Tout ce qu’Il veut ; et toute faveur qu’Allah – Très-Haut – accorde à Lût, Il en donne le double en noblesse à Muḥammad – que la prière et le salut d’Allah soient sur lui –, car celui-ci est plus honoré auprès d’Allah que Lût. Ne vois-tu pas qu’Il – glorifié soit-Il – conféra l’amitié exclusive (al-khulla) à Ibrâhîm et la parole directe (at-taklîm) à Mûsâ, et qu’Il réunit ces deux privilèges pour Muḥammad ? Si donc Il a juré par la vie de Lût, la vie de Muḥammad est plus élevée encore. Il n’est pas convenable de passer d’un propos à un autre sans qu’il ait été mentionné, sauf nécessité.
Je dis : ce qu’il a avancé est pertinent, car le serment – exalté soit-Il – par la vie de Muḥammad, eût été un énoncé incident au milieu du récit concernant Lût.
Al-Qushayrî, Abû Naṣr ‘Abd ar-Raḥîm ibn ‘Abd al-Karîm, dit dans son Tafsîr : « Il se peut aussi que l’on rapporte cela au peuple de Lût ; c’est-à-dire qu’ils erraient dans leur ivresse. »
On a également dit : lorsque Lût exhorta son peuple et déclara : « Voici mes filles », les Anges dirent : « Ô Lût, par ta vie, ils sont vraiment plongés dans leur ivresse, hésitants, sans se douter de ce qui les frappera à l’aube. »
S’il est objecté : Allah a pourtant juré par le figuier, l’olivier et le mont Sînā, qu’en est-il donc ici ? – Il sera répondu : il n’est rien qu’Allah ait pris à témoin sans que cela ne soit une indication de sa supériorité sur ce qui relève de son espèce ; de même, notre Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – doit être supérieur à tous ceux qui se rangent dans la même catégorie que lui.
Les formes ‘al-‘umru’ et ‘al-‘amru’ (avec damma ou fatha sur le ‘ayn) sont deux langues dont le sens est unique ; toutefois on ne les emploie dans le serment qu’avec la fatha, en raison de l’usage abondant.
Ainsi dit-on : « ‘ammara-ka-llâh », c’est-à-dire : je demande à Allah qu’Il prolonge ta vie. L’expression « la‘amruka » est un sujet dont le prédicat est sous-entendu ; le sens en est : « Par ta vie, c’est de cela que je jure. »
Deuxième point : nombre de savants ont jugé répréhensible que l’homme dise « la‘amrî » (par ma vie), parce que cela signifie : « par ma propre vie ».
Ibrâhîm an-Nakh‘î dit : il est détestable à l’homme de dire « la‘amrî », car c’est un serment par sa propre vie, expression des hommes faibles.
Dans le même sens, Mâlik affirme : les gens faibles, hommes et femmes, jurent en disant « par ta vie », « par ton existence » ; ce n’est pas le langage des hommes de valeur. Si Allah – subḥâna-hu – l’a employé dans ce récit, c’est pour manifester la noblesse du rang et la haute dignité de celui concerné ; on ne doit pas l’appliquer ailleurs ni l’utiliser pour un autre.
Ibn Ḥabîb dit : il convient de réserver l’expression « la‘amruka » au contexte de ce verset.
Qatâda déclare : c’est une tournure propre à la langue des Arabes.
Ibn al-‘Arabî dit : j’adopte cet avis, mais la Loi l’a retranchée de l’usage courant et ramené le serment exclusivement à Allah. Je dis : le serment par « la‘amruka », « la‘amrî » et semblables abonde dans la poésie des Arabes et leur prose la plus éloquente.