Je n’ai jamais rencontré d’homme plus avide de science qu’ʿAbd Allâh ibn al-Mubârak ; il parcourut pour cela les contrées du Shâm, de l’Égypte, du Yémen et du Ḥijâz.
Quant à al-Ṭaḥâwî et Sufyân, même si l’on admettait l’authenticité de l’avis rapporté d’eux, leur position ne saurait servir d’argument contre les autres Imâms qui les ont contredits au sujet de l’interdiction des boissons enivrantes, étant donné ce qui est solidement établi dans la Sunna. D’ailleurs, al-Ṭaḥâwî lui-même a exposé l’opinion contraire dans son grand ouvrage relatif aux divergences.
Abû ʿUmar ibn ʿAbd al-Barr rapporte dans son livre « at-Tamhîd » qu’Abû Jaʿfar al-Ṭaḥâwî a dit : « La Communauté est unanime à reconnaître que le jus de raisin, lorsqu’il devient fort, fermente et produit de l’écume, est du khamr ; quiconque le tient pour licite est un mécréant. Ils ont toutefois divergé à propos de l’infusion de dattes lorsqu’elle bout et enivre. »
Il poursuit : « Cela montre que le ḥadith rapporté par Yaḥyâ ibn Abî Kathîr, d’Abû Hurayra, du Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui – selon lequel : “Le khamr provient de ces deux arbres : le palmier-dattier et la vigne”, n’est pas retenu par eux ; car, s’ils l’avaient accepté, ils auraient déclaré mécréant quiconque permet l’infusion de dattes. Il en ressort donc que rien d’autre que le jus de raisin, arrivé à un stade d’ébullition le rendant enivrant, n’entre dans le khamr prohibé.
« Dès lors, deux possibilités se présentent : soit l’interdiction lui est exclusivement attachée, sans qu’on lui assimile autre chose ; soit le raisonnement analogique (qiyâs) doit s’appliquer à d’autres boissons. Or nous les voyons tous étendre l’analogie à l’infusion de dattes, lorsque son bouillonnement et la forte ivresse qu’elle provoque sont avérés, ainsi qu’à l’infusion de raisins secs.
« Par conséquent, il s’impose, par analogie, d’interdire toute boisson qui enivre. Il a d’ailleurs été rapporté du Prophète – paix et bénédictions sur lui – qu’il a dit : “Tout ce qui enivre est illicite.” Le consensus l’ayant accepté, on se passe d’en mentionner la chaîne de transmission ; la divergence ne porte que sur son interprétation. Certains ont dit : il vise le genre même de ce qui enivre ; d’autres : il vise ce qui fait effectivement tomber dans l’ivresse, de même qu’on n’appelle quelqu’un « meurtrier » qu’en présence d’un homicide réel.
« Cela indique donc qu’al-Ṭaḥâwî le tient pour interdit ; il devient dès lors obligatoire, par analogie, de proscrire toute boisson enivrante. »
Ad-Dâraqutnî a rapporté dans ses « Sunans » d’après ʿÂʾisha – qu’Allâh l’agrée – qu’elle a dit : « Allâh n’a pas interdit le khamr à cause de son nom, mais à cause de ses effets. Toute boisson dont les conséquences sont identiques à celles du khamr est donc illicite comme lui. »
Ibn al-Munḏir a ajouté : « Les gens de Koufa ont produit des récits entachés de défauts. Or, lorsque les gens divergent sur une question, il faut la renvoyer au Livre d’Allâh et à la Sunna de Son Messager – paix sur lui. Quant à ce qui est rapporté de certains Tâbiʿîn, à savoir qu’ils burent une boisson dont la grande quantité enivre, ces hommes avaient des péchés pour lesquels ils imploraient le pardon d’Allâh. »