Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Durant les années d’abondance, les habitants d’Égypte se mirent à acheter des vivres auprès de Yûsuf. La première année, il les leur vendit contre de l’argent, si bien qu’il ne demeura plus dans tout le pays ni dinar ni dirham qu’il n’eût perçu. La deuxième année, il vendit la nourriture contre des parures et des joyaux, jusqu’à ce qu’il n’en restât plus rien entre les mains des gens. La troisième année, il l’échangea contre le cheptel et les montures, qu’il acquit entièrement. La quatrième année, il la céda contre les esclaves et les servantes, qu’il posséda tous. La cinquième année, il la vendit contre les biens immobiliers et les domaines, dont il devint l’unique propriétaire. La sixième année, il l’échangea contre leurs enfants et leurs femmes, qu’il réduisit tous en servitude. La septième année, il la vendit contre leurs propres personnes, si bien qu’il ne resta plus, cette année-là, en Égypte, ni homme libre ni esclave qui ne fût devenu son serviteur.

Les gens dirent alors : « Par Allah ! Nous n’avons jamais vu roi plus noble ni plus grand que celui-ci. » Yûsuf dit au roi d’Égypte : « Comment trouves-tu l’œuvre de mon Seigneur dans ce qu’Il m’a confié ? À présent, tout cela t’appartient ; qu’en décides-tu ? » Le roi répondit : « Je te délègue le commandement ; fais ce qu’il te plaît. Nous ne sommes que tes sujets ; je ne refuse ni ton obéissance ni ton service. Je ne suis qu’un de tes serviteurs, un bien parmi tes biens. »

Yûsuf – que la paix soit sur lui – reprit : « Je ne les ai pas délivrés de la faim pour les réduire en esclavage, ni sauvés de l’épreuve pour devenir pour eux une épreuve. Je prends Allah à témoin, ainsi que toi, que j’affranchis, jusqu’au dernier, les habitants d’Égypte ; je leur rends leurs biens et leurs propriétés, et je te restitue ta royauté, à la condition que tu te conformes à ma voie. »

Il est rapporté que Yûsuf – sur lui la paix – ne se rassasiait pas de nourriture durant ces années-là. On lui demanda : « Te prives-tu alors que les trésors de la terre sont entre tes mains ? » Il répondit : « Je crains que, rassasié, je n’oublie l’affamé. » Yûsuf ordonna ensuite au cuisinier du roi de ne lui servir son repas qu’à la mi-journée, afin que le roi goûte à la faim et n’oublie pas les nécessiteux. Depuis lors, les rois ont pris l’habitude de manger au milieu du jour.

Parole du Très-Haut : « Nous gratifions de Notre miséricorde qui Nous voulons », c’est-à-dire par Notre bienfaisance ; la miséricorde est don et largesse. « Et Nous ne faisons pas perdre la récompense des bienfaisants », autrement dit leur rétribution.

Ibn ʿAbbâs et Wahb disent : Il s’agit des endurants, compte tenu de sa patience dans le puits, dans la servitude, en prison, et de sa patience à résister aux interdits lorsque la femme le sollicita.

Al-Mâwardî rapporte deux avis sur ce que reçut Yûsuf dans cette situation :

  1. qu’il s’agit d’une rétribution d’Allah, exalté soit-Il, pour les épreuves qu’Il lui fit subir ;
  2. qu’Allah le combla de cette faveur par pure grâce, tandis que sa récompense demeure intacte pour l’au-delà.
الْمُخْصِبَةِ، فَجَعَلَ أَهْلُ مِصْرَ يَبْتَاعُونَ الطَّعَامَ مِنْ يُوسُفَ، فَبَاعَهُمْ أَوَّلَ سَنَةٍ بِالنُّقُودِ، حَتَّى لَمْ يَبْقَ بِمِصْرَ دِينَارٌ وَلَا دِرْهَمٌ إِلَّا قَبَضَهُ، وَبَاعَهُمْ فِي السَّنَةِ الثَّانِيَةِ بِالْحُلِيِّ وَالْجَوَاهِرِ، حَتَّى لم يبق في أيدي الناس منها شي، وَبَاعَهُمْ فِي السَّنَةِ الثَّالِثَةِ بِالْمَوَاشِي وَالدَّوَابِّ، حَتَّى احْتَوَى عَلَيْهَا أَجْمَعَ، وَبَاعَهُمْ فِي السَّنَةِ الرَّابِعَةِ بِالْعَبِيدِ وَالْإِمَاءِ، حَتَّى احْتَوَى عَلَى الْكُلِّ، وَبَاعَهُمْ فِي السَّنَةِ الْخَامِسَةِ بِالْعَقَارِ وَالضَّيَاعِ، حَتَّى مَلَكَهَا كُلَّهَا، وَبَاعَهُمْ فِي السَّنَةِ السَّادِسَةِ بِأَوْلَادِهِمْ وَنِسَائِهِمْ فَاسْتَرَقَّهُمْ جَمِيعًا وَبَاعَهُمْ فِي السَّنَةِ السَّابِعَةِ بِرِقَابِهِمْ، حَتَّى لَمْ يَبْقَ [فِي السَّنَةِ السَّابِعَةِ] «١» بِمِصْرَ حُرٌّ وَلَا عَبْدٌ إِلَّا صَارَ عَبْدًا لَهُ، فَقَالَ النَّاسُ: وَاللَّهُ مَا رَأَيْنَا مَلِكًا أَجَلَّ وَلَا أَعْظَمَ مِنْ هَذَا، فَقَالَ يُوسُفُ لِمَلِكِ مِصْرَ: كَيْفَ رَأَيْتَ صُنْعَ رَبِّي فِيمَا خَوَّلَنِي! وَالْآنَ كُلُّ هَذَا لَكَ، فَمَا تَرَى فِيهِ؟ فَقَالَ: فَوَّضْتُ إِلَيْكَ الْأَمْرَ فَافْعَلْ مَا شِئْتَ، وَإِنَّمَا نَحْنُ لَكَ تَبَعٌ، وَمَا أَنَا بِالَّذِي يَسْتَنْكِفُ عَنْ عِبَادَتِكَ وَطَاعَتِكَ، وَلَا أَنَا إِلَّا مِنْ بَعْضِ مَمَالِيكِكَ، وَخَوَلٌ مِنْ خَوَلِكَ، فَقَالَ يُوسُفُ عَلَيْهِ السَّلَامُ: إِنِّي لَمْ أُعْتِقْهُمْ مِنَ الْجُوعِ لِأَسْتَعْبِدَهُمْ، وَلَمْ أُجِرْهُمْ مِنَ الْبَلَاءِ لِأَكُونَ عَلَيْهِمْ بَلَاءً، وَإِنِّي أُشْهِدُ اللَّهَ وَأُشْهِدُكَ أَنِّي أَعْتَقْتُ أَهْلَ مِصْرَ عَنْ آخِرِهِمْ، وَرَدَدْتُ عَلَيْهِمْ أَمْوَالَهُمْ وَأَمْلَاكَهُمْ، وَرَدَدْتُ عَلَيْكَ مُلْكَكَ بِشَرْطِ أَنْ تَسْتَنَّ بِسُنَّتِي. وَيُرْوَى أَنَّ يُوسُفَ عَلَيْهِ السَّلَامُ كَانَ لَا يَشْبَعُ مِنْ طَعَامٍ فِي تِلْكَ السِّنِينَ، فَقِيلَ لَهُ: أَتَجُوعُ وَبِيَدِكَ خَزَائِنُ الْأَرْضِ؟ فَقَالَ: إِنِّي أَخَافُ إِنْ شَبِعْتُ أَنْ أَنْسَى الْجَائِعَ، وَأَمَرَ يُوسُفُ طَبَّاخَ الْمَلِكِ أَنْ يَجْعَلَ غِذَاءَهُ نِصْفَ النَّهَارِ، حَتَّى يَذُوقَ الْمَلِكُ طَعْمَ الْجُوعِ. فَلَا يَنْسَى الْجَائِعِينَ، فَمِنْ ثَمَّ جَعَلَ الْمُلُوكُ غِذَاءَهُمْ نِصْفَ النَّهَارِ. قَوْلُهُ تَعَالَى: (نُصِيبُ بِرَحْمَتِنا مَنْ نَشاءُ) أَيْ بِإِحْسَانِنَا، وَالرَّحْمَةُ النِّعْمَةُ وَالْإِحْسَانُ. (وَلا نُضِيعُ أَجْرَ الْمُحْسِنِينَ) أَيْ ثَوَابَهُمْ. وَقَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ وَوَهْبٌ: يَعْنِي الصَّابِرِينَ، لِصَبْرِهِ فِي الْجُبِّ، وَفِي الرِّقِّ، وَفِي السِّجْنِ، وَصَبْرِهِ عَنْ مَحَارِمِ اللَّهِ عَمَّا دَعَتْهُ إِلَيْهِ الْمَرْأَةُ. وَقَالَ الْمَاوَرْدِيُّ: وَاخْتُلِفَ فِيمَا أُوتِيَهُ يُوسُفُ مِنْ هَذِهِ الْحَالِ عَلَى قَوْلَيْنِ: أَحَدُهُمَا- أَنَّهُ ثَوَابٌ مِنَ اللَّهِ تَعَالَى عَلَى مَا ابْتَلَاهُ. الثَّانِي- أَنَّهُ أَنْعَمَ اللَّهُ عَلَيْهِ بِذَلِكَ تَفَضُّلًا مِنْهُ عَلَيْهِ، وَثَوَابُهُ بَاقٍ عَلَى حَالِهِ فِي الْآخِرَةِ.
(١). من ع.

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