Sa Parole – qu’Il soit exalté :
« Et ils ont certes ourdi leur complot » ;
c’est-à-dire : en vouant des associés à Allah, en traitant les Messagers de menteurs et en s’obstinant, selon Ibn ʿAbbâs et d’autres.
Puis : « Et leur complot est (enregistré) auprès d’Allah ; et quand bien même leur complot ferait disparaître les montagnes… ».
Ici, « inn » a le sens de « mâ » (négation) : leur complot n’était nullement capable de faire s’écrouler les montagnes, tant il était faible et chancelant. Le tour « wa-inn » au sens de « mâ » se rencontre en cinq passages du Coran : le présent verset ; puis « Si tu es en doute au sujet de ce que Nous t’avons révélé… » (Yûnus : 94) ; puis « Si Nous avions voulu prendre un divertissement, Nous l’aurions pris de Notre propre essence, si tant est que Nous l’eussions voulu » (Al-Anbiyâ’ : 17), c’est-à-dire : « Nous ne l’aurions pas voulu » ; puis « Dis : si le Tout-Miséricordieux avait un enfant… » (Az-Zukhruf : 81) ; enfin « Nous les avons certes établis dans une situation où Nous ne vous avons pas établis » (Al-Aḥqâf : 26).
La majorité des lecteurs récitent « wa in kâna » avec le nûn ; ʿAmr b. ʿAlî, Ibn Masʿûd et Ubayy lisent « wa in kâda » avec un dâl. L’ensemble des récitateurs lit en cassant la lâm de « lîtazûla » – lâm du refus – et en ouvrant la seconde lâm à l’accusatif. Ibn Muḥayṣin, Ibn Jurayj et Al-Kisâ’î lisent « litazûla » en ouvrant la première lâm (lâm d’initiation) et en portant la seconde au nominatif ; « wa-in » y est l’allégée de « inna ». Cette lecture vise à amplifier la gravité de leur complot : « Leur complot était si énorme que les montagnes faillirent s’en ébranler. »
At-Ṭabarî précise que la lecture préférable est la première, car si les montagnes avaient réellement disparu, elles ne seraient plus fixes.
Abû Bakr Al-Anbârî dit : le ḥadîth que nous a rapporté Aḥmad b. Al-Ḥusayn n’apporte aucune preuve contre le muṣḥaf des musulmans. Il nous l’a transmis par la chaîne : ʿUthmân b. Abî Shaybah – Wakîʿ b. Al-Jarrâḥ – Isrâ’îl – Abû Isḥâq – ʿAbd-ur-Raḥmân b. Dânil .
Il rapporte avoir entendu ʿAlî b. Abî Ṭâlib – qu’Allah l’agrée – dire :
« Un tyran parmi les tyrans déclara : “Je ne m’arrêterai pas avant de savoir Qui se trouve dans les cieux.” Il prit alors des aiglons, ordonna qu’on les nourrît de viande jusqu’à ce qu’ils devinssent forts, musclés et robustes. Puis il fit confectionner un coffre capable de contenir deux hommes, y fixa un bâton dont l’extrémité portait un morceau de viande d’un rouge vif, et fit solidement attacher les pattes des aigles aux côtés du coffre.
Il s’assit, lui et un compagnon, dans le coffre, puis excita les aigles ; dès qu’ils aperçurent la viande, ils volèrent pour l’atteindre et se mirent à soulever le coffre jusqu’à la hauteur qu’Allah voulut. Le tyran dit alors à son compagnon : “Ouvre la trappe ; que vois-tu ?” – “Je vois les montagnes pareilles à des moucherons.” – “Referme la trappe.”
Les aigles continuèrent de monter comme Allah le voulut. Il dit encore : “Ouvre la trappe ; que vois-tu ?” – “Je ne vois que le ciel, qui ne fait que s’éloigner de nous.” – “Retourne le bâton.” Quand il le retourna, les aigles piquèrent vers le bas, et lorsque le coffre toucha terre on entendit un fracas tel que les montagnes faillirent en être ébranlées. »