La chose omise est mineure, et la question est proche. On a dit : le sens de « min-hu » est : « parmi ce qui vient d’être mentionné » ; il n’y aurait donc aucune ellipse dans l’énoncé, et cela est préférable.
Il est également permis de considérer l’expression : « wa-min thamarâti » comme coordonnée à « al-anʿâm », c’est-à-dire : « Il y a aussi, pour vous, dans les fruits des palmiers et des vignes, un sujet de réflexion. » Il est de même possible qu’elle soit conjointe à « mimmâ » : « Nous vous abreuvons également de boissons tirées de fruits. »
Deuxièmement — Parole d’Allâh : « (sakaran) ». Le terme sakar désigne ce qui enivre ; tel est le sens le plus répandu dans la langue.
Ibn ʿAbbâs a dit : « Ce verset a été révélé avant l’interdiction du vin. » Il entendait par sakar le vin, et par « rizqan ḥasanan » toute nourriture ou boisson licite provenant de ces deux arbres. Cet avis fut également adopté par Ibn Jubayr, al-Nakhaʿî, al-Shaʿbî et Abû Thawr.
On a encore avancé que sakar signifie « vinaigre » dans la langue des Abyssins, et que la « provision agréable » renvoie à la nourriture.
Selon d’autres, sakar désigne le jus doux licite, appelé ainsi parce qu’il peut devenir enivrant en fermentant ; une fois qu’il atteint le stade d’ivresse, il devient interdit.
Ibn al-ʿArabî déclare : « L’opinion la plus pertinente est celle d’Ibn ʿAbbâs. » Cela s’explique de deux façons : soit le verset est antérieur à l’interdiction du vin, soit son sens est : « Allâh vous a comblés des fruits du palmier et de la vigne : vous en tirez ce qu’Il a interdit, par transgression, et ce qu’Il a rendu licite, dans le but légitime de votre bénéfice. » La position correcte est que ce passage est antérieur à l’interdiction du vin et se trouve donc abrogé, car ce verset est mecquois – point sur lequel les savants s’accordent – tandis que l’interdiction du vin est médinoise.
Je dis : que l’on considère sakar comme le vin ou le jus doux, il n’y a pas d’abrogation ; le verset demeure applicable, et c’est convenable.
Ibn ʿAbbâs rapporte : « Les Abyssins appellent le vinaigre sakar. » Toutefois, la majorité estime que sakar désigne le vin : parmi eux Ibn Masʿûd, Ibn ʿUmar, Abû Razîn, al-Ḥasan, Mujâhid, Ibn Abî Laylâ, al-Kalbî et d’autres déjà mentionnés, tous affirmant : « Sakar est ce qu’Allâh a interdit provenant de ces deux fruits. »
Les lexicographes tiennent le même langage : sakar est un nom pour le vin et toute boisson enivrante. Ils citent le vers suivant : « Quelle détestable coupe et quel détestable breuvage est le leur, quand coule parmi eux le muzzâʾ et le sakar ! »
Quant à la « provision agréable », elle désigne ce qu’Allâh a rendu licite tiré de ces deux fruits.
On a aussi suggéré que l’énoncé « tat-takhidhûna min-hu sakaran » est, en réalité, une interrogation à sens réprobateur : « Prendrez-vous donc de cela une boisson enivrante et délaisserez-vous une subsistance saine, le vinaigre et les raisins secs ? »