Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Dieu – qu’Il soit exalté – fit naître dans le cœur de Yûsuf pour elle un amour multiple, bien supérieur à celui qu’elle éprouvait pour lui. Il lui dit alors : « Qu’as-tu donc ? Pourquoi ne m’aimes-tu plus comme lors de la première fois ? » Elle répondit : « Après avoir goûté à l’amour d’Allah – Très-Haut soit-Il –, cela m’a détournée de toute autre chose. »

Deuxièmement – Des gens de science ont dit : ce verset autorise l’homme vertueux à travailler au service d’un homme dépravé ou d’un souverain mécréant, à la condition qu’il sache que l’on lui confie une mission dans laquelle il ne sera pas contredit, de sorte qu’il puisse y réformer ce qu’il voudra. Si, en revanche, son action doit s’exécuter selon les seuls désirs, passions et débauches du pervers, cela n’est pas permis.

D’autres ont affirmé que cela était une particularité propre à Yûsuf et qu’aujourd’hui cela n’est plus licite. Le premier avis reste préférable, pourvu que soit respectée la condition susmentionnée. Allah est plus savant.

Al-Mâwardî dit : si celui qui confère la charge est injuste, les savants ont divergé sur la licéité d’accepter une fonction venant de lui, selon deux opinions.

  1. Il est permis d’accepter la charge, pourvu que l’on agisse avec équité dans la mission confiée ; Yûsuf, en effet, fut nommé par le Pharaon, et en pareille affaire on considère l’acte accompli par la personne elle-même, non l’acte d’autrui.
  2. Il n’est pas permis de l’accepter, parce qu’il s’agit alors de seconder les injustes et de les cautionner en assumant leurs fonctions.

Les partisans de cette seconde thèse répondent au cas de Yûsuf nommé par Pharaon de deux manières :
– Le Pharaon de Yûsuf était pieux ; le tyran fut le Pharaon de Mûsâ.
– Yûsuf ne s’occupa que des biens (du royaume) et non des actes des gens ; ainsi toute responsabilité disparaissait-elle pour lui.

Al-Mâwardî ajoute : L’avis le plus correct, plutôt que de poser ces deux opinions sans distinction, consiste à détailler les fonctions confiées par un injuste en trois catégories :

  1. Celles que leurs ayants droit peuvent accomplir sans ijtihâd particulier dans leur exécution, telles que les aumônes obligatoires (zakât) et surérogatoires ; il est alors permis d’assumer cette charge de la part d’un injuste, puisque le texte révélant les bénéficiaires dispense de l’ijtihâd, et que la possibilité pour les propriétaires de s’en charger eux-mêmes rend inutile toute délégation.
  2. Celles qu’ils ne peuvent gérer seuls et qui exigent un ijtihâd sur la destination des fonds, comme les biens du fay’ ; il n’est pas permis d’assumer une telle charge de la part d’un injuste, car il disposerait alors d’un bien qui ne lui appartient pas et exercerait un ijtihâd là où il n’en a pas le droit.
  3. Celles qu’il est permis d’assumer au nom de leurs ayants droit, et qui laissent place à l’ijtihâd, comme les affaires judiciaires et les sentences ; le contrat de délégation est ici rompu : si la mission consiste à appliquer un jugement entre deux parties consentantes ou à arbitrer entre deux contraints, c’est permis ; mais s’il s’agit d’imposer une contrainte obligatoire, cela n’est pas permis.

Troisièmement – Le verset prouve également qu’il est licite pour une personne de solliciter un poste pour lequel elle est qualifiée.

On pourrait objecter : Muslim rapporte d’Abd ar-Rahmân ibn Samura que le Messager d’Allah – bénédiction et salut sur lui – me dit

أَنَّ اللَّهَ تَعَالَى أَلْقَى فِي قَلْبِ يُوسُفَ مِنْ مَحَبَّتِهَا أَضْعَافَ مَا كَانَ فِي قَلْبِهَا، فَقَالَ لَهَا: مَا شَأْنُكِ لَا تُحِبِّينَنِي كَمَا كُنْتِ فِي أَوَّلِ مَرَّةٍ؟ فَقَالَتْ [لَهُ] «١» : لَمَّا ذُقْتُ مَحَبَّةَ اللَّهِ تَعَالَى شَغَلَنِي ذَلِكَ عَنْ كل شي. الثَّانِيَةُ- قَالَ بَعْضُ أَهْلِ الْعِلْمِ: فِي هَذِهِ الْآيَةِ مَا يُبِيحُ لِلرَّجُلِ الْفَاضِلِ أَنْ يَعْمَلَ لِلرَّجُلِ الْفَاجِرِ، وَالسُّلْطَانِ الْكَافِرِ، بِشَرْطِ أَنْ يَعْلَمَ أَنَّهُ يُفَوِّضُ إِلَيْهِ فِي فِعْلٍ لَا يُعَارِضُهُ فِيهِ، فَيُصْلِحُ مِنْهُ مَا شَاءَ، وَأَمَّا إِذَا كَانَ عَمَلُهُ بِحَسَبِ اخْتِيَارِ الْفَاجِرِ وَشَهَوَاتِهِ وَفُجُورِهِ فَلَا يَجُوزُ ذَلِكَ. وَقَالَ قَوْمٌ: إِنَّ هَذَا كَانَ لِيُوسُفَ خَاصَّةً، وَهَذَا الْيَوْمُ غَيْرُ جَائِزٍ، وَالْأَوَّلُ أَوْلَى إِذَا كَانَ عَلَى الشَّرْطِ الَّذِي ذَكَرْنَاهُ. وَاللَّهُ أَعْلَمُ. قَالَ الْمَاوَرْدِيُّ: فَإِنْ كَانَ الْمُوَلِّي ظَالِمًا فَقَدِ اخْتَلَفَ النَّاسُ فِي جَوَازِ الْوِلَايَةِ مِنْ قِبَلِهِ عَلَى قَوْلَيْنِ: أَحَدُهُمَا- جَوَازُهَا إِذَا عَمِلَ بِالْحَقِّ فِيمَا تَقَلَّدَهُ، لِأَنَّ يُوسُفَ وُلِّيَ مِنْ قِبَلِ فِرْعَوْنَ، وَلِأَنَّ الِاعْتِبَارَ فِي حَقِّهِ بِفِعْلِهِ لَا بِفِعْلِ غَيْرِهِ. الثَّانِي- أَنَّهُ لَا يَجُوزُ ذَلِكَ، لِمَا فِيهِ مِنْ تَوَلِّي الظَّالِمِينَ بِالْمَعُونَةِ لَهُمْ، وَتَزْكِيَتِهِمْ بِتَقَلُّدِ أَعْمَالِهِمْ، فَأَجَابَ مَنْ ذَهَبَ إِلَى هَذَا الْمَذْهَبِ عَنْ وِلَايَةِ يُوسُفَ مِنْ قِبَلِ فِرْعَوْنَ بِجَوَابَيْنِ: أَحَدُهُمَا- أَنَّ فِرْعَوْنَ يُوسُفَ كَانَ صَالِحًا، وَإِنَّمَا الطَّاغِي فِرْعَوْنُ مُوسَى. الثَّانِي- أَنَّهُ نَظَرَ فِي أَمْلَاكِهِ دُونَ أَعْمَالِهِ، فَزَالَتْ عَنْهُ التَّبِعَةُ فِيهِ. قَالَ الْمَاوَرْدِيُّ: وَالْأَصَحُّ مِنْ إِطْلَاقِ هَذَيْنَ الْقَوْلَيْنِ أَنْ يُفَصَّلَ مَا يَتَوَلَّاهُ مِنْ جِهَةِ الظَّالِمِ عَلَى ثَلَاثَةِ أَقْسَامٍ: أَحَدُهَا- مَا يَجُوزُ لِأَهْلِهِ فِعْلُهُ مِنْ غَيْرِ اجْتِهَادٍ فِي تَنْفِيذِهِ كَالصَّدَقَاتِ وَالزَّكَوَاتِ، فَيَجُوزُ تَوَلِّيهِ مِنْ جِهَةِ الظَّالِمِ، لِأَنَّ النَّصَّ عَلَى مُسْتَحِقِّهِ قَدْ أَغْنَى عَنِ الِاجْتِهَادِ فِيهِ، وَجَوَازُ تَفَرُّدِ أَرْبَابِهِ بِهِ قَدْ أَغْنَى عَنِ التَّقْلِيدِ. وَالْقِسْمُ الثَّانِي- مَا لَا يَجُوزُ أَنْ يَتَفَرَّدُوا بِهِ وَيَلْزَمُ الِاجْتِهَادُ فِي مَصْرِفِهِ كَأَمْوَالِ الْفَيْءِ، فَلَا يَجُوزُ تَوَلِّيهِ مِنْ جِهَةِ الظَّالِمِ، لِأَنَّهُ يَتَصَرَّفُ بِغَيْرِ حَقٍّ، وَيَجْتَهِدُ فِيمَا لَا يَسْتَحِقُّ. وَالْقِسْمُ الثَّالِثُ- مَا يَجُوزُ أَنْ يَتَوَلَّاهُ لِأَهْلِهِ، وَلِلِاجْتِهَادِ فِيهِ مَدْخَلٌ كَالْقَضَايَا وَالْأَحْكَامِ، فَعَقْدُ التَّقْلِيدِ مَحْلُولٌ، فَإِنْ كَانَ النَّظَرُ تَنْفِيذًا لِلْحُكْمِ بَيْنَ مُتَرَاضِيَيْنِ، وَتَوَسُّطًا بَيْنَ مَجْبُورَيْنِ جَازَ، وَإِنْ كَانَ إِلْزَامُ إِجْبَارٍ لَمْ يَجُزْ. الثَّالِثَةُ- وَدَلَّتِ الْآيَةُ أَيْضًا عَلَى جَوَازِ أَنْ يَخْطُبَ الْإِنْسَانُ عَمَلًا يَكُونُ لَهُ أَهْلًا، فَإِنْ قِيلَ: فَقَدْ رَوَى مُسْلِمٌ عَنْ عَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ سَمُرَةَ قَالَ قَالَ لِي رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ:
(١). من ع.

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