Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Sourate Ibrâhîm (14), versets 42-43

Et ne pense surtout pas qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. Il ne fait que les différer jusqu’au Jour où les regards demeureront figés ; (42) ils accourront, la tête dressée, les yeux sans même cligner, tandis que leurs cœurs seront comme vides. (43)

Paroles du Très-Haut :
« Et ne pense surtout pas qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. »

Ce verset constitue un réconfort pour le Prophète – paix et salut d’Allah sur lui – après qu’il eût été étonné des agissements des polythéistes et de leur opposition à la religion d’Ibrâhîm. Il signifie : « Patiente donc, comme Ibrâhîm a patienté, et fais savoir aux polythéistes que le retardement du châtiment n’est nullement une approbation de leurs actes ; telle est la coutume d’Allah : accorder un délai aux désobéissants. »

Maymûn ibn Mihrân a dit : « C’est une menace pour l’oppresseur et un réconfort pour l’opprimé. »

« Il ne fait que les différer » : c’est-à-dire qu’Il accorde un répit aux polythéistes de La Mecque et retarde leur châtiment. La récitation la plus répandue emploie la troisième personne : « yû’akhkhiruhum », lecture qu’Abû ʿUbayd et Abû Hâtim ont privilégiée en raison de la précédente adresse : « Ne pense pas qu’Allah… ». Al-Hasan, al-Sulamî – et il est aussi rapporté d’Abû ʿAmr – lisent « nu’akhkhiruhum » à la première personne du pluriel de majesté.

« Pour un Jour où les regards demeureront figés » : c’est-à-dire qu’ils ne se fermeront pas, terrifiés par ce qu’ils verront ce jour-là, a expliqué al-Farrâ’. On dit : « shakhasa baṣaruhu » ou « shakhasa al-baṣar » lorsqu’un regard se fige, se lève et reste fixe devant l’effroi. Ibn ʿAbbâs a dit : « Ce jour-là, les regards des créatures se dresseront vers le ciel dans une confusion extrême, si bien qu’ils ne cligneront pas. »

« Muhtiʿîn » : c’est-à-dire se hâtant, selon al-Hasan, Qatâda et Saʿîd ibn Jubayr. Le terme vient de « ahṭaʿa – yahṭaʿu » qui signifie se presser ; de là la parole divine : « muhtiʿîna ilâ al-dâʿ » (Qamar, 8), « accourant vers l’appelant ». Un poète a dit :
« Sur le Tigre se trouvait leur demeure ; je les vis sur le Tigre, accourant pour écouter… »

D’autres ont expliqué « muhtiʿîn » par : fixant leur regard avec humiliation et soumission, sans ciller, selon Ibn ʿAbbâs. Mujâhid et al-Ḍaḥḥâk ont dit : « Muhtiʿîn » : maintenant un regard continu. Al-Naḥḥâs précise que, dans la langue, le sens le plus connu est la hâte ; Abû ʿUbayd ajoute qu’on peut combiner les deux acceptions : la hâte jointe à la fixité du regard. Ibn Zayd dit : « Le muhtiʿ est celui qui ne lève pas la tête. »

« Muqniʿî ru’ûsihim » : levant leurs têtes, regardant dans l’humiliation. L’« iqnâʿ » de la tête, c’est le fait de la lever, ont indiqué Ibn ʿAbbâs et Mujâhid. Ibn ʿArafa, al-Qutaybî et d’autres disent : le « muqniʿ » est celui qui relève la tête et dirige son regard vers ce qui est devant lui ; de là, l’« iqnâʿ » dans la prière : lever la tête au point qu’elle dépasse le niveau du dos.

[سورة إبراهيم (١٤) : الآيات ٤٢ الى ٤٣] وَلا تَحْسَبَنَّ اللَّهَ غافِلاً عَمَّا يَعْمَلُ الظَّالِمُونَ إِنَّما يُؤَخِّرُهُمْ لِيَوْمٍ تَشْخَصُ فِيهِ الْأَبْصارُ (٤٢) مُهْطِعِينَ مُقْنِعِي رُؤُسِهِمْ لَا يَرْتَدُّ إِلَيْهِمْ طَرْفُهُمْ وَأَفْئِدَتُهُمْ هَواءٌ (٤٣) قَوْلُهُ تَعَالَى: (وَلا تَحْسَبَنَّ اللَّهَ غافِلًا عَمَّا يَعْمَلُ الظَّالِمُونَ) وَهَذَا تَسْلِيَةٌ لِلنَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ بَعْدَ أَنْ أَعْجَبَهُ مِنْ أَفْعَالِ الْمُشْرِكِينَ وَمُخَالَفَتِهِمْ دِينَ إِبْرَاهِيمَ، أَيِ اصْبِرْ كَمَا صَبَرَ إِبْرَاهِيمُ، وَأَعْلِمِ الْمُشْرِكِينَ أَنَّ تَأْخِيرَ الْعَذَابِ لَيْسَ لِلرِّضَا بِأَفْعَالِهِمْ، بَلْ سُنَّةُ اللَّهِ إِمْهَالُ الْعُصَاةِ مُدَّةً. قَالَ مَيْمُونُ بْنُ مِهْرَانَ: هَذَا وَعِيدٌ لِلظَّالِمِ، وَتَعْزِيَةٌ لِلْمَظْلُومِ. (إِنَّما يُؤَخِّرُهُمْ) يَعْنِي مُشْرِكِي مَكَّةَ يُمْهِلُهُمْ وَيُؤَخِّرُ عَذَابَهُمْ. وَقِرَاءَةُ الْعَامَّةِ " يُؤَخِّرُهُمْ" بِالْيَاءِ وَاخْتَارَهُ أَبُو عُبَيْدٍ وَأَبُو حَاتِمٍ لِقَوْلِهِ: " وَلا تَحْسَبَنَّ اللَّهَ" . وَقَرَأَ الْحَسَنُ وَالسُّلَمِيُّ وَرُوِيَ عَنْ أَبِي عَمْرٍو أَيْضًا " نُؤَخِّرُهُمْ" بِالنُّونِ لِلتَّعْظِيمِ. (لِيَوْمٍ تَشْخَصُ فِيهِ الْأَبْصارُ) أَيْ لَا تُغْمَضُ مِنْ هَوْلِ مَا تَرَاهُ فِي ذَلِكَ الْيَوْمِ، قَالَهُ الْفَرَّاءُ. يُقَالُ: شَخَصَ الرَّجُلُ بَصَرَهُ وَشَخَصَ الْبَصَرُ نَفْسُهُ أَيْ سَمَا وَطَمَحَ مِنْ هَوْلِ مَا يَرَى. قَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ: تَشْخَصُ أَبْصَارُ الْخَلَائِقِ يَوْمئِذٍ إِلَى الْهَوَاءِ لِشِدَّةِ الْحِيرَةِ فَلَا يَرْمَضُونَ. (مُهْطِعِينَ) أَيْ مُسْرِعِينَ، قَالَهُ الْحَسَنُ وَقَتَادَةُ وسعيد بن حبير، مأخوذ من أهطع يهطع إهطاعا إِذَا أَسْرَعَ وَمِنْهُ قَوْلُهُ تَعَالَى: " مُهْطِعِينَ إِلَى الدَّاعِ" «١» [القمر: ٨] أَيْ مُسْرِعِينَ. قَالَ الشَّاعِرُ: بِدِجْلَةَ دَارُهُمْ وَلَقَدْ أَرَاهُمْ ... بِدِجْلَةَ مُهْطِعِينَ إِلَى السَّمَاعِ وَقِيلَ: الْمُهْطِعُ الَّذِي يَنْظُرُ فِي ذُلٍّ وَخُشُوعٍ، أَيْ نَاظِرِينَ مِنْ غَيْرِ أَنْ يَطْرِفُوا، قَالَهُ ابْنُ عَبَّاسٍ، وَقَالَ مُجَاهِدٌ وَالضَّحَّاكُ: " مُهْطِعِينَ" أَيْ مُدِيمِي النَّظَرِ. وَقَالَ النَّحَّاسُ: وَالْمَعْرُوفُ فِي اللُّغَةِ أَنْ يُقَالَ: أَهْطَعَ إِذَا أَسْرَعَ، قَالَ أَبُو عُبَيْدٍ: وَقَدْ يَكُونُ الْوَجْهَانِ جَمِيعًا يَعْنِي الْإِسْرَاعَ مَعَ إِدَامَةِ النَّظَرِ. وَقَالَ ابْنُ زَيْدٍ: الْمُهْطِعُ الَّذِي لَا يرفع رأسه. (مُقْنِعِي رُؤُسِهِمْ) أي رافعي رؤسهم يَنْظُرُونَ فِي ذُلٍّ. وَإِقْنَاعُ الرَّأْسِ رَفْعُهُ، قَالَهُ ابْنُ عَبَّاسٍ وَمُجَاهِدٌ. قَالَ ابْنُ عَرَفَةَ وَالْقُتَبِيُّ وَغَيْرُهُمَا: الْمُقْنِعُ الَّذِي يَرْفَعُ رَأْسَهُ وَيُقْبِلُ بِبَصَرِهِ عَلَى مَا بَيْنَ يَدَيْهِ، وَمِنْهُ الْإِقْنَاعُ فِي الصلاة «٢»
(١). راجع ج ١٧ ص ١٣٠. (٢). الإقناع في الصلاة أن يرفع المصلى رأسه حتى يكون أعلى من ظهره. [ ..... ]

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