[Sourate an-Naḥl (16) : versets 43-44]
« Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes à qui Nous révélions. Demandez donc aux gens du Rappel, si vous ne savez pas,
[43] – avec les preuves claires et les Écritures. Et Nous t’avons fait descendre le Rappel afin que tu explicites aux gens ce qui a été révélé pour eux, et afin qu’ils réfléchissent. » [44]
Parole du Très-Haut :
« Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes à qui Nous révélions. »
La récitation adoptée par la majorité des lecteurs est : « يُوحَى » – avec un yā’ initial et un ḥā’ voyellé par la fatḥa. Ḥafṣ, d’après ‘Āṣim, lit : « نُوحِي إِلَيْهِمْ » – avec le nūn de majesté et un ḥā’ kasra.
Ce verset fut révélé au sujet des polythéistes de La Mecque qui nièrent la Prophétie de Muḥammad – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – et dirent : « Allah est trop Grand pour qu’un messager soit un humain ; pourquoi ne nous a-t-Il pas plutôt envoyé un ange ? »
Allah – Exalté soit-Il – leur répondit : « Nous n’avons jamais envoyé, avant toi, ô Muḥammad, aux communautés précédentes, que des hommes issus d’Adam. »
« Demandez donc aux gens du Rappel… »
Sufyān dit : il s’agit des croyants parmi les Gens du Livre.
« …si vous ne savez pas », qu’ils vous informent que tous les Prophètes étaient bel et bien des humains.
D’aucuns ont dit : interrogez les gens de l’Écriture ; même s’ils ne croient pas, ils reconnaissent cependant que les messagers étaient des hommes. Cette interprétation est rapportée d’Ibn ‘Abbās et de Mujāhid.
Ibn ‘Abbās a également dit : « Les gens du Rappel » sont les gens du Coran. D’autres ont précisé : ce sont les savants ; les deux sens se rejoignent.
« …avec les preuves claires et les Écritures »
– On a dit que l’expression « avec les preuves claires » se rattache à « Nous avons envoyé », et qu’il faut comprendre une inversion : « Nous n’avons envoyé, avant toi, avec les preuves claires et les Écritures, que des hommes – c’est-à-dire, non des anges. » Ici « illā » a le sens de « ghayr » (autre que), comme dans la formule : « Il n’y a de divinité qu’Allah. » C’est l’avis d’al-Kalbī.
– D’autres estiment qu’il y a une ellipse induite par « Nous avons envoyé » ; l’idée serait : « Nous les avons envoyés avec les preuves claires et les Écritures. » Dès lors, « avec les preuves claires » ne dépend pas du premier verbe ; il se rapporte au verbe « Nous avons envoyés » sous-entendu, car ce qui précède « illā » n’agit pas grammaticalement sur ce qui la suit.
– Une troisième opinion veut que cette locution soit l’objet de « vous savez », la préposition « bā’ » étant alors surérogatoire ; ou bien elle serait à l’accusatif du fait d’un verbe sous-entendu tel que « je vise », conformément au vers du poète al-A‘shā :
« Il n’est point de protecteur, s’il vient au clan dans la crainte,
ni d’orateur, hormis celui qui se voit blâmé. »
« Et Nous t’avons fait descendre le Rappel » : c’est le Coran.
« …afin que tu exposes aux gens ce qui a été fait descendre pour eux » : les prescriptions, les promesses et les menaces qu’il renferme, par ta parole et ta pratique. Le Messager – paix et bénédiction d’Allah sur lui – clarifie, de la part d’Allah, ce que Celui-ci a laissé sous forme condensée dans Son Livre, qu’il s’agisse des règles de la prière, de la zakāt ou d’autres dispositions non détaillées. Cette idée a déjà été développée au début de cet ouvrage, et louange à Allah.
« …et afin qu’ils réfléchissent », pour qu’ils se laissent exhorter.