Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Et il m’est plus agréable de me rendre parjure que d’indiquer la cachette d’un musulman.

Idrîs Ibn Yahyâ rapporta : le calife al-Walîd Ibn ‘Abd al-Malik dépêchait des espions chargés d’épier la population et de lui rapporter les nouvelles. L’un de ces espions s’assit un jour dans le cercle de Rijâ’ Ibn Ḥaywah et entendit certains participants dénigrer al-Walîd. Il rapporta l’affaire au calife qui envoya dire : « Ô Rijâ’ ! On me mentionne en mal dans ton assemblée et tu ne le réprimes pas ? » – « Cela n’a pas eu lieu, ô Commandeur des Croyants », répondit-il. Al-Walîd reprit : « Dis : “Par Allah, en dehors duquel il n’est point de divinité…” » – « Par Allah, en dehors duquel il n’est point de divinité », jura Rijâ’. Aussitôt, al-Walîd ordonna que l’espion fût fouetté de soixante-dix coups.

Chaque fois que l’espion rencontrait Rijâ’, il lui disait : « Ô Rijâ’, c’est grâce à toi que l’on implore la pluie, et voilà soixante-dix coups de fouet sur mon dos ! » – et Rijâ’ de répondre : « Soixante-dix coups sur ton dos valent mieux pour toi que la mise à mort d’un musulman. »

Dix-neuvième point – Les savants ont divergé sur la limite de la contrainte (ikrâh). On rapporte de ‘Umar Ibn al-Khaṭṭâb – qu’Allah l’agrée – qu’il disait : « Un homme n’est plus maître de lui-même lorsque tu l’effraies, l’enchaînes ou le frappes. » Ibn Mas‘ûd affirma : « Tous propos qui m’épargneraient deux coups de fouet, je les tiendrai volontiers. »

Al-Ḥasan al-Baṣrî déclara : « La dissimulation (taqiyyah) reste permise au croyant jusqu’au Jour de la Résurrection, sauf qu’Allah, Béni et Exalté, n’a pas mis de taqiyyah dans le meurtre. »

Ibrâhîm al-Nakha‘î dit : « Les chaînes sont une contrainte, la prison est une contrainte. » Tel est également l’avis de Mâlik qui ajoute toutefois : « La menace effrayante constitue une contrainte, même si elle n’est pas exécutée, dès lors que l’injustice de l’agresseur et sa détermination à accomplir ce qu’il promet sont avérées. »

Pour Mâlik et ses disciples, il n’existe pas de seuil chiffré concernant la flagellation ou l’incarcération : tout coup réellement douloureux et toute détention qui engendre une gêne réelle suffisent à qualifier la contrainte. Qu’elle émane du pouvoir ou d’un tiers, la contrainte demeure contrainte.

Les juristes de Koufa se sont contredits : ils n’ont pas considéré la prison ou les fers comme une contrainte obligeant à boire du vin ou à manger une bête morte – car la vie n’y est pas menacée –, mais ils les ont tenus pour telle lorsqu’il s’agissait de faire avouer : « Untel a chez moi mille dirhams. »

Ibn Saḥnûn remarque : Leur unanimité à considérer la douleur et la souffrance intense comme une contrainte prouve que celle-ci peut exister sans menace directe contre la vie.

Mâlik est d’avis que celui qu’on force, par menace, prison ou coups, à prêter serment peut jurer sans qu’il y ait sur lui de péché (pour parjure). C’est également l’opinion d’al-Shâfi‘î, Aḥmad, Abû Thawr et de la majorité des savants.

Vingtième point – Relève encore de ce chapitre le principe établi selon lequel certaines ambiguïtés verbales (ma‘ârîḍ) dispensent du mensonge.

Al-A‘mash rapporte d’Ibrâhîm al-Nakha‘î qu’il a dit : « Il n’y a pas de mal, si l’on vient rapporter quelque chose à ton sujet, que tu dises… »

وَأَحْنَثَ أَحَبَّ إِلَيَّ أَنْ أَدُلَّ عَلَى مُسْلِمٍ. وَقَالَ إِدْرِيسُ بْنُ يَحْيَى كَانَ الْوَلِيدُ بْنُ عَبْدِ الْمَلِكِ يَأْمُرُ جَوَاسِيسَ يَتَجَسَّسُونَ الْخَلْقَ يَأْتُونَهُ بِالْأَخْبَارِ، قَالَ: فَجَلَسَ رَجُلٌ مِنْهُمْ فِي حَلْقَةِ رَجَاءِ بْنِ حَيْوَةَ فَسَمِعَ بَعْضَهُمْ يَقَعُ فِي الْوَلِيدِ، فَرَفَعَ ذَلِكَ إِلَيْهِ فَقَالَ: يَا رَجَاءُ! أُذْكَرْ بِالسُّوءِ فِي مَجْلِسِكَ وَلَمْ تُغَيِّرْ؟ فَقَالَ: مَا كَانَ ذَلِكَ يَا أَمِيرَ الْمُؤْمِنِينَ، فَقَالَ لَهُ الْوَلِيدُ: قُلْ آللَّهِ الَّذِي لَا إِلَهَ إِلَّا هُوَ، قَالَ: آللَّهِ الَّذِي لَا إِلَهَ إِلَّا هُوَ، فَأَمَرَ الْوَلِيدُ بِالْجَاسُوسِ فَضَرَبَهُ سَبْعِينَ سَوْطًا، فَكَانَ يَلْقَى رَجَاءً فَيَقُولُ: يَا رَجَاءُ، بِكَ يُسْتَقَى «١» الْمَطَرُ، وَسَبْعُونَ سَوْطًا فِي ظَهْرِي! فَيَقُولُ رَجَاءٌ: سَبْعُونَ سَوْطًا فِي ظَهْرِكَ خَيْرٌ لَكَ مِنْ أَنْ يُقْتَلَ رَجُلٌ مُسْلِمٌ. التَّاسِعَةَ عَشْرَةَ- وَاخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي حَدِّ الْإِكْرَاهِ، فَرُوِيَ عَنْ عُمَرَ بْنِ الْخَطَّابِ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ أَنَّهُ قَالَ: لَيْسَ الرَّجُلُ آمَنٌ عَلَى نَفْسِهِ إِذَا أَخَفْتَهُ أَوْ أَوْثَقْتَهُ أَوْ ضَرَبْتَهُ. وَقَالَ ابْنُ مَسْعُودٍ مَا كَلَامٌ يَدْرَأُ عَنِّي سَوْطَيْنِ إِلَّا كُنْتُ مُتَكَلِّمًا بِهِ. وَقَالَ الْحَسَنُ: التَّقِيَّةُ جَائِزَةٌ لِلْمُؤْمِنِ إِلَى يَوْمِ الْقِيَامَةِ، إِلَّا أَنَّ اللَّهَ تَبَارَكَ وَتَعَالَى لَيْسَ يَجْعَلُ فِي الْقَتْلِ تَقِيَّةً. وَقَالَ النَّخَعِيُّ: الْقَيْدُ إِكْرَاهٌ، وَالسَّجْنُ إِكْرَاهٌ. وَهَذَا قَوْلُ مَالِكٍ، إِلَّا أَنَّهُ قَالَ: وَالْوَعِيدُ الْمُخَوِّفُ إِكْرَاهٌ وَإِنْ لَمْ يَقَعْ، إِذَا تَحَقَّقَ ظُلْمَ ذَلِكَ الْمُعْتَدِي وَإِنْفَاذَهُ لِمَا يَتَوَعَّدُ بِهِ، وَلَيْسَ عِنْدَ مَالِكٍ وَأَصْحَابِهِ فِي الضَّرْبِ وَالسَّجْنِ تَوْقِيتٌ، إِنَّمَا هُوَ مَا كَانَ يُؤْلِمُ مِنَ الضَّرْبِ، وَمَا كَانَ مِنْ سِجْنٍ يَدْخُلُ مِنْهُ الضِّيقُ عَلَى الْمُكْرَهِ. وَإِكْرَاهُ السُّلْطَانِ وَغَيْرِهِ عِنْدَ مَالِكٍ إِكْرَاهٌ. وَتَنَاقَضَ الْكُوفِيُّونَ فَلَمْ يَجْعَلُوا السَّجْنَ والقيد إكراها على شرب الخمر واكل الميتة، لأنه لا يخاف منهما التلف. وجعلوها إكراها في إقراره لفلان عندي ألف درهم. قال ابن سحنون: وفى إجماعهم على أن الألم والوجع الشديد إكراه مَا يَدُلُّ عَلَى أَنَّ الْإِكْرَاهَ يَكُونُ مِنْ غَيْرِ تَلَفِ نَفْسٍ. وَذَهَبَ مَالِكٌ إِلَى أَنَّ مَنْ أُكْرِهَ عَلَى يَمِينٍ بِوَعِيدٍ أَوْ سَجْنٍ أَوْ ضَرْبٍ أَنَّهُ يَحْلِفُ، وَلَا حِنْثَ عَلَيْهِ، وَهُوَ قَوْلُ الشَّافِعِيِّ وَأَحْمَدَ وَأَبِي ثَوْرٍ وَأَكْثَرُ الْعُلَمَاءِ. الْمُوَفِّيَةَ عِشْرِينَ- وَمِنْ هَذَا الْبَابِ مَا ثَبَتَ إِنَّ مِنَ الْمَعَارِيضِ لَمَنْدُوحَةً عَنِ الْكَذِبِ. وَرَوَى الْأَعْمَشُ عَنْ إِبْرَاهِيمَ النَّخَعِيِّ أَنَّهُ قَالَ: لا بأس إذا بلغ الرجل عنك شي أن تقول:
(١). في ج وى: يستسقى.

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