La bête de troupeau (al-bahîmah) est ainsi appelée parce qu’elle est incapable de s’exprimer clairement. Quant à l’expression « aʿjamtu al-kitâba », elle signifie : j’ai levé l’obscurité de l’écrit, c’est-à-dire que j’en ai clarifié le contenu. Les Arabes donnent le nom de « aʿjamiyy » à toute personne qui ne connaît pas leur langue et ne parle pas leur parler.
Al-Farrâʾ a dit : « al-aʿjam est celui dont la langue éprouve une gêne d’élocution, même s’il est d’origine arabe, tandis que al-aʿjamiyy – ou al-ʿajamiyy – est celui dont l’origine est étrangère (non-arabe). »
Abû ʿAlî a quant à lui affirmé : « al-aʿjamiyy est celui qui ne s’exprime pas clairement, qu’il soit arabe ou non ; il en est de même pour al-aʿjam. De plus, on peut appeler “aʿjamiyy” celui qui est rapporté aux peuples étrangers, même s’il est éloquent. » Par le mot « langue » (lisân), il entend le Coran, car les Arabes désignent également la qasîda ou même un vers de poésie par le terme « langue ».
Le poète a dit :
« La langue du mal, c’est toi qui l’apportes jusqu’à nous…
Tu as trahi, alors que jamais je ne t’aurais cru capable de trahir. »
Il entendait par « langue » le poème. — Voilà bien « une langue arabe claire », c’est-à-dire ce qu’il y a de plus éloquent en matière d’arabe.
« Certes, ceux qui ne croient pas aux signes d’Allâh, Allâh ne les guide pas et pour eux il y aura un châtiment douloureux » (sourate an-Naḥl, 16 : 104).
C’est-à-dire : ces polythéistes qui ne croient pas au Coran ; Allâh ne les guide pas et ils subiront un châtiment douloureux.
Puis Il – Très-haut – dit :
« Seuls forgent le mensonge ceux qui ne croient pas aux signes d’Allâh ; et ce sont eux les menteurs » (16 : 105).
Cette parole du Très-Haut constitue la réponse à leur accusation selon laquelle le Prophète – paix et bénédictions d’Allâh sur lui – aurait forgé de toute pièce [le Coran]. L’expression « ce sont eux les menteurs » est une hyperbole qui souligne leur propension au mensonge : tout autre mensonge apparaît insignifiant face au leur.
On dit : « Un tel a menti », sans pour autant dire automatiquement : « il est menteur », car l’acte peut être occasionnel. L’attribut, en revanche, implique la permanence ; de même que l’on dit : « Adam a désobéi à son Seigneur et s’est égaré », sans pour autant le qualifier de « désobéissant » ou « égaré ». Ainsi, lorsque l’on affirme : « Untel a menti, donc il est menteur », on recourt à une forme d’exagération dans la description du mensonge, ainsi que l’a expliqué al-Qushayrî.