pour les idoles – et le verbe a été conjugué avec le wāw et le nūn comme on le fait pour ce qui possède raison –, c’est donc un retour au pronom « mâ » ; le complément d’objet du verbe « ils savent » est omis, et l’on peut restituer ainsi le sens : « Ces mécréants assignent aux idoles, qu’ils tiennent pour capables de quoi que ce soit, une part de ce que Nous leur avons accordé. » Dans la sourate « Al-An‘âm » ce même propos a déjà été expliqué au verset : « Ils dirent : “Ceci appartient à Allah – selon leurs prétentions – et ceci revient à nos associés.” »
Puis le discours passe du récit à l’interpellation : « Par Allah ! vous serez assurément interrogés » ; il s’agit d’un questionnement à titre de réprobation ; « au sujet des mensonges que vous inventiez », c’est-à-dire de ce que vous forgiez comme calomnies contre Allah en prétendant qu’Il vous l’aurait ordonné.
(57) « Et ils attribuent à Allah des filles – Pureté à Lui ! – tandis que pour eux-mêmes ils réservent ce qu’ils désirent. »
Ce verset fut révélé au sujet des tribus de Khuzâ‘ah et de Kinânah ; en effet, ils prétendaient que les anges étaient les filles d’Allah et disaient : « Faites rejoindre les filles (célestes) à (vos) filles. »
« Pureté à Lui ! » : Allah Se glorifie et Se déclare au-dessus de ce qu’ils Lui attribuent, à savoir la prise d’enfants.
« Tandis que, pour eux, [il y a] ce qu’ils désirent » : ils se réservent les garçons et répugnent aux filles. Le mot « mâ » occupe ici la position du sujet, et le prédicat est « pour eux » ; le propos s’achève à « Pureté à Lui ». Al-Farrâ’ permet aussi que « mâ » soit à l’accusatif, sous-entendant : « et ils se réservent ce qu’ils désirent ». Az-Zajjâj rejette cette dernière lecture ; il dit : « Les Arabes, dans ce contexte, emploient plutôt : “Ils se réservent pour eux-mêmes…”. »
(58) « Et lorsqu’on annonce à l’un d’eux [la naissance] d’une fille, son visage s’assombrit et il est accablé de chagrin. »
C’est-à-dire : quand on vient informer l’un d’eux qu’une fille vient de naître. « Son visage s’assombrit », c’est-à-dire change d’expression ; il ne s’agit pas du noir qui s’oppose au blanc, mais d’une métaphore exprimant la peine qu’il ressent à cause de la naissance d’une fille. Les Arabes disent de quiconque rencontre un malheur : « Son visage s’est noircit de chagrin et de tristesse », explique Az-Zajjâj. Al-Mâwardî a toutefois rapporté que certains comprennent ici la couleur noire proprement dite, avis suivi par la majorité.
« Et il est kadhîm » : plein de tristesse. Ibn ‘Abbâs dit : « Cela signifie qu’il est affligé. » Al-Akhfash dit : « C’est celui qui retient sa colère sans l’extérioriser. » On a également dit : c’est l’accablé qui garde la bouche fermée et ne parle pas, par excès de chagrin ; le terme dérive de « kidhâmah », qui est le fait de lier l’ouverture de l’outre, comme l’a précisé ‘Alî ibn ‘Isâ. Cette même idée a déjà été abordée dans la sourate « Yûsuf ».