Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

(Sourate an-Nahl, 16 : 59)

Il se cache aux yeux des gens à cause du malheur qu’on vient de lui annoncer ; va-t-il le garder, dans l’humiliation, ou bien l’enfouir sous la terre ? – Quel détestable jugement que le leur !

Explication :
« Il se cache aux yeux des gens » : c’est-à-dire qu’il se dissimule et s’éclipse.

« À cause du malheur qu’on vient de lui annoncer » : du chagrin, de la honte et de la gêne que lui cause la naissance d’une fille.

« Va-t-il le garder » : le pronom est au masculin par renvoi au terme indéterminé « mâ ».

« Dans l’humiliation » : dans l’avilissement. ʿÎsâ ath-Thaqafî a également récité « ‘alâ hawnin ». Le mot « hawn » signifie « honte, avilissement » dans la langue de Quraych, selon al-Yazîdî et ce qu’Abû ʿUbayd rapporte d’al-Kisâ’î.

Al-Farrâ’ dit : dans la langue de Tamîm, il signifie « peu, insignifiant ».

Al-Kisâ’î dit : il désigne l’épreuve et la difficulté.

Al-Khansâ’ a dit :
« Nous réprimons les âmes, et l’humiliation des âmes, / le jour de l’adversité leur est ce qui demeure le mieux. »

Al-Aʿmash a récité : « va-t-il le garder dans l’humiliation ».

An-Naḥḥâs rapporte que al-Jaḥdarî a récité : « ou bien l’enfouir (la) sous la terre », renvoyant ainsi au mot « fille », ce qui impliquerait de lire également : « va-t-il la garder ».¹

On a dit encore : l’humiliation revient à la fille ; autrement dit, va-t-il la garder alors qu’elle est méprisée à ses yeux ?

D’autres ont dit : elle revient au père ; va-t-il garder l’enfant malgré lui ou bien l’enfouir sous la terre ? – c’est ce qu’ils pratiquaient en enterrant vivantes leurs filles.

Qatâda a dit : les tribus de Muḍar et de Khuzaʿa enterraient vivantes leurs filles, et les plus acharnés en cela étaient les Banû Tamîm ; ils prétendaient craindre pour elles la servitude ou la convoitise de prétendants indignes. Lorsque Ṣaʿṣaʿa ibn Nâjiya, l’oncle du poète al-Farazdaq, apprenait qu’un tel cas se présentait, il envoyait des chameaux au père de la fillette afin qu’il l’épargne.

Al-Farazdaq s’en enorgueillit en disant :
« Et mon oncle, celui qui écarta les meurtrières d’enfants / fit revivre l’ensevelie et l’on ne l’ensevelit plus. »²

On a également dit : « l’enfouir » signifie la tenir cachée aux gens pour qu’on n’en sache rien, semblable à ce qui est enfoui sous terre, hors de la vue ; c’est une interprétation possible.

Question juridique – Il est rapporté dans le Ṣaḥîḥ de Muslim, d’après ʿÂ’isha – qu’Allâh l’agrée – qu’elle dit :
« Une femme vint chez moi, ayant avec elle deux filles. Elle me demanda l’aumône, or je ne possédais qu’une seule datte. Je la lui remis ; elle la prit, la partagea entre ses deux filles et n’en mangea rien. Puis elle se leva et sortit avec ses deux enfants. Le Prophète – paix et bénédictions d’Allâh sur lui – entra alors chez moi et je lui racontai ce qui s’était passé. »³

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¹ Lecture rapportée du jaḥdarî.

² Vers d’al-Farazdaq.

³ Suit, dans le ḥadith, la promesse d’une récompense pour celle qui a agi ainsi.

[[سورة النحل (١٦) : آية ٥٩]] يَتَوارى مِنَ الْقَوْمِ مِنْ سُوءِ مَا بُشِّرَ بِهِ أَيُمْسِكُهُ عَلى هُونٍ أَمْ يَدُسُّهُ فِي التُّرابِ أَلا ساءَ مَا يَحْكُمُونَ (٥٩) قَوْلُهُ تَعَالَى: (يَتَوارى مِنَ الْقَوْمِ) أَيْ يَخْتَفِي وَيَتَغَيَّبُ. (مِنْ سُوءِ مَا بُشِّرَ بِهِ) أَيْ مِنْ سُوءِ الْحُزْنِ وَالْعَارِ وَالْحَيَاءِ الَّذِي يَلْحَقُهُ بِسَبَبِ الْبِنْتِ. (أَيُمْسِكُهُ) ذَكَرَ الْكِنَايَةَ لِأَنَّهُ مَرْدُودٌ عَلَى " مَا" . (عَلى هُونٍ) أَيْ هَوَانٍ. وَكَذَا قَرَأَ عِيسَى الثَّقَفِيُّ " عَلى هُونٍ" وَالْهُونُ الْهَوَانُ بِلُغَةِ قُرَيْشٍ، قَالَهُ الْيَزِيدِيُّ وَحَكَاهُ أَبُو عُبَيْدٍ عَنِ الْكِسَائِيِّ. وَقَالَ الْفَرَّاءُ: هُوَ الْقَلِيلُ بِلُغَةِ تَمِيمٍ. وَقَالَ الْكِسَائِيُّ: هُوَ الْبَلَاءُ والمشقة. وقالت الخنساء: نهين النفوس وهون النفوس ... يَوْمَ الْكَرِيهَةِ أَبْقَى لَهَا وَقَرَأَ الْأَعْمَشُ " أَيُمْسِكُهُ عَلَى سُوءٍ" ذَكَرَهُ النَّحَّاسُ، قَالَ: وَقَرَأَ الْجَحْدَرِيُّ " أَمْ يَدُسُّهَا فِي التُّرَابِ" يَرُدُّهُ عَلَى قَوْلِهِ: " بِالْأُنْثى " وَيَلْزَمُهُ أَنْ يَقْرَأَ " أَيُمْسِكُهَا «١» " . وَقِيلَ: يَرْجِعُ الْهَوَانُ إِلَى الْبِنْتِ، أَيْ أَيُمْسِكُهَا وَهِيَ مُهَانَةٌ عِنْدَهُ. وَقِيلَ: يَرْجِعُ إِلَى الْمَوْلُودِ لَهُ، أَيُمْسِكُهُ عَلَى رَغْمِ أَنْفِهِ أَمْ يَدُسُّهُ فِي التُّرَابِ، وَهُوَ مَا كَانُوا يَفْعَلُونَهُ مِنْ دَفْنِ الْبِنْتِ حَيَّةً. قَالَ قَتَادَةُ: كَانَ مُضَرُ وَخُزَاعَةُ يَدْفِنُونَ الْبَنَاتِ أَحْيَاءً، وَأَشَدُّهُمْ فِي هَذَا تَمِيمٌ. زَعَمُوا خَوْفَ الْقَهْرِ عَلَيْهِمْ وَطَمَعَ غَيْرِ الْأَكْفَاءِ فِيهِنَّ. وكان صعصعة ابن نَاجِيَةَ عَمُّ الْفَرَزْدَقِ إِذَا أَحَسَّ بِشَيْءٍ مِنْ ذَلِكَ وَجَّهَ إِلَى وَالِدِ الْبِنْتِ إِبِلًا يَسْتَحْيِيهَا بِذَلِكَ. فَقَالَ الْفَرَزْدَقُ يَفْتَخِرُ: وَعَمِّي «٢» الَّذِي مَنَعَ الْوَائِدَاتِ ... وَأَحْيَا الْوَئِيدَ فَلَمْ يُوأَدِ وَقِيلَ: دَسُّهَا إِخْفَاؤُهَا عَنِ النَّاسِ حَتَّى لَا تُعْرَفَ، كَالْمَدْسُوسِ فِي التُّرَابِ لِإِخْفَائِهِ عَنِ الْأَبْصَارِ، وَهَذَا مُحْتَمَلٌ. مَسْأَلَةٌ- ثَبَتَ فِي صَحِيحِ مُسْلِمٌ عَنْ عَائِشَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهَا قَالَتْ: جَاءَتْنِي امْرَأَةٌ وَمَعَهَا ابْنَتَانِ لَهَا، فَسَأَلَتْنِي فَلَمْ تَجِدْ عِنْدِي غَيْرَ تَمْرَةٍ وَاحِدَةٍ، فَأَعْطَيْتُهَا إِيَّاهَا فَأَخَذَتْهَا فَقَسَمَتْهَا بَيْنَ ابْنَتَيْهَا وَلَمْ تَأْكُلْ مِنْهَا شَيْئًا، ثُمَّ قَامَتْ فَخَرَجَتْ وَابْنَتَاهَا، فَدَخَلَ عَلَيَّ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فحدثته «٣»
(١). قال محققة: في الشواذ أن الجحدري يقرأ كذلك. كأن المصنف لم يقف عليها. (٢). الرواية: وجدي، وأن صعصعة بن ناجية جد الفرزدق كما في الاستيعاب. (٣). في ج: فخبرته.

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