Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Parole du Très-Haut :

« Ainsi Nous avons manigancé pour Yûsuf »

Ce passage comporte trois questions.

Première question

Le Très-Haut dit : « kidnâ ». Selon Ibn ‘Abbâs, le terme signifie : « Nous avons accompli [cette action] ». Pour Al-Qutaybî : « Nous avons agencé (dabbarnâ) ». D’après Ibn Al-Anbârî : « Nous avons voulu (aradnâ) ». Le poète a dit :
« Elle faillit, je faillis ; et c’eût été le meilleur des desseins,
si seulement revenait de l’âge tendre ce qui s’en est allé. »

Ce verset établit la licéité du recours aux stratagèmes (ḥiyal) pour atteindre un objectif, pourvu qu’ils ne contredisent aucune prescription de la Sharî‘a ni ne renversent un principe fondamental ; à l’opposé de l’avis d’Abû Ḥanîfa qui autorise les ḥiyal même lorsqu’elles vont à l’encontre des fondements et entament la licéité.

Deuxième question

Les savants sont unanimes : avant l’achèvement de l’année légale (ḥawl), il est permis à la personne de disposer de son bien par vente ou donation, tant qu’elle ne vise pas à se soustraire à la Zakât. Ils conviennent également que lorsque l’année est écoulée et que l’agent collecteur est sur le point d’arriver, il n’est plus permis de recourir à quelque subterfuge que ce soit, ni de diminuer [l’assiette], ni de séparer un troupeau rassemblé, ni de réunir des biens dispersés.

Mâlik a dit : si quelqu’un fait sortir une partie de son bien – avec l’intention de fuir la Zakât – un mois environ avant la fin de l’année, la Zakât demeure obligatoire à l’échéance, en s’appuyant sur la parole du Prophète (paix et bénédiction sur lui) : « … par crainte de l’aumône ».

Abû Ḥanîfa soutient que si l’on procède à cette dispersion, avec l’intention d’échapper à la Zakât, un seul jour avant la fin de l’année, cela ne lui porte pas préjudice ; car la Zakât n’est obligatoire qu’à l’achèvement complet de l’année, et l’expression « par crainte de l’aumône » ne le concerne donc qu’à ce moment-là.

Ibn Al-‘Arabî rapporte : « J’ai entendu Abû Bakr Muḥammad b. Al-Walîd Al-Fihri et d’autres dire : notre shaykh, le Qâḍî al-quḍât Abû ‘Abd Allâh Muḥammad b. ‘Alî ad-Dâmaghânî, possesseur de dizaines de milliers de dinars, lorsqu’arrivait la fin de l’année, convoquait ses fils et leur disait : “J’ai vieilli, mes forces ont décliné ; voici une fortune dont je n’ai plus besoin ; elle est à vous.” Il la faisait alors transporter par des hommes jusque dans les maisons de ses fils. Quand revenait la nouvelle fin d’année et qu’il convoquait à nouveau ses fils pour un sujet quelconque, ils lui disaient : “Ô notre père ! C’est ta présence parmi nous que nous espérons ; quant à l’argent, quel intérêt pourrions-nous y trouver tant que tu es vivant ? Toi et ton bien, tout est à nous ; reprends-le.” Les hommes rapportaient alors la fortune et la déposaient devant lui, et il la restituait à sa place.

Par ce transfert fictif de propriété, il cherchait à faire tomber la Zakât, conformément à l’avis d’Abû Ḥanîfa sur la séparation du bien rassemblé et le rassemblement du bien dispersé.

C’est là une affaire grave ; l’imâm Al-Bukhârî – qu’Allâh lui fasse miséricorde – a d’ailleurs consacré un ouvrage spécifique dans son Ṣaḥîḥ, qu’il a intitulé : « Le Livre des stratagèmes (Kitâb al-Ḥiyal) ».‎

قَوْلُهُ تَعَالَى: (كَذلِكَ كِدْنا لِيُوسُفَ) . فِيهِ ثَلَاثُ مَسَائِلَ: الْأُولَى- قَوْلُهُ تَعَالَى: " كِدْنا" مَعْنَاهُ صَنَعْنَا، عن ابن عباس. القتبي: دَبَّرْنَا. ابْنُ الْأَنْبَارِيِّ: أَرَدْنَا، قَالَ الشَّاعِرُ: كَادَتْ وَكِدْتُ وَتِلْكَ خَيْرُ إِرَادَةٍ ... لَوْ عَادَ مِنْ عَهْدِ الصِّبَا مَا قَدْ مَضَى وَفِيهِ جَوَازُ التَّوَصُّلِ إِلَى الْأَغْرَاضِ بِالْحِيَلِ إِذَا لَمْ تُخَالِفْ شَرِيعَةً، وَلَا هَدَمَتْ أَصْلًا، خِلَافًا لِأَبِي حَنِيفَةَ فِي تَجْوِيزِهِ الْحِيَلَ وَإِنْ خَالَفَتِ الْأُصُولَ، وَخَرَمَتِ التَّحْلِيلَ. الثَّانِيَةُ- أَجْمَعَ الْعُلَمَاءُ عَلَى أَنَّ لِلرَّجُلِ قَبْلَ حُلُولِ الْحَوْلِ التَّصَرُّفَ فِي مَالِهِ بِالْبَيْعِ وَالْهِبَةِ إِذَا لَمْ يَنْوِ الْفِرَارَ مِنَ الصَّدَقَةِ، وَأَجْمَعُوا عَلَى أَنَّهُ إِذَا حَالَ الْحَوْلُ وَأَظَلَّ السَّاعِيَ أَنَّهُ لَا يَحِلُّ لَهُ التَّحَيُّلُ وَلَا النُّقْصَانُ، وَلَا أَنْ يُفَرِّقَ بَيْنَ مُجْتَمِعٍ، وَلَا أَنْ يَجْمَعَ بَيْنَ مُتَفَرِّقٍ. وَقَالَ مَالِكٌ: إِذَا فَوَّتَ «١» مِنْ مَالِهِ شَيْئًا يَنْوِي بِهِ الْفِرَارَ مِنَ الزَّكَاةِ قَبْلَ الْحَوْلِ بِشَهْرٍ أَوْ نَحْوِهِ لَزِمَتْهُ الزَّكَاةُ عِنْدَ الْحَوْلِ، أَخْذًا مِنْهُ بِقَوْلِهِ عَلَيْهِ السَّلَامُ: " خَشْيَةَ الصَّدَقَةِ" . وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: إِنْ نَوَى بِتَفْرِيقِهِ «٢» الْفِرَارَ مِنَ الزَّكَاةِ قَبْلَ الْحَوْلِ بِيَوْمٍ لَا يَضُرُّهُ، لِأَنَّ الزَّكَاةَ لَا تَلْزَمُ إِلَّا بِتَمَامِ الْحَوْلِ، وَلَا يَتَوَجَّهُ إِلَيْهِ مَعْنَى قَوْلِهِ: " خَشْيَةَ الصَّدَقَةِ" إِلَّا حِينَئِذٍ. قَالَ ابْنُ الْعَرَبِيِّ: سَمِعْتُ أَبَا بَكْرٍ مُحَمَّدَ بْنَ الْوَلِيدِ الْفِهْرِيَّ وَغَيْرَهُ يَقُولُ: كَانَ شَيْخُنَا قَاضِي الْقُضَاةِ أَبُو عَبْدِ اللَّهِ مُحَمَّدُ بْنُ عَلِيٍّ الدَّامَغَانِيُّ صَاحِبَ عَشْرَاتِ آلَافِ [دِينَارٍ] «٣» مِنَ الْمَالِ، فَكَانَ إِذَا جَاءَ رَأْسُ الْحَوْلِ دَعَا بَنِيهِ فَقَالَ لَهُمْ: كَبِرَتْ سِنِي، وَضَعُفَتْ قُوَّتِي، وَهَذَا مَالٌ لَا أَحْتَاجُهُ فَهُوَ لَكُمْ، ثُمَّ يُخْرِجُهُ فَيَحْمِلُهُ الرِّجَالُ عَلَى أَعْنَاقِهِمْ إِلَى دُورِ بَنِيهِ، فَإِذَا جَاءَ رَأْسُ الْحَوْلِ وَدَعَا بَنِيهِ لِأَمْرٍ قَالُوا: يَا أَبَانَا! إِنَّمَا أَمَلْنَا حَيَاتَكَ، وَأَمَّا الْمَالُ فَأَيُّ رَغْبَةٍ لَنَا فِيهِ مَا دُمْتَ حَيًّا، أَنْتَ وَمَالُكَ لَنَا، فَخُذْهُ إِلَيْكَ، وَيَسِيرُ الرِّجَالُ بِهِ حَتَّى يَضَعُوهُ بَيْنَ يَدَيْهِ، فَيَرُدُّهُ إِلَى مَوْضِعِهِ، يُرِيدُ بِتَبْدِيلِ الْمِلْكِ إِسْقَاطَ الزَّكَاةِ عَلَى رَأْيِ أَبِي حَنِيفةَ فِي التَّفْرِيقِ بَيْنَ الْمُجْتَمِعِ، وَالْجَمْعِ بَيْنَ الْمُتَفَرِّقِ، وَهَذَا خَطْبٌ عَظِيمٌ وَقَدْ صَنَّفَ الْبُخَارِيُّ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ فِي جامعه كتابا مقصود فقال: " كتاب الحيل" .
(١). في ع: فرق. (٢). في ع: بتفويته. (٣). من ع وى.

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