Parmi les signes, certains se manifestent extérieurement à tout un chacun dès le premier regard, tandis que d’autres demeurent cachés : ils n’apparaissent pas à tous et ne sont pas perceptibles d’emblée.
Al-Ḥasan a dit : « Les “mutawassimūn” (ceux doués de sagacité) sont ceux qui, à force d’observation, comprennent que Celui qui a anéanti le peuple de Lôṭ est capable d’anéantir les mécréants ; cela relève donc des preuves apparentes. »
Dans le même sens, Ibn ʿAbbās déclara : « Jamais personne ne m’a interrogé sur quoi que ce soit sans que je sache aussitôt s’il était jurisconsulte ou non. »
Il est rapporté qu’aš-Šāfiʿī et Muḥammad b. al-Ḥasan se trouvaient dans la cour de la Kaʿba, lorsqu’ils virent un homme à la porte de la mosquée. L’un dit : « Je le vois charpentier », l’autre : « Plutôt forgeron. » Ceux qui étaient présents allèrent aussitôt questionner l’homme, lequel répondit : « J’étais charpentier, mais aujourd’hui je suis forgeron. »
On rapporte de Jundub b. ʿAbdillāh al-Baǧalī qu’il passa devant un homme récitant le Coran, s’arrêta et dit : « Quiconque cherche à se faire remarquer, Allāh le rendra notoire ; quiconque fait ostentation, Allāh l’exposera. » Nous lui dîmes : « On dirait que tu vises cet homme ? » Il répondit : « Celui-ci te récite aujourd’hui le Coran et, demain, il sortira ḥarūriyyan (khārijite). » De fait, il devint chef des Ḥarūriyya ; il se nommait Mirdās.
Il est rapporté d’al-Ḥasan al-Baṣrī qu’ʿAmr b. ʿUbayd entra chez lui. Il dit alors : « Voici le seigneur des jeunes de Baṣra, pour peu qu’il n’invente rien. » Puis survint de sa part, au sujet du Qadar, ce qui advint, au point que la plupart de ses frères le délaissèrent.
Et au sujet d’Ayyūb, il dit : « Voici le seigneur des jeunes gens de Baṣra », sans formuler d’exception.
Aš-Šaʿbī aurait dit à Dāwud al-Azdī, lors d’une discussion : « Tu ne mourras pas avant d’être cautérisé à la tête. » Et cela se réalisa.
On relate qu’ʿUmar b. al-Khaṭṭāb — qu’Allāh l’agrée — reçut une délégation de Madhḥij parmi laquelle se trouvait al-Ašṭar. Il le toisa de haut en bas puis dit : « Lequel est-ce ? » — « Mālik b. al-Ḥāriṯ », répondit-on. Il s’exclama : « Qu’a-t-il donc ? Qu’Allāh le combatte ! Je pressens, de sa part, un jour difficile pour les musulmans. » Et, lors de la fitna, il advint de lui ce qu’ʿUmar avait prédit.
Il est également rapporté d’ʿUthmān b. ʿAffān — qu’Allāh l’agrée — qu’Anas b. Mālik entra chez lui après avoir traversé le marché et avoir posé le regard sur une femme. ʿUthmān lui dit alors : « L’un de vous entre chez moi avec, dans les yeux, la trace de la fornication ! » Anas répondit : « Y aurait-il encore une révélation après le Messager d’Allāh ﷺ ? » Il dit : « Non, mais il y a preuve, sagacité et véracité. »
De semblables récits abondent au sujet des Compagnons et des Successeurs — qu’Allāh soit satisfait d’eux tous.
Deuxième point — Le qāḍī Abū Bakr Ibn al-ʿArabī a dit : « Lorsqu’il est établi que la perspicacité et la sagacité font partie des moyens de saisir les réalités, aucun jugement légal ne saurait toutefois se fonder sur elles ; on ne saurait, de ce fait, retenir ni accuser quelqu’un sur la seule base de ces signes. Pourtant, le Qāḍī al-Quḍāt as-Shāmī, malikite, qui se trouvait à Bagdad à l’époque où je résidais en Šām, rendait effectivement des verdicts judiciaires en se basant sur la physiognomonie, suivant en cela la méthode d’Iyās. »