Parole du Très-Haut :
« Ô mes fils ! Partez donc et renseignez-vous au sujet de Yûsuf et de son frère ».
Ce verset prouve que [Ya‘qûb] avait la certitude que Yûsuf était encore en vie ; il s’en était convaincu soit par un songe, soit parce qu’Allâh – Très-haut – avait fait parler le loup, comme il est rapporté au début du récit, soit – et c’est l’avis le plus manifeste – parce que l’Ange de la mort l’avait informé qu’il n’avait pas encore repris son âme.
Le verbe « tahassasû » signifie « rechercher une chose au moyen des sens » ; il est dérivé de « al-hiss ». Autrement dit : « Allez à celui qui vous a réclamé votre frère, qui a manigancé pour le prendre, et informez-vous sur lui et sur l’endroit où il se trouve. »
Il est rapporté que l’Ange de la mort lui dit : « Cherche-le de ce côté-là ! », en lui indiquant la direction de l’Égypte. D’autres ont dit : Ya‘qûb perçut la présence de Yûsuf lorsque la marchandise fut rendue, que son frère fut retenu et à la vue des honneurs qui leur furent montrés ; c’est pourquoi il les orienta précisément vers l’Égypte.
« Et ne désespérez pas du réconfort d’Allâh » : c’est-à-dire ne perdez pas espoir dans l’issue favorable qu’Allâh accorde, selon Ibn Zayd ; le croyant espère toujours la délivrance d’Allâh tandis que le mécréant désespère dans l’adversité. Qatâdah et ad-Dahhâk ont dit : « du bienfait (rahma) d’Allâh ».
« En vérité, nul ne désespère du réconfort d’Allâh si ce n’est le peuple mécréant » – preuve que le désespoir fait partie des grands péchés ; c’est le même sens que « al-qunût », le désespoir, dont l’explication viendra, si Allâh le veut, dans la sûrah « az-Zumar ».
[Coran, Sûrat Yûsuf (12), verset 88]
« Lorsqu’ils se présentèrent devant lui, ils dirent : Ô éminent (al-‘azîz) ! La détresse a touché nous et notre famille ; nous sommes venus avec une marchandise médiocre. Donne-nous donc la mesure complète et fais-nous aumône ; certes, Allâh récompense les bienfaiteurs. »
Parole du Très-Haut :
« Lorsqu’ils se présentèrent devant lui, ils dirent : Ô al-‘Azîz ! » – c’est-à-dire : Ô puissant, inaccessible.
« La détresse nous a frappés, nous et notre famille » : il s’agit de leur troisième voyage en Égypte. Une ellipse est sous-entendue : « Ils repartirent donc pour l’Égypte, et lorsqu’ils se présentèrent devant Yûsuf, ils dirent… »
« La détresse nous a atteints » : c’est-à-dire la famine et le besoin.
Ce passage atteste qu’il est permis de se plaindre lorsqu’on est touché par le besoin – en l’occurrence la faim – et même qu’il est obligatoire, si l’on craint pour soi un préjudice dû à la pauvreté ou autre, d’exposer sa situation à celui dont on espère un secours, de même qu’il est obligatoire de faire connaître sa douleur au médecin afin qu’il la traite. Cela ne porte pas atteinte à la confiance (tawakkul) en Allâh, pourvu que la plainte ne soit pas formulée par mécontentement. Toutefois, la patience, la fermeté face aux épreuves et la pudeur qui consiste à s’abstenir de demander demeurent préférables. Voilà la meilleure attitude et la plus belle parole.