Puissante est Sa protection, sublime est Sa louange, et il n’est de divinité en dehors de Lui.
Puis Yûsuf — paix sur lui — entra. Lorsque le roi posa sur lui le regard, il descendit de son trône, se prosterna devant lui, puis le fit asseoir à ses côtés sur le trône et lui dit :
« Certes, aujourd’hui tu jouis auprès de nous d’une position solide et digne de confiance. »
Yûsuf répondit :
« Confie-moi donc les trésors du pays, car je suis un gardien vigilant, un homme avisé. »
— gardien des trésors, connaisseur des modes de leur gestion, a-t-on dit ; — gardien des comptes et connaisseur des langues, selon une autre explication.
Dans le hadith, le Prophète — que la prière et la paix d’Allah soient sur lui — a déclaré : « Qu’Allah fasse miséricorde à mon frère Yûsuf ! S’il ne s’était pas proposé en disant : “Confie-moi les trésors de la terre”, le roi l’aurait nommé sur-le-champ ; mais son investiture fut différée d’une année. » Certains expliquent ce retard d’un an par le fait qu’il n’ajouta pas : « Si Allah le veut. »
On rapporte aussi que, lorsqu’il entra auprès du roi, Yûsuf — paix sur lui — dit : « Ô Allah ! Je Te demande, par Ta bonté, le meilleur de son bien, et je me mets sous Ta protection contre son mal et le mal d’un autre que lui. » Il salua ensuite le roi en arabe. Celui-ci demanda : « Quelle est cette langue ? » — « La langue de mon oncle Ismâʿîl, » répondit-il. Puis il invoqua pour lui en hébreu. Le roi demanda : « Quelle est cette langue ? » — « La langue de mes pères Abraham, Isaac et Jacob. »
Le roi parlait soixante-dix langues ; chaque fois qu’il prenait la parole dans l’une d’elles, Yûsuf lui répondait de la même façon, ce qui augmenta l’admiration du roi. Yûsuf avait alors trente ans.
Le roi l’installa de nouveau sur son trône et dit : « J’aimerais que tu m’interprètes mon rêve de ta propre bouche. » Yûsuf dit : « Volontiers, ô roi ! Tu as vu sept vaches grasses, au pelage clair et beau ; le Nil se retira devant elles, et elles sortirent de sa rive, leurs pis ruisselant de lait. Tandis que tu les contemplais, émerveillé par leur beauté, le Nil s’assécha, son eau disparut et son lit devint visible ; alors surgit de sa vase et de sa boue sept vaches maigres, hirsutes, poussiéreuses, au ventre rentré, dépourvues de pis ; elles avaient des crocs et des molaires, des pattes semblables à celles des chiens et des museaux pareils à ceux des fauves. Elles se mêlèrent aux vaches grasses, les dévorèrent comme des bêtes sauvages : elles mangèrent leur chair, lacérèrent leur peau, brisèrent leurs os et aspirèrent leur moelle. Et tandis que tu regardais, stupéfait de voir ces misérables l’emporter sur les grasses, rien de leur embonpoint ni de leur taille n’apparut chez elles après qu’elles les eurent dévorées.
Ensuite surgirent sept épis verts, tendres, souples et gonflés de grains et de sève, et, à leurs côtés, sept épis secs, noirs, sans eau ni verdure, sur une même terre dont les racines plongent pourtant dans la même argile et la même eau.
Tandis que tu te disais intérieurement : « Que signifie cela ? Ceux-ci sont verts et fructueux, et ceux-là noirs et desséchés, alors que le sol qui les porte est unique et que leurs racines… »