Il fut alors changé en une argile retentissante, pareille à la poterie. De même, Mujāhid et Qatādah déclarent : « c’est une matière fétide et altérée », le terme venant de l’expression arabe « l’eau a vieilli (asana) » lorsqu’elle se gâte. De là proviennent – dans le Coran – les formes « yatasannah » et « māʾin ghayri āsin » (une eau qui ne croupit pas).
Le poète Abū Qays b. al-Aslat dit :
« Elle a abreuvé mes lèvres d’un breuvage sans corruption,
pareil au musc répandu sur l’eau des grappes. »
Al-Farrāʾ explique également que le mot signifie « altéré », et l’apparente au verbe « sanan-tu l-ḥajara ʿala l-ḥajar » : j’ai frotté une pierre contre une autre. La poussière qui se dégage des deux pierres est appelée « as-sanānah » ou « as-sanīn », d’où le mot « al-misan-nu » (la pierre à aiguiser).
Le poète a dit :
« Puis je la conduisis jusqu’à la coupole rouge ;
elle marchait, elle marchait sur un marbre poli (marnmar masnūn),
parfaitement lisse et lustré. »
On rapporte que Yazīd b. Muʿāwiyah dit à son père : « Ne vois-tu pas ʿAbd al-Raḥmān b. Ḥassān chanter la beauté de ta fille ? » Muʿāwiyah répondit : « Que dit-il ? » – « Il a dit :
Elle est éclatante, telle une perle qu’un plongeur a tirée,
séparée d’un joyau soigneusement gardé.
– C’est vrai, répliqua Muʿāwiyah. – Et il ajoute :
Si tu cherches sa lignée, tu ne la trouveras
qu’au faîte des nobles vertus.
– C’est vrai, reprit Muʿāwiyah. – Et qu’en est-il de son vers : “Puis je la conduisis…” ? – C’est mensonge, conclut Muʿāwiyah. »
Abū ʿUbaydah avance pour sa part que « al-masnūn » signifie « versé, coulé ». Les Arabes disent : « sanan-tu l-māʾa ʿalā l-wajhi » lorsque l’on répand l’eau sur un visage ; as-sannu désigne donc l’action de verser. ʿAlī b. Abī Ṭalḥah rapporte d’Ibn ʿAbbās : « al-masnūn désigne ce qui est humide », ce qui rejoint l’idée de « coulé », puisqu’on ne répand qu’un liquide.
An-Naḥḥās commente : « C’est une explication pertinente, car l’on dit : sanan-tu sh-shayʾ, je l’ai versé. » Abū ʿAmr b. al-ʿAlāʾ rappelle à ce propos le récit attribué à ʿUmar : « Il versait (yasunnu) l’eau sur son visage, sans la projeter (yashunnu). » “Ash-shan” – avec un shīn – indique en effet l’action d’éclabousser, tandis que “as-sann” – avec un sīn – signifie verser sans dispersion.
Sībawayh affirme enfin que « al-masnūn » signifie « modelé, façonné », tiré de « sinnat al-wajh » : les traits, l’aspect du visage. Dhu r-Rumma dit à ce sujet :
« Elle te montre la perfection des traits de son visage, réguliers ;
Lisses, sans grain de beauté ni cicatrice. »