Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

La tristesse, en soi, n’est pas interdite ; ce qui l’est en revanche, c’est la lamentation tapageuse, le fait de se frapper la poitrine, de déchirer ses vêtements et de prononcer des paroles inconvenantes. Le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue – a dit : « L’œil verse des larmes, le cœur s’attriste, mais nous ne disons que ce qui satisfait le Seigneur. »

Allah – Glorifié et Exalté – a clarifié cela dans Sa parole :
« …lui-même est kadhîm »
– c’est-à-dire : accablé, plein de chagrin qu’il contient sans l’extérioriser. De là vient l’expression « réprimer sa colère », c’est-à-dire la cacher. Le « makẓûm » est celui dont la voie d’expression de la peine est verrouillée. Le Très-Haut a dit :
« …lorsqu’il appela alors qu’il était makẓûm » (Al-Qalam, 48) : autrement dit, submergé d’angoisse. Il est également possible que « makẓûm » ait ici le sens de « kâẓim », celui qui retient son affliction.

D’après Ibn ‘Abbâs : « kadhîm » signifie : accablé de chagrin. Le poète a dit :
« Si je reste muet devant un malheur lointain,
aujourd’hui pourtant ma langue se déliera. »

Ibn Jurayj rapporte de Mujâhid, d’après Ibn ‘Abbâs : ses yeux avaient perdu la vue à force de tristesse – « …lui-même est kadhîm » : il était oppressé. Muqâtil ibn Sulaymân rapporte d‘Atâ’, d’après Ibn ‘Abbâs, au sujet de la parole du Très-Haut : « …lui-même est kadhîm » : c’est-à-dire « kemîd », car il savait que Yûsuf était vivant sans savoir où il se trouvait ; cette ignorance l’étouffait.

Al-Jawharî dit : « al-kamad » est la peine contenue ; on dit : « kamida ar-rajul » : l’homme est kamid ou kameed. An-Nahhâs ajoute : on décrit quelqu’un de « kadhîm » ou « kâẓim » lorsqu’il est affligé, mais ne se plaint pas de son chagrin. Le poète a dit :
« J’ai incité les miens et assumé leur combat,
tandis qu’eux, par crainte de la mort, retenaient leur souffle. »

Sourate Yûsuf (12) – versets 85-86 :
« Ils dirent : “Par Allah ! Tu ne cesses d’évoquer Yûsuf jusqu’à ce que tu sois exténué ou que tu périsses.” » (v. 85)
Il répondit : « Je ne me plains qu’à Allah de ma détresse et de mon chagrin, et je sais d’Allah ce que vous ne savez pas. » (v. 86)

Parole du Très-Haut :
« (Ils) dirent : “Par Allah ! Tu ne cesses de rappeler Yûsuf…” »
Ses fils lui dirent cela. Al-Kisâ’î explique : « fata’tu » et « fati’tu » signifient : je persiste, autrement dit : “tu ne cesses”. Al-Farrâ’ soutient que le “lâ” est sous-entendu – c’est-à-dire : “lâ taf ta’” (tu ne cesses pas). Il cite à l’appui ce vers célèbre :
« J’ai juré par Allah que je demeurerai assis,
quand bien même devant toi ils me trancheraient la tête et les articulations. »

الْحُزْنَ لَيْسَ بِمَحْظُورٍ، وَإِنَّمَا الْمَحْظُورُ الْوَلْوَلَةُ وَشَقُّ الثِّيَابِ، وَالْكَلَامُ بِمَا لَا يَنْبَغِي وَقَالَ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: " تَدْمَعُ الْعَيْنُ وَيَحْزَنُ الْقَلْبُ وَلَا نَقُولُ مَا يُسْخِطُ الرَّبُّ" . وَقَدْ بَيَّنَ اللَّهُ جَلَّ وَعَزَّ ذَلِكَ بِقَوْلِهِ: (فَهُوَ كَظِيمٌ) أَيْ مَكْظُومٌ مَمْلُوءٌ مِنَ الْحُزْنِ مُمْسِكٌ عَلَيْهِ لَا يَبُثُّهُ، وَمِنْهُ كَظْمُ الْغَيْظِ وَهُوَ إِخْفَاؤُهُ، فَالْمَكْظُومُ الْمَسْدُودُ عَلَيْهِ طَرِيقُ حُزْنِهِ، قَالَ الله تعالى: " إِذْ نادى وَهُوَ مَكْظُومٌ" «١» [القلم: ٤٨] أَيْ مَمْلُوءٌ كَرْبًا. وَيَجُوزُ أَنْ يَكُونَ الْمَكْظُومُ بِمَعْنَى الْكَاظِمِ، وَهُوَ الْمُشْتَمِلُ عَلَى حُزْنِهِ. وَعَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ: كَظِيمٌ مَغْمُومٌ، قَالَ الشَّاعِرُ: فَإِنْ أَكُ كَاظِمًا لِمُصَابٍ شَاسٍ ... فَإِنِّي الْيَوْمَ مُنْطَلِقٌ لِسَانِي وَقَالَ ابْنُ جُرَيْجٍ عَنْ مُجَاهِدٍ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ قَالَ: ذَهَبَتْ عَيْنَاهُ مِنَ الْحُزْنِ " فَهُوَ كَظِيمٌ" قَالَ: فَهُوَ مَكْرُوبٌ. وَقَالَ مُقَاتِلُ بْنُ سُلَيْمَانَ عَنْ عَطَاءٍ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ فِي قَوْلِهِ: " فَهُوَ كَظِيمٌ" قَالَ: فَهُوَ كَمِدٌ، يَقُولُ: يَعْلَمُ أَنَّ يُوسُفَ حَيٌّ، وَأَنَّهُ لَا يَدْرِي أَيْنَ هُوَ، فَهُوَ كَمِدٌ مِنْ ذَلِكَ. قَالَ الْجَوْهَرِيُّ: الْكَمَدُ الْحُزْنُ الْمَكْتُومُ، تَقُولُ مِنْهُ كَمِدَ الرَّجُلُ فَهُوَ كَمِدٌ وَكَمِيدٌ. النَّحَّاسُ. يُقَالُ فُلَانٌ كَظِيمٌ وَكَاظِمٌ، أَيْ حَزِينٌ لَا يَشْكُو حُزْنَهُ، قَالَ الشَّاعِرُ: فَحَضَضْتُ قَوْمِي وَاحْتَسَبْتُ قِتَالَهُمْ ... والقوم من خوف المنايا كظم [سورة يوسف (١٢) : الآيات ٨٥ الى ٨٦] قالُوا تَاللَّهِ تَفْتَؤُا تَذْكُرُ يُوسُفَ حَتَّى تَكُونَ حَرَضاً أَوْ تَكُونَ مِنَ الْهالِكِينَ (٨٥) قالَ إِنَّما أَشْكُوا بَثِّي وَحُزْنِي إِلَى اللَّهِ وَأَعْلَمُ مِنَ اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ (٨٦) قَوْلُهُ تَعَالَى: (قالُوا تَاللَّهِ تَفْتَؤُا تَذْكُرُ يُوسُفَ) أَيْ قَالَ لَهُ وَلَدُهُ: " تَاللَّهِ تَفْتَؤُا تَذْكُرُ يُوسُفَ" قَالَ الْكِسَائِيُّ: فَتَأْتُ وَفَتِئْتُ أَفْعَلُ ذَلِكَ أَيْ مَا زِلْتُ. وَزَعَمَ الْفَرَّاءُ أَنَّ " لَا" مُضْمَرَةٌ، أَيْ لَا تَفْتَأُ، وَأَنْشَدَ «٢» : فَقُلْتُ يَمِينُ اللَّهِ أَبْرَحُ قَاعِدًا ... وَلَوْ قَطَعُوا رَأْسِي لديك وأوصالي
(١). راجع ج ١٨ ص ٢٥٣. (٢). البيت لامرى القيس و" يمين" بالرفع على الابتداء وإضمار الخبر، والتقدير: يمين الله لازمني، وبالنصب على إضمار فعل، وهو كثير في كلام العرب كقولهم: أمانة الله. وقد وصف أنه طوق محبوبته فخوفته الرقباء، وأمرته بالانصراف، فقال لها هذا، وأراد: لا أبرح فحذف" لا". والأوصال (جمع وصل) وهى المفاصل.

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