Les deux hommes de la tribu des Banû ‘Âmir se rendirent auprès du Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui — alors qu’il était assis dans la mosquée entouré d’un groupe de ses Compagnons. Ils entrèrent dans l’édifice et les présents ne purent s’empêcher d’admirer la beauté de ‘Âmir, lequel, bien qu’aveugle d’un œil, comptait parmi les plus beaux des hommes.
Un Compagnon dit alors :
— Ô Messager d’Allah, voici ‘Âmir ibn at-Tufayl qui s’avance vers toi.
Le Prophète répondit : « Laisse-le ; si Allah veut pour lui le bien, Il le guidera. »
‘Âmir s’approcha, se tint debout devant lui et demanda : « Ô Muhammad, que me reviendra-t-il si j’embrasse l’islam ? »
— « Tu auras les mêmes droits que les musulmans et tu assumeras les mêmes devoirs qu’eux. »
Il reprit : « M’accorderas-tu l’autorité après toi ? »
— « Cela ne dépend pas de moi ; cette affaire appartient à Allah : Il la confie à qui Il veut. »
— « Me confieras-tu alors le commandement des nomades tandis que toi tu garderais celui des citadins ? »
— « Non. »
— « Qu’obtiendrai-je donc ? »
— « Je te laisserai le soin de conduire les chevaux pour que tu combattes dans la voie d’Allah. »
‘Âmir répliqua : « N’ai-je pas déjà aujourd’hui des chevaux prêts au combat ? Lève-toi, viens parler avec moi. » Le Messager d’Allah se leva et s’éloigna avec lui.
Auparavant, ‘Âmir avait fait signe à Arbâd : « Lorsque tu me verras lui parler, passe derrière lui et frappe-le de ton épée. » Il se mit donc à discuter avec le Prophète. Arbâd tira alors son épée d’un empan, mais Allah l’en empêcha : il ne parvint pas à la dégainer, sa main se figea sur la poignée, puis Allah fit descendre sur lui un éclair, par un jour d’été sans nuage, qui le réduisit en cendres.
‘Âmir prit la fuite en criant : « Ô Muhammad ! Tu as imploré ton Seigneur contre Arbâd jusqu’à le faire périr ; par Allah, je lancerai contre toi des cavaliers fougueux et des jeunes gens imberbes ! »
Le Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui — répondit : « Allah t’en empêchera, ainsi que les fils de Qaylah », c’est-à-dire les Aws et les Khazraj.
‘Âmir s’installa alors chez une femme des Banû Salûl. Le matin venu, il répétait : « Par Allah, si Muhammad et son compagnon » — visant l’Ange de la mort — « se présentaient à moi en rase campagne, je les transpercerais de ma lance. » Allah envoya alors un Ange qui le frappa de son aile, l’abattit dans la poussière ; aussitôt, une tumeur énorme surgit sur son genou. Il regagna la demeure de la Salûlite en disant : « Une tumeur pareille à celle du chameau, et la mort dans la maison d’une Salûlite ! » Puis il enfourcha son cheval et mourut sur sa monture.
Labîd ibn Rabî‘ah composa une élégie en l’honneur de son frère Arbâd :
« Ô mon œil, ne verseras-tu pas des larmes pour Arbâd lorsque nous nous levâmes
et que les adversaires se dressèrent dans la détresse ?
Je crains pour Arbâd les morts subites
et je ne redoute ni l’influence de Samâk ni celle de l’Ascendant du Lion.
Le tonnerre et les foudres m’ont ravi le preux
du jour du combat dans la steppe de Najd. »