois, estimant que son sens s’enchaîne harmonieusement avec le passage mecquois qui le précède, car il fait progresser les degrés : de celui à qui l’on adresse l’appel et l’exhortation, à celui qui polémique, puis à celui qui est rétribué selon son acte. Néanmoins, la version rapportée par la majorité est la plus probante.
Ad-Dâraquṭnî rapporte d’Ibn ʿAbbâs qu’il a dit : « Lorsque les polythéistes se retirèrent des dépouilles des martyrs d’Uhud, le Messager d’Allâh – que la prière et la paix soient sur lui – se retira à son tour et vit un spectacle qui le chagrina : il vit Hamza, l’abdomen ouvert, le nez tranché, les oreilles coupées. Il dit : “N’était la tristesse que cela causerait aux femmes ou la crainte que cela devienne une pratique après moi, je l’aurais laissé jusqu’à ce qu’Allâh le ressuscite des ventres des fauves et des oiseaux, et je mutilerai certainement à sa place soixante-dix hommes.” »
Il demanda ensuite qu’on lui apportât un manteau, avec lequel il couvrit son visage ; ses jambes dépassaient, si bien que le Messager d’Allâh – que la prière et la paix soient sur lui – en couvrit le visage et plaça sur ses jambes des brins d’idhkhir. Il le plaça ensuite en avant et prononça sur lui dix takbîr. On amenait alors un autre martyr que l’on déposait tandis que Hamza restait à sa place, si bien qu’il accomplit pour lui soixante-dix prières funéraires ; les martyrs étaient au nombre de soixante-dix.
Lorsqu’ils furent ensevelis et qu’il eut achevé leurs funérailles, ce verset fut révélé : « Appelle au chemin de ton Seigneur par la sagesse et la bonne exhortation… jusqu’à Sa parole : et endure, car ta patience ne vient que d’Allâh. » Le Messager d’Allâh – que la prière et la paix soient sur lui – patienta alors et ne mutila personne. Ce ḥadith a été rapporté par Ismâʿîl ibn Is-ḥâq d’après Abû Hurayra ; la version d’Ibn ʿAbbâs est plus complète.
At-Ṭabarî relate qu’un groupe a dit : ce verset fut révélé à propos de celui qui subit une injustice, afin qu’il ne s’en prenne à son oppresseur, lorsqu’il en a la possibilité, qu’à hauteur de l’injustice subie, sans la dépasser. Al-Mâwardî rapporte cette opinion d’Ibn Sîrîn et de Mujâhid.
Deuxièmement – Les savants ont divergé au sujet d’une personne lésée par quelqu’un qui lui a pris un bien, puis à qui cet oppresseur confie par la suite un dépôt : lui est-il permis de le trahir à hauteur de ce qu’il lui a pris ? Un groupe a répondu par l’affirmative – parmi eux Ibn Sîrîn, Ibrâhîm an-Naḫaʿî, Sufyân et Mujâhid – se fondant sur ce verset et sur la portée générale de son libellé.
Mâlik, quant à lui, ainsi qu’un groupe de savants, a estimé que cela ne lui est pas permis, invoquant la parole du Messager d’Allâh – que la prière et la paix soient sur lui : « Remets le dépôt à celui qui t’a confié un dépôt et ne trahis pas celui qui t’a trahi » (rapporté par Ad-Dâraquṭnî). Cette question a déjà été exposée de manière détaillée dans la sourate al-Baqarah.