Cela t’indique donc que le terme « ḥîn » a le sens de « temps ». La foi (al-īmân) demeure fermement ancrée dans le cœur du croyant, tandis que son œuvre, sa parole et sa glorification d’Allah s’élèvent vers le ciel, à l’instar des rameaux du palmier qui se dressent vers les hauteurs. Les bénédictions et la rétribution qu’il tire de sa foi sont comparables aux fruits du palmier que l’on cueille tout au long de l’année : rutab (dattes mûres et juteuses), busr (dattes encore jaunes), balah, zahu, tamr (dattes sèches) et ṭalʿ (inflorescences).
Dans une autre version rapportée d’Ibn ʿAbbâs, il est dit : « L’arbre en question est un arbre du Paradis qui fructifie à tout moment. »
Le mot « mathalan » (une parabole) est le complément d’objet du verbe « ḍaraba » (Il propose). Quant à « kalimatan » (une parole), il s’agit d’un badal (substitut) de ce complément. La particule de comparaison « ka- » dans « ka-shajaratin » (semblable à un arbre) est à l’accusatif, considérée comme ḥâl se rapportant à « kalimatan » ; l’estimation est : « Une bonne parole, comparable à un bon arbre. »
Deuxième point : la parole divine : « … qui donne son fruit à tout instant. » Comme les arbres ne donnent normalement leur fruit qu’une fois par an, cette expression éclaire la notion de « ḥîn ». C’est pourquoi nous disons : Celui qui jure de ne pas parler à untel « ḥînan », ou de ne pas proférer telle parole « ḥînan », la période désignée par « ḥîn » correspond à une année.
Toutefois, « ḥîn » peut aussi désigner une durée plus longue, comme dans la Parole d’Allah : « S’est-il écoulé pour l’homme un ḥîn dans la durée… » (s. L’Insân, 1) ; selon l’exégèse, il s’agit de quarante années.
ʿIkrima rapporte qu’un homme déclara : « Si j’accomplis telle ou telle chose jusqu’à un ḥîn, mon esclave sera affranchi. » On le conduisit chez ʿUmar b. ʿAbd al-ʿAzîz qui consulta à ce sujet. J’expliquai : « Il existe parmi les ḥîn un ḥîn qu’on ne saurait déterminer », citant le verset : « … peut-être est-ce pour vous une tentation et une jouissance jusqu’à un ḥîn. » (s. Al-Anbiyâ’, 111). Je proposai donc qu’il attende la durée comprise entre la cueillette du palmier (ṣirâm) et la formation de ses nouveaux régimes ; cela sembla lui convenir. C’est l’avis d’Abû Ḥanîfa qui fixe le ḥîn à six mois, suivant ainsi ʿIkrima et d’autres. Les propos des savants au sujet du ḥîn ont déjà été exposés de façon détaillée dans le commentaire de la sourate « Al-Baqarah » – qu’Allah en soit loué.
« Allah propose des paraboles aux gens afin qu’ils se rappellent » : c’est-à-dire des comparaisons pour qu’ils méditent et tirent leçon, comme il a déjà été mentionné.
[Coran, sourate Ibrâhîm (14), verset 26]
« Et la comparaison d’une mauvaise parole est celle d’un mauvais arbre, qui a été déraciné de la surface de la terre et n’a point de stabilité. »
Ainsi, la « mauvaise parole » désigne la parole de mécréance (kufr) ; certains disent qu’elle renvoie au mécréant lui-même. Quant à l’arbre mauvais, il s’agit du coloquinte (ḥanẓal), comme le rapporte le ḥadîth d’Anas, et c’est l’opinion d’Ibn ʿAbbâs et de Mujâhid.