Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

C’est un mal incurable, une maladie chronique ; dès qu’elle s’empare du cœur, elle en corrompt la complexion, rend le traitement ardu ; nul fléau ne le quitte plus et nul remède ne lui est d’aucun profit. Elle a dérouté les médecins et les sages comme les savants ont désespéré d’en voir la guérison.

La réalité de l’espérance démesurée consiste en une âpreté pour ce bas-monde, un attachement excessif à ses biens, un amour passionné pour lui et une indifférence à l’égard de l’au-delà. Il est rapporté du Messager d’Allâh — que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui — qu’il a dit :
« Les premiers de cette communauté ont été sauvés par la certitude et l’ascèse, tandis que les derniers périront par l’avarice et l’espérance (trop longue). »

On rapporte d’Abou l-Dardâ’ — qu’Allâh l’agrée — qu’il se tint sur les marches de la grande mosquée de Damas et s’écria :
« Ô habitants de Damas ! N’écouterez-vous pas la parole d’un frère qui vous veut du bien ? Ceux qui vous ont précédés amassaient beaucoup, édifiaient solidement et caressaient de lointaines espérances ; au matin leur amassement devint néant, leurs constructions devinrent des tombeaux, et leurs espoirs une illusion. Voici la tribu de ‘Âd : elle avait peuplé les contrées d’habitants, de richesses, de chevaux et d’hommes valeureux. Qui donc m’achètera aujourd’hui leur héritage pour deux dirhams ? »
Puis il récita ces vers :
« Toi qui nourris des espérances, si lointaines soient-elles,
et prétends pourtant atteindre leur extrême limite !
Comment remporteras-tu ce que tu convoites, malheureux,
alors que tu n’es même pas sûr d’en obtenir la moindre part ? »

Al-Hassan (al-Basrî) a dit : « Jamais un serviteur n’allonge son espérance sans que ses œuvres ne s’en trouvent corrompues. » Il a dit vrai — qu’Allâh l’agrée ! Une longue espérance engendre la paresse dans l’action, incite à la nonchalance et au relâchement, entraîne la distraction et l’inaction, rive l’homme à la terre et l’incline vers la passion. C’est là un fait constaté de visu, qui ne requiert ni explication ni preuve, tandis qu’une espérance courte pousse à l’œuvre, appelle à la promptitude et encourage à la compétition dans le bien.

« Nous n’avons détruit aucune cité sans qu’elle n’eût un terme bien connu » (Sourate al-Hijr 15 : 4), c’est-à-dire un délai fixé, inscrit pour elle dans la Table Gardée.

« Aucune communauté n’avance ni ne recule son terme » (Sourate al-Hijr 15 : 5). La préposition min est ici explétive, comme dans l’expression : « Il ne m’est venu personne. » Autrement dit, aucune communauté ne dépasse le terme qui lui est imparti pour le prolonger, ni ne se présente avant lui. Semblable est la parole du Très-Haut : « Lorsque leur terme arrive, ils ne peuvent ni le retarder d’une heure ni l’avancer. »

عُضَالٌ وَمَرَضٌ مُزْمِنٌ، وَمَتَى تَمَكَّنَ مِنَ الْقَلْبِ فَسَدَ مِزَاجُهُ وَاشْتَدَّ عِلَاجُهُ، وَلَمْ يُفَارِقْهُ دَاءٌ ولا نجع فِيهِ دَوَاءٌ، بَلْ أَعْيَا الْأَطِبَّاءَ وَيَئِسَ مِنْ بُرْئِهِ الْحُكَمَاءُ وَالْعُلَمَاءُ. وَحَقِيقَةُ الْأَمَلِ: الْحِرْصُ عَلَى الدُّنْيَا وَالِانْكِبَابُ عَلَيْهَا، وَالْحُبُّ لَهَا وَالْإِعْرَاضُ عَنِ الْآخِرَةِ. وَرُوِيَ «١» عَنْ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَنَّهُ قَالَ: " نَجَا أَوَّلُ هَذِهِ الْأُمَّةِ بِالْيَقِينِ وَالزُّهْدِ وَيَهْلِكُ آخِرُهَا بِالْبُخْلِ وَالْأَمَلِ" . ويروى عن أبى الدرداء رضى الله أَنَّهُ قَامَ عَلَى دَرَجِ مَسْجِدِ دِمَشْقَ فَقَالَ: يأهل دِمَشْقَ، أَلَا تَسْمَعُونَ مِنْ أَخٍ لَكُمْ نَاصِحٍ؟ إِنَّ مَنْ كَانَ قَبْلَكُمْ كَانُوا يَجْمَعُونَ كَثِيرًا وَيَبْنُونَ مَشِيدًا وَيَأْمُلُونَ بَعِيدًا، فَأَصْبَحَ جَمْعُهُمْ بُورًا وَبُنْيَانُهُمْ قُبُورًا وَأَمَلُهُمْ غُرُورًا. هَذِهِ عَادٌ قَدْ مَلَأَتِ الْبِلَادَ أَهْلًا وَمَالًا وَخَيْلًا وَرِجَالًا، فَمَنْ يَشْتَرِي مِنِّي الْيَوْمَ تَرِكَتَهُمْ بِدِرْهَمَيْنِ! وَأَنْشَدَ: يَا ذَا الْمُؤَمِّلُ آمَالًا وَإِنْ بَعُدَتْ ... مِنْهُ وَيَزْعُمُ أَنْ يَحْظَى بِأَقْصَاهَا أَنَّى تَفُوزُ بِمَا تَرْجُوهُ وَيْكَ وَمَا ... أَصْبَحْتَ فِي ثِقَةٍ مِنْ نَيْلِ أَدْنَاهَا وَقَالَ الْحَسَنُ: مَا أَطَالَ عَبْدٌ الْأَمَلَ إِلَّا أَسَاءَ الْعَمَلَ. وَصَدَقَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ! فَالْأَمَلُ يُكْسِلُ عَنِ الْعَمَلِ وَيُورِثُ التَّرَاخِيَ وَالْتَوَانِيَ، وَيُعْقِبُ التَّشَاغُلَ وَالتَّقَاعُسَ، وَيُخْلِدُ إِلَى الْأَرْضِ وَيُمِيلُ إِلَى الْهَوَى. وَهَذَا أَمْرٌ قَدْ شُوهِدَ بِالْعِيَانِ فَلَا يَحْتَاجُ إِلَى بَيَانٍ وَلَا يُطْلَبُ صَاحِبُهُ بِبُرْهَانٍ، كَمَا أَنَّ قِصَرَ الْأَمَلِ يَبْعَثُ عَلَى الْعَمَلِ، وَيُحِيلُ عَلَى الْمُبَادَرَةِ، وَيَحُثُّ عَلَى الْمُسَابَقَةِ. [[سورة الحجر (١٥) : آية ٤]] وَما أَهْلَكْنا مِنْ قَرْيَةٍ إِلاَّ وَلَها كِتابٌ مَعْلُومٌ (٤) أَيْ أَجَلٌ مُؤَقَّتٌ كُتِبَ لَهُمْ فِي اللوح المحفوظ. [[سورة الحجر (١٥) : آية ٥]] مَا تَسْبِقُ مِنْ أُمَّةٍ أَجَلَها وَما يَسْتَأْخِرُونَ (٥) " مِنْ" صِلَةٌ، كَقَوْلِكَ: مَا جَاءَنِي مِنْ أَحَدٍ. أَيْ لَا تَتَجَاوَزُ أَجَلَهَا فَتَزِيدُ عَلَيْهِ، وَلَا تَتَقَدَّمُ قَبْلَهُ. وَنَظِيرُهُ قَوْلُهُ تَعَالَى: " فَإِذا جاءَ أَجَلُهُمْ لَا يَسْتَأْخِرُونَ ساعَةً وَلا يَسْتَقْدِمُونَ «٢» " .
(١). في ى: يروى. (٢). راجع ج ٧ ص ٢٠١.

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