« …ton seigneur »
« Il est mon seigneur ; il m’a accordé la meilleure demeure »
(Yûsuf, v. 23), c’est-à-dire : mon compagnon, à savoir l’Aʿzîz.
On dit, pour quiconque entreprend de réformer et parachever une chose : « il l’a éduquée (rabba-hâ), il l’élève » ; on l’appelle alors son « rab » (maître).
Les savants expliquent que la parole du Prophète – paix et salut sur lui – : « Que nul d’entre vous ne dise… mais qu’il dise plutôt… » relève d’un conseil guidant vers l’emploi d’un nom préférable ; il ne s’agit pas d’une interdiction formelle d’utiliser ce terme, d’autant qu’il a lui-même dit : « lorsque la servante enfantera son rab », c’est-à-dire son propriétaire, son seigneur. Cela concorde avec l’usage coranique de ce mot. L’objet de la défense, dans ce domaine, est donc de ne pas faire de ces appellations une habitude qui ferait délaisser ce qui est plus convenable et meilleur.
On a dit encore qu’un homme disant « mon ʿabd, ma ama » (mon esclave homme, mon esclave femme) réunit deux inconvénients :
- La servitude effective n’appartient, en vérité, qu’à Allah Très-Haut. Lorsque quelqu’un dit à son serviteur « mon ʿabd » ou « ma ama », il se grandit indûment en s’attribuant ce qu’Allah s’est attribué à Lui-même ; cela n’est pas permis.
- Le serviteur peut en éprouver un sentiment d’abaissement à cause de cette dénomination, ce qui peut le pousser à une mauvaise obéissance.
Ibn Shaʿbân a dit, dans « az-Zâhî » : « Que le maître ne dise pas : “mon ʿabd, ma ama”, et que le serviteur ne dise pas : “mon rab, ma rabbatî”. » Ceci doit être compris selon l’explication que nous venons de donner.
On a également avancé que si le Messager d’Allah – bénédictions et paix sur lui – a déclaré : « Que l’esclave ne dise pas : “mon rab”, qu’il dise plutôt : “mon sayyid” », c’est parce que « ar-Rab » est, par consensus, un des Noms d’Allah ; quant à « sayyid », les avis divergent : est-ce ou non un de Ses Noms ? Si l’on considère que ce n’en est pas un, la distinction est claire, sans confusion ; et si l’on considère qu’il en fait partie, sa célébrité et son usage ne sont pas comparables à ceux du terme « rab », si bien que la différence subsiste.
Ibn al-ʿArabî a dit : il se peut que cela ait été permis dans la loi de Yûsuf – sur lui la paix.
Troisièmement – la parole du Très-Haut :
« Le Diable le fit oublier le rappel de son Seigneur » (Yûsuf, v. 42).
Le pronom dans « le fit oublier » fait l’objet de deux avis. Le premier : il renvoie à Yûsuf – sur lui la paix –, c’est-à-dire que Satan lui fit oublier de se rappeler d’Allah – Puissant et Majestueux. En effet, lorsque Yûsuf dit au maître-échanson, après avoir su qu’il serait sauvé et retrouverait sa fonction auprès du roi : « Mentionne-moi auprès de ton seigneur », il négligea alors de se plaindre à Allah et de rechercher Son secours, et s’en remit à une créature ; il fut donc sanctionné par un long séjour [en prison].
ʿAbd al-ʿAzîz b. ʿUmayr al-Kindî a dit : Gabriel entra auprès du Prophète Yûsuf – sur lui la paix – dans la prison, et Yûsuf le reconnut. Il lui dit :
« Ô frère des avertisseurs ! Que fais-tu parmi les pécheurs ? »
Gabriel – sur lui la paix – répondit :
« Ô pur, fils des purs ! Je te transmets les salutations de… »