Sa parole, – Exalté soit-Il :
« Et ceux qui émigrèrent pour la cause d’Allah après qu’ils eurent été lésés… »
Nous avons déjà exposé, dans la sourate « An-Nisâ’ », le sens de l’hégire : il s’agit de délaisser sa patrie, sa famille et ses proches pour Allah ou pour la religion d’Allah, ainsi que d’abandonner les fautes. – On a dit également que la préposition « fî » a ici le sens de « lâm », c’est-à-dire : « pour Allah ». Quant à l’expression « après qu’ils eurent été lésés », elle signifie : après avoir été torturés pour la cause d’Allah.
Cette révélation concerna Suhayb, Bilâl, Khabbâb et ‘Ammâr : les Mecquois les torturèrent jusqu’à ce qu’ils prononçassent ce qu’ils voulaient entendre ; lorsqu’ils les relâchèrent, ils émigrèrent à Médine – ainsi l’a rapporté al-Kalbî.
D’autres ont dit qu’elle fût révélée au sujet d’Abû Jandal b. Suhayl.
Quant à Qatâdah, il a soutenu qu’il s’agit des compagnons de Muhammad — que les prières et la paix d’Allah soient sur lui — que les polythéistes de La Mecque maltraitèrent, expulsèrent, si bien qu’une partie d’entre eux se réfugia en Abyssinie ; puis Allah, Très-Haut, leur assigna la Demeure de l’hégire et leur accorda des auxiliaires parmi les croyants. Le verset embrasse donc l’ensemble de ces situations.
« Nous les installerons assurément, dans ce bas-monde, dans un lieu agréable »
À propos de cette « faveur » (al-ḥasana), six explications ont été avancées :
- Le fait de s’établir à Médine – opinion d’Ibn ‘Abbâs, al-Ḥasan, ash-Sha‘bî et Qatâdah ;
- Une subsistance abondante – opinion de Mujâhid ;
- La victoire sur leurs ennemis – opinion ad-Ḍaḥḥâk ;
- Une renommée véridique (une réputation de vérité) – rapporté d’après Ibn Jurayj ;
- Les conquêtes des contrées sur lesquelles ils prirent autorité et les gouvernorats qu’ils y reçurent ;
- Ce qu’il leur resta dans ce monde d’éloges, ainsi que l’honneur acquis par leurs descendants.
Toutes ces faveurs se réunirent en leur faveur par la grâce d’Allah ; à Lui la louange.
« Et la récompense de l’Au-delà est assurément plus grande » :
c’est-à-dire que la rétribution de la demeure dernière est plus immense ; elle dépasse ce que quiconque pourrait en concevoir avant de la contempler :
« Et quand tu regarderas là-bas, tu verras un délice et un royaume immense. »
« S’ils savaient » :
autrement dit, si ces injustes savaient cela…
D’aucuns l’ont rapporté aux croyants : s’ils pouvaient voir et constater de leurs propres yeux la récompense de l’Au-delà, ils sauraient qu’elle est plus grande que toute faveur d’ici-bas.
On rapporte qu’Omar ibn al-Khaṭṭâb – qu’Allah l’agrée – lorsqu’il remettait leurs allocations aux Emigrants, disait : « Voilà ce qu’Allah vous a promis en ce bas-monde ; et ce qu’Il vous a réservé dans l’Au-delà est plus abondant encore », puis il leur récitait ce verset.
« Ceux qui endurent et placent leur confiance en leur Seigneur » (v. 42)
On a dit que l’expression « ceux qui » (alladhîna) est un apposition au premier « ceux qui » ; on a dit également qu’elle renvoie au pronom du verbe « Nous les installerons » ; d’autres ont expliqué qu’il s’agit de ceux qui ont patienté dans leur religion.
« Et qui, en leur Seigneur, placent leur confiance » : en toutes leurs affaires.
Quelques gens de la réalisation spirituelle ont dit : « Les meilleurs des créatures sont ceux qui, lorsqu’un malheur les atteint, patientent ; et lorsqu’ils sont incapables d’agir, s’en remettent à Allah. »
Allah — Très-Haut — dit : « Ceux qui endurent et qui, en leur Seigneur, placent leur confiance. »