Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Parole du Très-Haut :

« Ô dignitaires, donnez-moi un avis au sujet de mon rêve ». – Le pluriel de ruʾyā est ruʾy ; autrement dit : « Informez-moi de la signification de cette vision. »

« Si toutefois vous êtes capables d’en interpréter les rêves. » – Le terme ʿibâra (interprétation) est dérivé du verbe « ʿabara », « traverser un fleuve » : lorsqu’on traverse la rivière, on atteint l’autre rive ; de même, celui qui « traverse » un rêve l’explique en montrant vers quoi il conduit. Le lâm de l’expression « lil-ruʾyâ » est un lâm d’explicitation ; c’est-à-dire : « si vous êtes de ceux qui interprètent », puis Il a précisé en disant : « le rêve », comme l’a indiqué az-Zajjâj.

« Ils dirent : “Ce ne sont que des songes confus, et nous ne sommes pas savants dans l’interprétation des rêves.” » (Sourate Yûsuf, 12 : 44)

Ce passage appelle deux questions :

Premièrement : Sa parole – Exalté soit-Il – « aḍghâthu aḥlâm » (des songes confus). Al-Farrâʾ juge également recevable la lecture « aḍghâtha aḥlâmin » (à l’accusatif). An-Naḥḥâs observe que l’accusatif est improbable, car le sens est : « Tu n’as rien vu qui puisse être interprété ; ce ne sont que des rêves mêlés », c’est-à-dire un mélange disparate. Le singulier de aḍghâth est ḍighth ; ce mot s’emploie pour tout faisceau mêlé d’herbes, de plantes, etc. Le poète dit :
« Tels un faisceau de rêves dont l’auteur a été leurré. »

« Et nous ne sommes pas versés dans l’interprétation des rêves. » – Az-Zajjâj explique : c’est-à-dire « dans l’interprétation des rêves confus ». Ils se sont ainsi déchargés de la connaissance de ce qui n’a pas d’interprétation, non de toute science de l’interprétation. D’autres estiment qu’ils ont simplement nié posséder la science de l’exégèse onirique. Sur ce point, « aḍghâth » désigne l’ensemble des visions dont certaines sont véridiques et d’autres non. C’est pourquoi l’échanson déclara : « Moi, je vous en donnerai l’explication », preuve que ces gens avaient été incapables d’interpréter, non qu’ils prétendaient l’absence de toute explication.

On a encore avancé qu’ils ne cherchaient même pas à interpréter ; ils voulaient plutôt effacer ce rêve du cœur du roi pour qu’il n’en soit plus préoccupé ; dans ce cas aussi, ils possédaient une certaine science.

Le mot « al-aḥlâm » est le pluriel de ḥulm ; le ḥulm, avec ḍamma, désigne ce que voit le dormeur. On dit ḥalama (avec fatḥa) et iḥtalam, et l’on dit : ḥalamtu telle chose ou ḥalamtuhâ. Le poète a dit :
« Je la portai, et les Banû Rufayda en furent écartés…
Que ne s’éloigne point son image rêvée ! »

Le radical de ce terme renvoie à l’anâh (la pondération), d’où al-ḥilm, opposé à la précipitation ; ainsi a-t-on appelé ḥulm ce qui est vu en sommeil, parce que le sommeil est un état de paix, de calme et de quiétude.

قَوْلُهُ تَعَالَى: (يَا أَيُّهَا الْمَلَأُ أَفْتُونِي فِي رُءْيايَ) جمع الرؤيا رئي: أَيْ أَخْبِرُونِي بِحُكْمِ هَذِهِ الرُّؤْيَا. (إِنْ كُنْتُمْ لِلرُّءْيا تَعْبُرُونَ) العبارة مشتقة من عبور النهر، فمتى عَبَرْتُ النَّهْرَ، بَلَغْتُ شَاطِئَهُ، فَعَابِرُ، الرُّؤْيَا «١» يُعَبِّرُ بما يؤول إليه أمرها. واللام في " لِلرُّءْيا" لِلتَّبْيِينِ، أَيْ إِنْ كُنْتُمْ تَعْبُرُونَ، ثُمَّ بَيَّنَ فقال: للرؤيا، قاله الزجاج. [[سورة يوسف (١٢) : آية ٤٤]] قالُوا أَضْغاثُ أَحْلامٍ وَما نَحْنُ بِتَأْوِيلِ الْأَحْلامِ بِعالِمِينَ (٤٤) فِيهِ مَسْأَلَتَانِ: الْأُولَى- قَوْلُهُ تَعَالَى: (أَضْغاثُ أَحْلامٍ) قَالَ الْفَرَّاءُ: وَيَجُوزُ " أَضْغاثُ أَحْلامٍ" قَالَ النَّحَّاسُ: النَّصْبُ بَعِيدٌ، لِأَنَّ الْمَعْنَى: لَمْ تَرَ شَيْئًا لَهُ تَأْوِيلٌ، إِنَّمَا هِيَ أَضْغَاثُ أَحْلَامٍ، أَيْ أَخْلَاطٌ. وَوَاحِدُ الْأَضْغَاثِ ضِغْثٌ، يُقَالُ لِكُلِّ مُخْتَلِطٍ مِنْ بَقْلٍ أَوْ حَشِيشٍ أَوْ غَيْرِهِمَا ضِغْثٌ، قَالَ الشَّاعِرُ: كَضِغْثِ حُلْمٍ غُرَّ مِنْهُ حَالِمُهُ (وَما نَحْنُ بِتَأْوِيلِ الْأَحْلامِ بِعالِمِينَ) قَالَ الزَّجَّاجُ: الْمَعْنَى بِتَأْوِيلِ الْأَحْلَامِ الْمُخْتَلِطَةِ، نَفَوْا عَنْ أَنْفُسِهِمْ عِلْمَ مَا لَا تَأْوِيلَ لَهُ، لَا أَنَّهُمْ نَفَوْا عَنْ أَنْفُسِهِمْ عِلْمَ التَّأْوِيلِ. وَقِيلَ: نَفَوْا عَنْ أَنْفُسِهِمْ عِلْمَ التَّعْبِيرِ. وَالْأَضْغَاثُ عَلَى هَذَا الْجَمَاعَاتُ مِنَ الرُّؤْيَا الَّتِي مِنْهَا صَحِيحَةٌ وَمِنْهَا بَاطِلَةٌ، وَلِهَذَا قَالَ السَّاقِي: " أَنَا أُنَبِّئُكُمْ بِتَأْوِيلِهِ" فَعَلِمَ أَنَّ الْقَوْمَ عَجَزُوا عَنِ التَّأْوِيلِ، لَا أَنَّهُمُ ادَّعَوْا أَلَّا تَأْوِيلَ لَهَا. وَقِيلَ: إِنَّهُمْ لَمْ يَقْصِدُوا تَفْسِيرًا، وَإِنَّمَا أَرَادُوا مَحَوْهَا مِنْ صَدْرِ الْمَلِكِ حَتَّى لَا تَشْغَلَ بَالَهُ، وعلى هذا أيضا فعندهم علم. و " الْأَحْلامِ" جَمْعُ حُلْمٍ، وَالْحُلْمُ بِالضَّمِّ مَا يَرَاهُ النَّائِمُ، تَقُولُ مِنْهُ: حَلَمَ بِالْفَتْحِ وَاحْتَلَمَ، وَتَقُولُ: حَلَمْتُ بكذا وحلمته، قال: فحملتها وَبَنُو رُفَيْدَةَ «٢» دُونَهَا ... لَا يَبْعَدَنَّ خَيَالُهَا الْمَحْلُومُ أَصْلُهُ الْأَنَاةُ، وَمِنْهُ الْحِلْمُ ضِدَّ الطَّيْشِ، فَقِيلَ لِمَا يُرَى فِي النَّوْمِ حُلْمٌ لِأَنَّ النَّوْمَ حالة أناة وسكون ودعه
(١). في ع وى: يخبر. (٢). رفيدة: أبو حي من العرب، يقال لهم الرفيدات، كما يقال لآل هبيرة الهبيرات. اللسان.

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