Ainsi – et dans ce cas seulement – il demeurerait mécréant, car l’art de l’équivoque (al-maʿârîḍ) échappe à l’empire de la contrainte. Exemple : on lui enjoint : « Renie Allah ! », et il répond : « bil-lâhī », en prolongeant le terme par l’ajout de la lettre yâ’.
De même, si l’on lui dit : « Renie le Prophète ! », il réplique : « huwa kâffirun bi-n-nabiyy », avec l’intensification (du f), c’est-à-dire « le kâffir » : la butte ou éminence du sol. Le mot désigne aussi l’objet tressé en palmes qui fait office de petite table. Il vise intérieurement l’un de ces sens licites, se dégage ainsi de la mécréance et se met hors de faute.
S’il était sommé : « Renie (akfur) le nabî ! » – avec une hamza – il répondrait : « huwa kâfirun bi-n-nabiyy », entendant par là l’informateur, quel qu’il fût, tel Tulayḥa ou Musaylima le menteur ; ou encore cet « nabi » dont parle le poète :
« Il devint alors un tertre où les graviers sont menus…
l’emplacement du nabi parmi les dunes accumulées. »
Dix-huitièmement : les savants sont unanimes : quiconque est contraint à la mécréance et choisit d’être mis à mort recevra auprès d’Allah une récompense plus grande que celui qui opte pour la dispense (rukhṣa). Ils ont divergé au sujet de celui qui est forcé, sans menace de mort, à accomplir un acte illicite.
Les compagnons de Mâlik disent : adopter la voie de la fermeté – préférer le meurtre ou le châtiment – est, auprès d’Allah, supérieur au fait de saisir la dispense ; c’est l’avis rapporté par Ibn Ḥabîb et Sahnûn. Ibn Sahnûn rapporte des gens d’Irak que, si l’on menace quelqu’un de mort, d’amputation ou de coups pouvant le tuer, il lui est permis de faire ce pour quoi on le contraint, tel boire du vin ou manger du porc ; s’il s’en abstient et qu’il est tué, ils craignent qu’il ne soit pécheur, car il est assimilé à l’homme en détresse.
Khabbâb ibn al-Aratt rapporte : « Nous nous plaignîmes au Messager d’Allah – qu’Allah lui accorde bénédiction et salut – tandis qu’il reposait sur son manteau à l’ombre de la Ka‘ba. Je lui dis : “N’imploreras-tu pas la victoire pour nous ? Ne prieras-tu pas en notre faveur ?” Il dit :
“Par Allah, des hommes avant vous étaient saisis ; on creusait pour l’un d’eux une fosse où on le plaçait, puis on apportait une scie qu’on posait sur sa tête pour le scier en deux, on le peignait avec des peignes de fer jusqu’à la chair et l’os ; rien de cela ne le faisait renoncer à sa religion. Par Allah, cette affaire sera assurément menée à terme : le cavalier voyagera de Ṣan‘â’ à Ḥaḍramawt sans craindre autre qu’Allah – ou le loup pour ses brebis – mais vous, vous vous montrez pressés.” »
Son éloge – paix et salut sur lui – de ces nations anciennes met en valeur leur patience dans ce qui est déplaisant pour la Face d’Allah ; ils ne se contentaient pas de manifester la mécréance en cachant la foi pour échapper au supplice. Tel est l’argument de ceux qui privilégient les sévices à la dispense.