Deuxième point : Il – qu’Il soit exalté – a dit : « Et Il vous a fait, des peaux du bétail, des demeures que vous trouvez légères » ; c’est-à-dire des nita‘ (cuirs épais tannés) et des peaux travaillées.
« Des demeures » : il s’agit des tentes et des coupoles dont le transport vous est aisé durant les voyages.
« Le jour de votre départ » : le mot ẓa‘n désigne la marche des Bédouins lorsqu’ils se déplacent à la recherche de pâturages et passent d’un lieu à un autre. De là la parole d’Antarah :
« S’en sont allés ceux dont je redoutais la séparation,
et le corbeau bigarré a volé entre eux. »
Le terme ẓa‘n signifie également le hawdaj (palankin). Ainsi l’on a dit :
« Ne t’a-t-elle pas bouleversé, la caravane, lorsqu’ils se sont séparés,
alors que les corbeaux annonçaient la rupture imminente ? »
On lit ce mot avec la consonne ‘ayn tantôt muette, tantôt voyellée, comme sha‘r et sha‘ar.
On a dit encore : il se peut que l’expression englobe les tentes en cuir, en poil et en laine, car ces matières sont attachées aux peaux où elles se trouvent ; telle est l’opinion d’Ibn Sallām, et elle est judicieuse. Dans ce cas, la parole « et de leurs laines » inaugure une nouvelle phrase : comme s’Il disait : Il en a fait un mobilier – vêtements, couches, etc. –, ainsi que le poète l’a évoqué :
« Les caravanes t’ont-elles bouleversé, le jour où elles s’en allèrent,
par la parure élégante de leur mobilier ? »
Il se peut aussi que par Ses mots « des peaux du bétail » Il n’entende que les tentes en cuir, comme nous l’avons d’abord mentionné, et que « et de leurs laines » soit coordonné à « des peaux du bétail », voulant dire : Il a également fait, de leurs laines, des demeures.
Ibn al-‘Arabî dit : « Cette pratique était répandue dans ces contrées et inconnue dans les nôtres ; chez nous les abris ne se dressent qu’en lin ou en laine. Or le Prophète – qṣṣl – possédait une coupole en cuir tanné. Et que dire du cuir du Ṭā’if ! cherté de la valeur, finesse du travail, beauté de la texture ! Le Messager d’Allah ne jugea pas cela un luxe ni une prodigalité : c’est un bienfait qu’Allah – qu’Il soit sanctifié – a accordé et dont Il a permis l’usage, et les aspects de son utilité sont manifestes pour l’abri et l’ombre, des besoins auxquels l’espèce humaine ne peut échapper.
Fait singulier : il advint que je visitai l’un de ces pseudo-ascètes, en compagnie d’un traditionniste. Nous pénétrâmes chez lui dans une tente de lin ; mon compagnon proposa de le transporter chez lui comme hôte et lui dit : « Cet endroit est très chaud ; la maison serait plus commode pour toi et me conviendrait mieux en ta présence. » Il répondit : « Cette tente nous suffit amplement, et il était… »