Dans ce ḥadith, et dans tout ce qui lui est semblable, il apparaît que toute boisson autre que le khamr n’a pas vu son essence même interdite, contrairement au khamr dont l’entité a été prohibée.
Ils ont dit : « Le khamr est la boisson tirée du raisin – il n’y a pas de divergence à ce propos. » Parmi leurs arguments figure encore le récit rapporté par Churayk ibn ʿAbd Allâh : Abû Isḥâq al-Hamadhânî nous a transmis d’après ʿAmr ibn Maymûn que ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb déclara : « Nous mangeons la viande de ces chameaux, et rien ne la fait mieux passer dans nos ventres que le nabîdh. » Churayk ajouta : « J’ai vu ath-Thawrî boire du nabîdh dans la demeure du savant le plus érudit de son époque, Mâlik ibn Mighwal. »
La réponse est que leur affirmation – Allâh, exalté soit-Il, a gratifié Ses serviteurs et Son bienfait ne porte que sur ce qui est licite – est juste. Toutefois, il se peut que ce bienfait remonte à la période antérieure à l’interdiction du khamr, comme nous l’avons expliqué ; il serait alors abrogé, ainsi que nous l’avons exposé.
Ibn al-ʿArabî dit : « S’il est avancé : “Comment cela pourrait-il être abrogé alors qu’il s’agit d’une information ; or l’information n’est pas sujette à l’abrogation ?” – nous répondons : voilà le propos de celui qui n’a pas pleinement saisi la Sharîʿah. En effet, nous avons montré que l’information portant sur une réalité effective ou sur l’octroi d’une récompense gratuite d’Allâh n’est pas sujette à l’abrogation ; mais lorsque l’information renferme un jugement légal, ces jugements se modifient et s’abrogent, qu’ils soient venus sous forme d’information ou d’injonction. L’abrogation ne porte pas sur le terme lui-même, mais sur ce qu’il implique. »
Lorsque vous comprenez cela, vous sortez de la catégorie des ignorants dont Allâh a parlé à propos des mécréants en disant :
« Et lorsque Nous remplaçons un verset par un autre – et Allâh sait mieux ce qu’Il fait descendre –, ils disent : “Tu n’es qu’un imposteur.” Mais la plupart d’entre eux ne savent point. » (Coran 16 : 101)
Le sens est qu’ils ont méconnu que le Seigneur ordonne ce qu’Il veut, impose ce qu’Il veut, lève par Sa justice ce qu’Il veut, maintient ce qu’Il veut, et qu’auprès de Lui se trouve la Mère du Livre.
Je dis : c’est là une dénonciation virulente, puisqu’elle en vient à ranger, pour leur manque de compréhension, les savants vertueux parmi les mécréants. Or la question relève des fondements : l’abrogation est-elle permise pour les récits portant sur les dispositions légales ou non ? Les avis divergent, et l’opinion correcte admet cette possibilité, en vertu de ce verset et de ceux qui lui ressemblent, ainsi que parce qu’un récit sur l’institution d’un jugement implique la demande de ce jugement ; cette demande constitue la disposition légale dont on peut constater l’abrogation. Et Allâh est plus savant.
Quant aux ḥadiths qu’ils ont mentionnés, le premier et le second sont faibles, car il a été rapporté de manière authentique que le Prophète – paix et bénédiction d’Allâh sur lui – a dit : « Toute boisson qui enivre est illicite », et : « Tout enivrant est khamr, et tout enivrant est illicite », et encore : « Ce dont la grande quantité enivre, la petite quantité en est également interdite. »
An-Nassâ’î a dit : « Ces transmetteurs sont des hommes de fiabilité et de probité reconnues, connus de tous. »