Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Ibn Zayd a dit :
« De plein gré (ṭawʿan) » : celui qui embrasse l’Islam par inclination ;
« et contraints (karhan) » : celui qui y entre par crainte, sous le glaive.

On a également dit :
« De plein gré » : celui dont la durée dans l’Islam s’est prolongée au point qu’il s’est accoutumé à la prosternation ;
« et contraints » : celui qui maîtrise son âme pour Allah – glorifié soit Sa majesté –. Le verset viserait alors les croyants, et, dans cette perspective, l’expression « et [ceux qui sont sur] la terre » signifierait : certains de ceux qui s’y trouvent.

Al-Qushayrī dit : Le verset se prête à deux voies d’interprétation.
Première voie : il est d’ordre général mais doit être compris dans un sens particulier ; le croyant se prosterne de plein gré, tandis que certains mécréants – tels les hypocrites – se prosternent par contrainte et par peur. C’est l’explication rapportée du Farrā’. On a même proposé, suivant cette voie, que le verset ne concerne que les croyants : parmi eux, il en est qui se prosternent spontanément, sans qu’aucune lourdeur ne les en dissuade ; et d’autres pour qui la prosternation demeure pesante, parce que l’engagement imposé par la charge légiférée comporte une peine. Néanmoins, ils supportent cette peine par pure sincérité et foi, jusqu’à ce qu’ils s’habituent à la vérité et s’y exercent.

Seconde voie – la correcte – consiste à conserver au verset sa portée universelle.
Sous cet angle, deux chemins :

  1. Le croyant se prosterne corporellement, de son plein gré ; quant au mécréant, il en reçoit l’ordre et sera tenu pour responsable de son refus.
  2. – et c’est la vérité – le croyant se prosterne de son corps par inclination volontaire, alors que toute créature, croyante ou mécréante, se prosterne du seul fait qu’elle est créée : prosternation d’indication et de dépendance envers le Créateur. C’est à l’image de la parole divine : « Il n’est rien qui ne célèbre Sa louange » [al-Isrā’ : 44] ; une glorification d’indication, non de culte.

« Et leurs ombres, aux aurores et aux couchants » : c’est-à-dire que les ombres des créatures se prosternent devant Allah – glorifié soit Sa majesté – aux moments du matin et du soir, car elles deviennent alors bien apparentes et s’inclinent d’un côté à l’autre ; telle est la façon dont Allah les fait tourner selon Sa volonté. Cela rejoint Sa parole : « N’ont-ils pas vu ce qu’Allah a créé ? Leurs ombres se renversent à droite et à gauche, se prosternant devant Allah, tandis qu’eux s’humilient » [an-Naḥl : 48], ainsi que l’ont rapporté Ibn ʿAbbās et d’autres.

Mujāhid dit : l’ombre du croyant se prosterne volontairement, celui-ci étant obéissant ; l’ombre du mécréant se prosterne malgré lui, celui-ci étant récalcitrant.

Ibn al-Anbārī affirme que des intelligences sont conférées aux ombres, par lesquelles elles se prosternent et s’humilient, de même qu’une compréhension fut accordée aux montagnes, au point qu’elles purent dialoguer.
Al-Qushayrī objecte : cela demande examen, car la montagne est une réalité substantielle, si bien qu’on peut imaginer qu’elle soit douée d’intellect, à condition de lui supposer la vie ; tandis que les ombres ne sont que des traces et des accidents, pour lesquels l’attribution de la vie est inconcevable. Ici, la prosternation signifie l’inclination ; la prosternation des ombres n’est autre que leur inclinaison d’un côté à l’autre. On dit : « Le palmier s’est prosterné », c’est-à-dire qu’il s’est penché.

« al-Āṣāl » est le pluriel de « uṣul », lui-même pluriel de « aṣīl », qui désigne l’intervalle entre le ʿAṣr et le coucher du soleil ; puis « aṣā’il » est un pluriel de pluriel.
Abū Dhu’ayb al-Hudhalī a dit :
« Par ma vie ! Tu es la demeure dont j’honore les gens,
Et je m’assieds dans ses ombrages aux heures des ‘aṣā’il ».

وَقَالَ ابْنُ زَيْدٍ: " طَوْعاً" مَنْ دَخَلَ فِي الْإِسْلَامِ رَغْبَةً، وَ " كَرْهاً" مَنْ دَخَلَ فِيهِ رَهْبَةً بِالسَّيْفِ. وَقِيلَ: " طَوْعاً" مَنْ طَالَتْ مُدَّةُ إِسْلَامِهِ فَأَلِفَ السُّجُودَ، وَ " كَرْهاً" مَنْ يُكْرِهُ نَفْسَهُ لِلَّهِ تَعَالَى، فَالْآيَةُ فِي الْمُؤْمِنِينَ، وَعَلَى هَذَا يَكُونُ مَعْنَى " وَالْأَرْضِ" وَبَعْضُ مَنْ فِي الْأَرْضِ. قَالَ الْقُشَيْرِيُّ: وَفِي الْآيَةِ مَسْلَكَانِ: أَحَدُهُمَا- أَنَّهَا عَامَّةٌ وَالْمُرَادُ بِهَا التَّخْصِيصُ، فَالْمُؤْمِنُ يَسْجُدُ طَوْعًا، وَبَعْضُ الْكُفَّارِ يَسْجُدُونَ إِكْرَاهًا وَخَوْفًا كَالْمُنَافِقِينَ، فَالْآيَةُ مَحْمُولَةٌ عَلَى هَؤُلَاءِ، ذَكَرَهُ الْفَرَّاءُ. وَقِيلَ عَلَى هَذَا الْقَوْلِ: الْآيَةُ فِي الْمُؤْمِنِينَ، مِنْهُمْ مَنْ يَسْجُدُ طَوْعًا لَا يَثْقُلُ عَلَيْهِ السُّجُودُ، وَمِنْهُمْ مَنْ يَثْقُلُ عَلَيْهِ، لِأَنَّ الْتِزَامَ التَّكْلِيفِ مَشَقَّةٌ، وَلَكِنَّهُمْ يَتَحَمَّلُونَ الْمَشَقَّةَ إِخْلَاصًا وَإِيمَانًا، إِلَى أَنْ يَأْلَفُوا الْحَقَّ وَيَمْرُنُوا عَلَيْهِ. وَالْمَسْلَكُ الثَّانِي- وَهُوَ الصَّحِيحُ- إِجْرَاءُ الْآيَةِ عَلَى التَّعْمِيمِ، وَعَلَى هَذَا طَرِيقَانِ: أَحَدُهُمَا- أَنَّ الْمُؤْمِنَ يَسْجُدُ طَوْعًا، وأما الكافر فمأمور: السجود مُؤَاخَذٌ بِهِ. وَالثَّانِي- وَهُوَ الْحَقُّ- أَنَّ الْمُؤْمِنَ يَسْجُدُ بِبَدَنِهِ طَوْعًا، وَكُلُّ مَخْلُوقٍ مِنَ الْمُؤْمِنِ وَالْكَافِرِ يَسْجُدُ مِنْ حَيْثُ إِنَّهُ مَخْلُوقٌ، يَسْجُدُ دَلَالَةً وَحَاجَةً إِلَى الصَّانِعِ، وَهَذَا كَقَوْلِهِ: " وَإِنْ مِنْ شَيْءٍ إِلَّا يُسَبِّحُ بِحَمْدِهِ" «١» [الإسراء: ٤٤] وَهُوَ تَسْبِيحُ دَلَالَةٍ لَا تَسْبِيحُ عِبَادَةٍ. (وَظِلالُهُمْ بِالْغُدُوِّ وَالْآصالِ) أَيْ ظِلَالُ الْخَلْقِ سَاجِدَةٌ لِلَّهِ تَعَالَى بِالْغُدُوِّ وَالْآصَالِ، لِأَنَّهَا تَبِينُ فِي هَذَيْنَ الْوَقْتَيْنِ، وَتَمِيلُ مِنْ نَاحِيَةٍ إِلَى نَاحِيَةٍ، وَذَلِكَ تَصْرِيفُ اللَّهِ إِيَّاهَا عَلَى مَا يَشَاءُ، وَهُوَ كَقَوْلِهِ تَعَالَى: " أَوَلَمْ يَرَوْا إِلى مَا خَلَقَ اللَّهُ مِنْ شَيْءٍ يَتَفَيَّؤُا ظِلالُهُ عَنِ الْيَمِينِ وَالشَّمائِلِ سُجَّداً لِلَّهِ وَهُمْ داخِرُونَ" [النحل: ٤٨] قَالَهُ ابْنُ عَبَّاسٍ وَغَيْرُهُ. وَقَالَ مُجَاهِدٌ: ظِلُّ الْمُؤْمِنِ يَسْجُدُ طَوْعًا وَهُوَ طَائِعٌ، وَظِلُّ الْكَافِرِ يَسْجُدُ كَرْهًا وَهُوَ كَارِهٌ. وَقَالَ ابْنُ الْأَنْبَارِيِّ: يُجْعَلُ لِلظِّلَالِ عُقُولٌ تَسْجُدُ بِهَا وَتَخْشَعُ بِهَا، كَمَا جُعِلَ لِلْجِبَالِ أَفْهَامٌ حَتَّى خَاطَبَتْ وَخُوطِبَتْ. قَالَ الْقُشَيْرِيُّ: فِي هَذَا نَظَرَ، لِأَنَّ الْجَبَلَ عَيْنٌ، فَيُمْكِنُ أَنْ يَكُونَ لَهُ عَقْلٌ بِشَرْطِ تَقْدِيرِ الْحَيَاةِ، وَأَمَّا الظِّلَالُ فَآثَارٌ وَأَعْرَاضٌ، وَلَا يُتَصَوَّرُ تَقْدِيرُ الْحَيَاةِ لَهَا، وَالسُّجُودُ بِمَعْنَى الْمَيْلِ، فَسُجُودُ الظِّلَالِ مَيْلُهَا مِنْ جَانِبٍ إِلَى جَانِبٍ، يقال: سجدت النخلة أي مالت. والْآصالِ جَمْعُ أُصُلٍ، وَالْأُصُلُ جَمْعُ أَصِيلٍ، وَهُوَ مَا بَيْنَ الْعَصْرِ إِلَى الْغُرُوبِ، ثُمَّ أَصَائِلُ جَمْعُ الْجَمْعُ، قَالَ أَبُو ذُؤَيْبٍ الْهُذَلِيُّ: لَعَمْرِي لَأَنْتَ الْبَيْتُ أُكْرِمُ أَهْلَهُ ... وَأَقْعُدُ فِي أَفْيَائِهِ بِالْأَصَائِلِ
(١). راجع ج ١٠ ص ٢٦٦ وص ١١١.

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