Car ce passage se rattache à sa déclaration : « C’est moi qui ai cherché à le séduire, et il fait certes partie des véridiques » (Yûsuf, 51). Tel est l’avis de ceux qui nient toute velléité (al-ham) attribuée à Yûsuf – sur lui la paix. Selon leur position, tout le texte qui s’étend des mots : « Elle dit : “La femme de l’A zîz a déclaré…” » (Yûsuf, 51) jusqu’à : « Certes, mon Seigneur est Pardonneur, Très-Miséricordieux » constitue un seul discours continu, sans véritable arrêt complet. Nous ne retenons pas cette opinion et ne l’adoptons point.
Al-Ḥasan a dit : lorsque Yûsuf prononça : « C’est afin qu’il sache que je ne l’ai point trahi en son absence », le Prophète de Dieu désapprouva qu’il eût, ne fût-ce qu’en apparence, fait l’éloge de lui-même ; il ajouta donc : « Et je ne m’innocente pas moi-même », car l’auto-glorification est blâmable. Allah – Très-Haut – a dit : « Ne vous vantez donc pas de vous-mêmes » (An-Najm, 32). Nous l’avons expliqué dans la sourate « An-Nisâ’ ».
On a également dit que ces paroles émanent de l’A zîz : « Et je ne m’innocente pas d’avoir eu de mauvaises pensées au sujet de Yûsuf. Certes, l’âme commande violemment au mal », c’est-à-dire qu’elle le convoite. « Sauf celui à qui mon Seigneur fait miséricorde » : l’expression est à l’accusatif, introduisant l’exception ; « mâ » y a le sens de « man », c’est-à-dire : sauf celui qu’Il gratifie de Sa miséricorde et qu’Il préserve. « Mâ » y revêt aussi la valeur de « min » employée pour la multiplicité, comme dans la parole divine : « Épousez celles [mâ] qui vous plaisent parmi les femmes » (An-Nisâ’, 3). Il s’agit d’une exception disjointe, car elle soustrait le bénéficiaire de la protection divine à l’emprise de l’âme instigatrice du mal.
Le Prophète – paix et salut sur lui – dit encore dans un ḥadîth : « Que pensez-vous d’un compagnon qui, si vous l’honorez, le nourrissez et l’habillez, vous conduit à la pire des fins ; et que, si vous l’humiliez, le déshabillez et le faites jeûner, vous mène à la meilleure des fins ? » Ils répondirent : « Ô Messager d’Allah, voilà le plus mauvais compagnon sur terre ! » Il dit : « Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, il s’agit bel et bien de vos propres âmes qui se trouvent entre vos flancs. »
« Le roi dit : “Amenez-le-moi ; je veux le réserver exclusivement à ma personne.” Puis, lorsqu’il lui eut parlé, il déclara : “Certes, aujourd’hui, tu jouis auprès de nous d’une position établie et sûre.” » (Yûsuf, 54)
Lorsque le roi eut acquis la certitude de son innocence à l’égard des accusations portées contre lui, qu’il eut reconnu au fil du récit sa loyauté et qu’il eut saisi en outre sa patience et sa constance, la valeur de Yûsuf grandit à ses yeux. Convaincu de l’excellence de ses qualités, il dit : « Amenez-le-moi ; je veux le réserver exclusivement à ma personne. » Observe la parole du roi, d’abord – une fois son savoir avéré : « Amenez-le-moi », tout simplement. Mais après que Yûsuf eut accompli ce qu’il accomplit, il répéta : « Amenez-le-moi ; je veux le réserver exclusivement à ma personne. »
Il est rapporté d’après Wahb ibn Munabbih que, lorsque Yûsuf fut convoqué, il se tint sur le seuil et dit : « Mon Seigneur me suffit contre toute Sa création. »