Sourate an-Nahl (16), verset 91
« Et remplissez le pacte conclu avec Allah lorsque vous contractez un engagement et ne rompez pas vos serments après les avoir solennellement confirmés, alors que vous avez pris Allah comme Garant ; certes Allah sait parfaitement ce que vous faites. »
Ce passage comporte trois points :
Premier point – Sa Parole – Exalté soit-Il : « Et remplissez le pacte d’Allah ». Il s’agit d’une expression générale couvrant tout engagement formulé verbalement et que l’homme s’oblige à honorer : acte de vente, lien de parenté, convention ou serment portant sur une affaire conforme à la Religion. Ce verset entre implicitement dans le sens du précédent : « Allah ordonne l’équité et la bienfaisance », car l’idée sous-jacente y est : « Faites ceci, abstenez-vous de cela », et l’injonction actuelle vient se greffer sur cette signification.
On a dit qu’il fut révélé au sujet du pacte d’allégeance que le Prophète – paix et salut sur lui – recevait pour l’Islam. D’autres ont soutenu qu’il concerne l’observance du serment d’assistance mutuelle qui existait à l’époque antéislamique et que l’Islam a confirmé et rendu obligatoire ; c’est l’avis de Qatâdah, Mujâhid et Ibn Zayd. Le caractère général du texte englobe toutes ces significations, comme nous l’avons expliqué.
Al-Bukhârî rapporte, d’après Jubayr ibn Muṭʿim, que le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – a dit : « Il n’y a pas de pacte d’alliance (ḥilf) en Islam ; quant à tout pacte conclu au temps de la Jâhiliyyah, l’Islam ne l’a renforcé que dans le sens d’une solidarité accrue », c’est-à-dire pour soutenir la Vérité, la défendre et pratiquer l’entraide.
Ceci s’apparente au “Pacte des Vertueux” (Ḥilf al-Fuḍûl) que mentionne Ibn Ishâq : des clans de Quraysh s’étaient réunis, dans la demeure de ʿAbd Allâh ibn Judʿân, en raison de sa noblesse et de son lignage. Ils s’engagèrent, par serment mutuel, à ne laisser aucun opprimé dans La Mecque – qu’il fût des siens ou d’un autre – sans se lever à ses côtés jusqu’à ce que son droit lui soit rendu. Quraysh nomma ce pacte « Ḥilf al-Fuḍûl », c’est-à-dire le pacte des vertus. Le terme fuḍûl est ici le pluriel de faḍl, au sens de « nombreuses vertus », tout comme fals/pluriel fulûs.
Ibn Ishâq rapporte, d’après Ibn Shihâb, que le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – déclara : « J’ai assisté, dans la demeure d’ʿAbd Allâh ibn Judʿân, à un pacte auquel je ne voudrais pas renoncer contre les chamelles rouges ; si l’on m’y appelait à l’époque de l’Islam, j’y répondrais. »
Ibn Ishâq relate également que le gouverneur al-Walîd ibn ʿUtbah porta préjudice, grâce à son autorité, à Ḥusayn ibn ʿAlî dans une affaire d’argent ; al-Walîd était alors gouverneur de Médine. Ḥusayn ibn ʿAlî lui dit : « Je jure par Allah que tu me rendras justice quant à mon droit, ou bien je prendrai mon sabre, je me lèverai dans la mosquée du Messager d’Allah – paix et salut sur lui – et j’en appellerai au Ḥilf al-Fuḍûl. »
ʿAbd Allâh ibn az-Zubayr déclara : « Par Allah, s’il nous appelle, je dégainerai mon sabre et me lèverai avec lui jusqu’à ce qu’il obtienne réparation ou que nous périssions tous ensemble. » La nouvelle parvint alors à al-Miswar ibn Makhramah qui tint les mêmes propos. La nouvelle parvint