Parole du Très-Haut :
« Cela, afin qu’il sache que je ne l’ai point trahi en son absence ».
Les exégètes ont divergé sur l’auteur de cette phrase.
Première opinion : elle est prononcée par l’épouse d’al-ʿAzîz et se rattache à sa déclaration : « À présent, la vérité s’est manifestée. » Autrement dit : « J’ai reconnu la réalité, afin qu’il sache que je ne l’ai pas trahi en son absence », c’est-à-dire en mentant à son sujet ou en proférant à son encontre quelque médisance lorsqu’il était absent ; bien au contraire, j’ai dit la vérité et je me suis abstenue de toute trahison. Puis elle ajouta : « Je ne m’innocente cependant pas moi-même : c’est bien moi qui l’ai sollicité. » Selon cette lecture, la femme reconnaissait l’Existence du Créateur ; d’où sa parole : « Mon Seigneur est certes Absoluteur, Très Miséricordieux. »
Seconde opinion : la parole émane de Yûsuf – sur lui la paix. Il aurait dit : « Ce que j’ai fait, à savoir renvoyer le messager, c’est afin qu’al-ʿAzîz sache que je ne l’ai pas trahi en son absence. » C’est l’avis d’al-Ḥasan, de Qatâda et d’autres. L’expression « en son absence » signifie : lorsqu’il était absent. Yûsuf prononça ces mots en présence du roi tout en utilisant la troisième personne par déférence envers celui-ci. D’aucuns ont dit qu’il les formula quand le messager revint à lui alors qu’il se trouvait encore en prison.
Ibn ʿAbbâs rapporte : le messager vint annoncer la nouvelle à Yûsuf – que la paix soit sur lui – tandis que Jibrîl l’accompagnait et conversait avec lui. Yûsuf déclara alors : « Cela, afin qu’il sache que je ne l’ai point trahi en son absence et qu’Allâh ne guide pas la ruse des traîtres ; je n’ai nullement trahi mon maître loin de ses yeux. » Jibrîl lui répondit : « Ô Yûsuf ! Même lorsque tu as dénoué ton pagne et t’es assis comme un homme se place auprès d’une femme ? » Yûsuf reprit : « Je ne m’innocente cependant pas moi-même… » jusqu’à la fin du verset.
As-Suddi rapporte une version similaire : la femme lui dit : « Et pas même lorsque tu as ôté ton pantalon, ô Yûsuf ? » Il répondit : « Je ne m’innocente cependant pas moi-même. »
Troisième opinion : « Cela, afin qu’il sache » serait la parole d’al-ʿAzîz ; le sens serait : « Cela, pour que Yûsuf sache que je ne l’ai pas trahi en son absence et que je n’ai pas négligé de le récompenser pour sa loyauté. »
Quant à la parole divine : « Et Allâh ne guide point la ruse des traîtres », elle signifie qu’Allâh ne mène pas les traîtres à bon terme à travers leurs complots.
Parole du Très-Haut : « Je ne m’innocente cependant pas moi-même ». Certains disent qu’elle est prononcée par la femme. Al-Qushayrî estime, pour sa part, qu’il est manifeste que « Cela, afin qu’il sache » ainsi que « Je ne m’innocente cependant pas moi-même » sont des paroles de Yûsuf. L’auteur (c’est-à-dire l’imâm al-Qurṭubî) commente : « S’il est possible de les attribuer à la femme, cette attribution est préférable, afin d’absoudre Yûsuf de tout acte tel que le dénouement du pagne ou du pantalon ; et si l’on considère malgré tout ces paroles comme venant de Yûsuf, il s’agirait alors d’un état furtif ayant traversé son cœur, conformément à l’avis retenu plus haut concernant l’expression : “Il aurait été sur le point d’elle”. »
Abû Bakr al-Anbârî rapporte : certains pensent que les mots : « Cela, afin qu’il sache que je ne l’ai point trahi en son absence » jusqu’à : « Mon Seigneur est certes Absoluteur, Très Miséricordieux » relèvent entièrement du discours de l’épouse d’al-ʿAzîz.