Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

et les dattes, selon Sa parole : « فَهُمُ الْخَالِدُونَ »(1), c’est-à-dire : « Est-ce donc eux qui seront éternellement [dans le Feu] ? » – et Allah est plus Savant.

Abou ʿUbayda a dit : le “sakr” désigne le goût ; l’on dit : « Ceci est un “sakr” pour toi », c’est-à-dire une saveur. Il a cité ce vers :
« Tu as fait du blâme des nobles un “sakr” »,
c’est-à-dire : tu as fait de leur dénigrement une saveur.

C’est également l’opinion d’al-Ṭabarî : le “sakr” serait tout aliment que l’on mange, tandis que ce qui est bu tiré des fruits du palmier et de la vigne relève de la « provision agréable » (al-rizq al-ḥasan). Les vocables diffèrent, mais le sens demeure unique, comme dans la parole divine : « Je ne me plains qu’à Allah de mon déboire et de mon chagrin »(2). Cette explication est satisfaisante et il n’y a, ici, aucune abrogation.

Al-Zajjāj objecte toutefois : l’affirmation d’Abou ʿUbayda n’est pas reconnue ; les exégètes sont d’un autre avis, et le vers qu’il cite n’apporte pas de preuve, car, selon d’autres, il décrit plutôt le fait de s’enivrer des défauts des gens.

Les Ḥanafites disent : on entend par « sakr » ce qui ne provoque pas l’ivresse parmi les boissons fermentées (an-nabîdh). La preuve en est qu’Allah ‑ exalté soit-Il ‑ fait mention de ce qu’Il a créé pour Ses serviteurs à titre de bienfait ; or un bienfait ne peut concerner que ce qui est licite, non ce qui est illicite. Cela atteste donc la permission de boire le nabîdh tant qu’il ne mène pas à l’ivresse ; dès qu’il atteint le seuil de l’ivresse, cela devient interdit.

Ils renforcent cette opinion par la Sunna, citant la parole du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — : « Allah a interdit le vin en tant que tel et l’ivresse provenant d’autres boissons. »

Ils citent encore le ḥadith rapporté par ʿAbd al-Malik b. Nāfiʿ, d’après Ibn ʿUmar : « Je vis un homme venir auprès du Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui —, alors qu’il se trouvait près du Coin (de la Kaʿba). L’homme lui présenta une coupe ; il la porta à sa bouche, la trouva forte, et la rendit à son propriétaire. L’un des présents dit alors : “Ô Messager d’Allah, est-ce illicite ?” Le Prophète ordonna qu’on lui amène l’homme. On le fit venir ; il prit la coupe, demanda de l’eau et en versa dedans, puis la porta à ses lèvres et fronça les sourcils. Il demanda encore de l’eau, en versa de nouveau, puis dit : “Lorsque ces récipients fermentent(3), rompez-en la force par l’eau.” »

Il est également rapporté que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — se faisait préparer du nabîdh qu’il buvait le jour même ; le lendemain ou le surlendemain, son serviteur l’en faisait encore boire s’il avait changé (de goût). S’il avait été illicite, il ne le lui aurait pas servi.

Aṭ-Ṭaḥāwî rapporte encore qu’Abou ʿAwn ath-Thaqafî, d’après ʿAbd-Allah b. Shaddād, d’après Ibn ʿAbbās, a dit : « Le vin est interdit en soi, en petite comme en grande quantité, et l’ivresse est interdite dans toute boisson. » Ce ḥadith est également rapporté par ad-Dāraquṭnî.

(1) Voir tome 11, p. 287.
(2) Voir tome 9, p. 251.
(3) “Ightilāmu-hā” : dépasser la limite, c’est-à-dire quand elle franchit le seuil de non-ivresse à celui d’ivresse.

وَالتَّمْرَ، كَقَوْلِهِ: " فَهُمُ الْخالِدُونَ «١» " أَيْ أَفَهُمُ الْخَالِدُونَ. وَاللَّهُ أَعْلَمُ. وَقَالَ أَبُو عُبَيْدَةَ: السَّكَرُ الطُّعْمُ، يُقَالُ: هَذَا سَكَرٌ لَكَ أَيْ طُعْمٌ. وَأَنْشَدَ: جَعَلْتَ عَيْبَ الْأَكْرَمِينَ سَكَرَا أَيْ جَعَلْتَ ذَمَّهُمْ طُعْمًا. وَهَذَا اخْتِيَارُ الطَّبَرِيِّ أَنَّ السَّكَرَ مَا يُطْعَمُ مِنَ الطَّعَامِ وَحَلَّ شُرْبُهُ مِنْ ثِمَارِ النَّخِيلِ وَالْأَعْنَابِ، وَهُوَ الرِّزْقُ الْحَسَنُ، فَاللَّفْظُ مُخْتَلِفٌ والمعنى واحد، مثل "نَّما أَشْكُوا بَثِّي وَحُزْنِي «٢» لَى اللَّهِ" وَهَذَا حَسَنٌ وَلَا نَسْخَ، إِلَّا أَنَّ الزَّجَّاجَ قَالَ: قَوْلُ أَبِي عُبَيْدَةَ هَذَا لَا يُعْرَفُ، وَأَهْلُ التَّفْسِيرِ عَلَى خِلَافِهِ، وَلَا حُجَّةَ لَهُ فِي الْبَيْتِ الَّذِي أَنْشَدَهُ، لِأَنَّ مَعْنَاهُ عِنْدَ غَيْرِهِ أَنَّهُ يَصِفُ أَنَّهَا تَتَخَمَّرُ بِعُيُوبِ النَّاسِ. وَقَالَ الْحَنَفِيُّونَ: الْمُرَادُ بِقَوْلِهِ: " سَكَراً" مَا لَا يُسْكِرُ مِنَ الْأَنْبِذَةِ، وَالدَّلِيلُ عَلَيْهِ أَنَّ اللَّهَ سُبْحَانَهُ وَتَعَالَى امْتَنَّ عَلَى عِبَادِهِ بِمَا خَلَقَ لَهُمْ مِنْ ذَلِكَ، وَلَا يَقَعُ الِامْتِنَانُ إِلَّا بِمُحَلَّلٍ لَا بِمُحَرَّمٍ، فَيَكُونُ ذَلِكَ دَلِيلًا عَلَى جَوَازِ شُرْبِ مَا دُونَ الْمُسْكِرِ مِنَ النَّبِيذِ، فَإِذَا انْتَهَى إِلَى السُّكْرِ لَمْ يَجُزْ، وَعَضَّدُوا هَذَا مِنَ السُّنَّةِ بِمَا رُوِيَ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَنَّهُ قَالَ: " حَرَّمَ اللَّهُ الْخَمْرَ بِعَيْنِهَا وَالسُّكْرَ مِنْ غَيْرِهَا" . وَبِمَا رَوَاهُ عَبْدُ الْمَلِكِ بْنُ نَافِعٍ عَنِ ابْنِ عُمَرَ قَالَ: رَأَيْتُ رَجُلًا جَاءَ إِلَى رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ وهو عِنْدَ الرُّكْنِ، وَدَفَعَ إِلَيْهِ الْقَدَحَ فَرَفَعَهُ إِلَى فِيهِ فَوَجَدَهُ شَدِيدًا فَرَدَّهُ إِلَى صَاحِبِهِ، فَقَالَ لَهُ حِينَئِذٍ رَجُلٌ مِنَ الْقَوْمِ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، أَحَرَامٌ هُوَ؟ فَقَالَ: " عَلَيَّ بِالرَّجُلِ" فَأُتِيَ بِهِ فَأَخَذَ مِنْهُ الْقَدَحَ، ثُمَّ دَعَا بِمَاءٍ فَصَبَّهُ فِيهِ ثُمَّ رَفَعَهُ إِلَى فِيهِ فَقَطَّبَ، ثُمَّ دَعَا بِمَاءٍ أَيْضًا فَصَبَّهُ فِيهِ ثُمَّ قَالَ: " إِذَا اغْتَلَمَتْ «٣» عَلَيْكُمْ هَذِهِ الْأَوْعِيَةُ فَاكْسِرُوا مُتُونَهَا بِالْمَاءِ" . وَرُوِيَ أَنَّهُ عَلَيْهِ السَّلَامُ كَانَ يُنْبَذُ لَهُ فَيَشْرَبُهُ ذَلِكَ الْيَوْمَ، فَإِذَا كَانَ مِنَ الْيَوْمِ الثَّانِي أَوِ الثَّالِثِ سَقَاهُ الْخَادِمُ إِذَا تَغَيَّرَ، وَلَوْ كَانَ حَرَامًا مَا سَقَاهُ إِيَّاهُ. قَالَ الطَّحَاوِيُّ: وَقَدْ رَوَى أَبُو عَوْنٍ الثَّقَفِيُّ عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ شَدَّادٍ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ قَالَ: حُرِّمَتِ الْخَمْرُ بِعَيْنِهَا الْقَلِيلُ مِنْهَا وَالْكَثِيرُ وَالسَّكَرُ مِنْ كُلِّ شَرَابٍ، خَرَّجَهُ الدارقطني أيضا.
(١). راجع ج ١١ ص ٢٨٧. (٢). راجع ج ٩ ص ٢٥١. [ ..... ] (٣). الاغتلام مجاوزة الحد، أي إذا جاوزت حدها الذي لا يسكر إلى حدها الذي يسكر.

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