Sourate Yûsuf (12) – verset 80
« Lorsqu’ils désespérèrent totalement de lui, ils se retirèrent à l’écart pour se concerter. L’aîné d’entre eux dit : « Ne savez-vous pas que votre père a pris de vous, au Nom d’Allah, un engagement solennel ? Et, auparavant, vous avez déjà manqué à votre devoir à l’égard de Yûsuf. Je ne quitterai donc jamais cette contrée avant que mon père ne m’y autorise, ou qu’Allah ne statue en ma faveur ; et Il est le Meilleur des juges. » (80)
Commentaire
Le Très-Haut dit : « Lorsqu’ils désespérèrent de lui » – c’est-à-dire quand ils perdirent tout espoir, comme on le voit dans la paire de verbes ‘ajiba/ista‘jaba ou sakhira/istaskhara, où la forme avec le préfixe « ista- » intensifie le sens.
« Ils se retirèrent » signifie qu’ils s’isolèrent sans qu’il (le gouverneur) soit présent avec eux.
« En aparté » (najiyyan) est ici un état accusatif se rapportant au sujet implicite de « ils se retirèrent ». Bien que le mot soit au singulier, il renvoie à un groupe, comme dans la parole divine : « Nous le fîmes approcher pour un entretien confidentiel » (Maryam, 52). Son pluriel est anjiyah. Le poète a dit :
« Lorsque les gens tiennent des apartés,
Et que la foule s’agite telle la corde d’un puits,
C’est alors conseille-moi, sans que je te conseille ! »
Ibn Kathîr a lu : « istâyasu », « wa lâ tâyasu », « innahu lâ yâyasu », « afalam yâyas » – avec un alif dépourvu de hamza. La hamza initiale se retrouve après la yâ’, puis est changée en alif, la voyelle qui précède étant une fatha et la hamza devenue quiescente. La lecture majoritaire conserve l’ordre originel où la yâ’ précède la hamza – ya’san. Le terme iyyâs n’est pas l’infinitif de a’isa ; c’est un autre masdar, dont la racine est aws-an / iyâsan, signifiant « je l’ai gratifié ».
D’autres soutiennent qu’a’isa et ya’isa sont deux formes dialectales d’un même verbe. Ainsi, lorsqu’ils eurent perdu tout espoir de récupérer leur frère, ils se concertèrent entre eux, sans qu’aucun étranger ne vienne se mêler à leur discussion, se confiant au sujet de ce qui venait de leur arriver. Le terme najiyy est le qualificatif de celui qui tient un entretien secret.
Au sujet de la parole d’Allah : « L’aîné d’entre eux dit », Qatâda rapporte qu’il s’agissait de Rûbîl, le plus âgé. Selon Mujâhid, c’était Shim‘ûn, le plus avisé. Al-Kalbî mentionne Yehûdhâ, le plus intelligent. Muhammad b. Ka‘b et Ibn Ishâq estiment qu’il s’agissait de Lâwî, l’ancêtre des prophètes.
Il poursuivit : « Ne savez-vous pas que votre père a pris de vous, auprès d’Allah, un engagement solennel… »