Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Dans la plainte se trouve, en réalité, une demande adressée au Maître pour que soit levée l’épreuve. C’est ce qu’exprime la parole de Ya‘qoub : « Je ne me plains qu’à Allah de mon déchirement intérieur et de ma peine, et je sais de la part d’Allah ce que vous ne savez pas » (Yousouf, 86), c’est-à-dire (je me fie) à la beauté de Son œuvre, à la subtilité étonnante de Sa bienveillance et aux bienfaits qu’Il fait revenir sur Ses serviteurs.

Quant au fait de se plaindre à quelqu’un qui n’a pas le pouvoir d’y remédier, c’est de la légèreté d’esprit, sauf si cela se fait à titre de confidences pour se soulager et se consoler, comme l’a dit Ibn Dourayd :
« Ne pense surtout pas, ô Temps, que je m’humilierai
devant une calamité qui me consume jusqu’à la moelle ;
J’ai affronté celui qui, quand bien même les astres
s’abattraient des confins du ciel sur lui, ne se plaindrait point ;
Ce n’est pourtant que l’exhalation d’un cœur oppressé,
lorsque la poitrine bouillonne et qu’elle laisse échapper son souffle. »

Parole du Très-Haut : « et nous sommes venus avec une marchandise… »
La « marchandise » (biḍa‘ah) désigne une part de bien que l’on destine à l’achat d’un objet. On dit : « abḍa‘tu ash-shay’ wa-stabḍa‘tu-hu », c’est-à-dire : « je l’ai fait devenir marchandise ». D’où le proverbe : « Comme celui qui va acheter des dattes à Hajar. »

Parole du Très-Haut : « …mézjâh (médiocre). »
Il s’agit d’un adjectif qualifiant la marchandise ; « izdjâ’ » signifie « pousser en la repoussant ». Ainsi, Allah — Exalté soit-Il — dit : « Ne vois-tu pas qu’Allah pousse (yuzjî) les nuages ? » (An-Nour, 43). Autrement dit, c’est une marchandise que l’on refoule, que tout le monde n’accepte pas.
Tha‘lab explique : la marchandise « muzjâh » est une marchandise incomplète, de qualité inférieure.

Les exégètes ont divergé sur sa nature précise ici :
– Il s’agissait, dit-on, de viande séchée (qadîd) et d’une préparation de dattes (hays) ; cela est rapporté par Al-Wâqidi d’après ‘Alî ibn Abî Tâlib — qu’Allah l’agrée.
– D’autres ont dit : des lambeaux de sacs et des cordes usées, selon une narration d’Ibn ‘Abbâs.
– Selon ‘Abdullâh ibn Al-Hârith, c’était l’ordinaire des Bédouins : laine et beurre clarifié.
– Abou Ṣâliḥ rapporte qu’il s’agissait de la graine verte (al-ḥabbah al-khaḍrâ’) et du pignon de pin (ṣanawbar), c’est-à-dire le « buṭṭum », fruit d’un arbre du Shâm, que l’on mange et dont on extrait l’huile pour fabriquer le savon ; ils l’avaient vendue contre des dirhams qui ne circulaient pas dans le commerce des vivres mais qui avaient cours entre les gens ; ils dirent alors : « Prends-la de nous au même prix que les bonnes pièces qui, elles, servent à acheter de la nourriture. »
– D’autres ont expliqué qu’il s’agissait de dirhams de mauvaise qualité, comme l’a également affirmé Ibn ‘Abbâs.
– Il a encore été dit : c’étaient des pièces qui ne portaient pas l’effigie de Yousouf, tandis que la monnaie d’Égypte portait son portrait.
– Selon Ad-Dahhâk : il s’agissait de sandales et de peaux tannées ; ailleurs, on rapporte de lui qu’il s’agissait de farine grillée (sawîq) tamisée.

Et Allah est plus Savant.

فِي الشَّكْوَى سُؤَالُ الْمَوْلَى زَوَالَ الْبَلْوَى، وَذَلِكَ قول يعقوب: "نَّما أَشْكُوا بَثِّي وَحُزْنِي إِلَى اللَّهِ وَأَعْلَمُ مِنَ اللَّهِ ما لا تَعْلَمُونَ " [يوسف: ٨٦] أَيْ مِنْ جَمِيلِ صُنْعِهِ، وَغَرِيبِ لُطْفِهِ، وَعَائِدَتِهِ عَلَى عِبَادِهِ، فَأَمَّا الشَّكْوَى عَلَى غَيْرِ مُشْكٍ فَهُوَ السَّفَهُ، إِلَّا أَنْ يَكُونَ عَلَى وَجْهِ الْبَثِّ وَالتَّسَلِّي، كَمَا قَالَ ابْنُ دُرَيْدٍ: لَا تَحْسَبَنَّ يَا دَهْرُ أَنِّي ضَارِعٌ ... لِنَكْبَةٍ تَعْرِقُنِي عرق المدى مارست من لَوْ «١» هَوَتِ الْأَفْلَاكُ مِنْ ... جَوَانِبِ الْجَوِّ عَلَيْهِ مَا شَكَا لَكِنَّهَا نَفْثَةُ مَصْدُورٍ إِذَا ... جَاشَ لُغَامٌ «٢» مِنْ نَوَاحِيهَا غَمَا قَوْلُهُ تَعَالَى: (وَجِئْنا بِبِضاعَةٍ) الْبِضَاعَةُ الْقِطْعَةُ مِنَ الْمَالِ يُقْصَدُ بِهَا شراء شي، تَقُولُ: أَبْضَعْتُ الشَّيْءَ وَاسْتَبْضَعْتُهُ أَيْ جَعَلْتُهُ بِضَاعَةً، وَفِي الْمَثَلِ: كَمُسْتَبْضِعِ التَّمْرِ إِلَى هَجَرَ «٣» . قَوْلُهُ تَعَالَى: (مُزْجاةٍ) صِفَةٌ لِبِضَاعَةٍ، وَالْإِزْجَاءُ السَّوْقُ بِدَفْعٍ، وَمِنْهُ قَوْلُهُ تَعَالَى: " أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ يُزْجِي سَحاباً" «٤» [النور: ٤٣] وَالْمَعْنَى أَنَّهَا بِضَاعَةٌ تُدْفَعُ، وَلَا يَقْبَلُهَا كُلُّ أَحَدٍ. قَالَ ثَعْلَبٌ: الْبِضَاعَةُ الْمُزْجَاةُ النَّاقِصَةُ غَيْرُ التامة. واختلفت فِي تَعْيِينِهَا هُنَا «٥» ، فَقِيلَ: كَانَتْ قَدِيدًا وَحَيْسًا «٦» ، ذَكَرَهُ الْوَاقِدِيُّ عَنْ عَلِيِّ بْنِ أَبِي طَالِبٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ. وَقِيلَ: خَلَقُ الْغَرَائِرِ وَالْحِبَالِ، رُوِيَ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ. وَقِيلَ: مَتَاعُ الْأَعْرَابِ صوف وسمن، قال عَبْدُ اللَّهِ بْنُ الْحَارِثِ. وَقِيلَ: الْحَبَّةُ الْخَضْرَاءُ والصنوبر وهو البطم، حب شجرة بِالشَّامِ، يُؤْكَلُ وَيُعْصَرُ الزَّيْتُ مِنْهُ لِعَمَلِ الصَّابُونِ، قَالَهُ أَبُو صَالِحٍ، فَبَاعُوهَا بِدَرَاهِمَ لَا تَنْفُقُ فِي الطَّعَامِ، وَتَنْفُقُ فِيمَا بَيْنَ النَّاسِ، فَقَالُوا: خذها منا بحساب جياد تنفق في الطَّعَامِ. وَقِيلَ: دَرَاهِمُ رَدِيئَةٌ، قَالَهُ ابْنُ عَبَّاسٍ أَيْضًا. وَقِيلَ: لَيْسَ عَلَيْهَا صُورَةُ يُوسُفَ، وَكَانَتْ دَرَاهِمُ مِصْرَ عَلَيْهِمْ صُورَةُ يُوسُفَ. وَقَالَ الضَّحَّاكُ: النِّعَالُ وَالْأُدْمُ، وَعَنْهُ: كَانَتْ سَوِيقًا مُنَخَّلًا. وَاللَّهُ أعلم.
(١). من ع. (٢). الزبد، وهو ما يلقيه البعير من فمه، وغما: سقط، يقال: غما البعير إذا رماه ينفض رأسه ومشفره. (٣). هجر: مدينة بالبحرين. (٤). راجع ج ١٢ ص ٢٨٧. (٥). من ع وى. (٦). كذا في الأصول وفى البحر: قديد وحش.

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