[Sourate Yûsuf (12), verset 41]
« Ô mes compagnons de prison ! Quant à l’un de vous, il servira du vin à son maître, et quant à l’autre, il sera crucifié, si bien que les oiseaux mangeront de sa tête. L’affaire au sujet de laquelle vous me consultez est dès à présent tranchée. »
Il y a ici deux points à examiner :
Premièrement – La parole du Très-Haut : « Quant à l’un de vous, il servira du vin à son maître. » C’est-à-dire que Joseph dit au bouteiller : « Dans trois jours tu reprendras ta fonction habituelle auprès du roi. » Puis il dit à l’autre : « Quant à toi, dans trois jours on te fera comparaître, tu seras crucifié et les oiseaux se nourriront de ta tête. » L’homme protesta : « Par Allah, je n’ai rien vu ! » Joseph répliqua : « Que tu aies vu ou non, l’affaire au sujet de laquelle vous demandiez consultation est décidée. » Les philologues rapportent que les verbes سَقى (saqâ) et أَسقى (asqâ) sont deux formes ayant le même sens, comme le dit ce vers :
« Il abreuva – saqâ – les miens, les fils de Majd, et il abreuva – asqâ –
Numayr et les tribus issues de Hilâl. »
An-Nahhâs explique que, pour la majorité des linguistes, سَقاه (saqâhu) signifie lui tendre la boisson qu’il boit ou verser l’eau directement dans sa gorge, tandis que أَسقاه (asqâhu) signifie lui procurer une provision d’eau. Le Très-Haut dit : « Nous vous avons abreuvés (asqaynâkum) d’une eau douce » (Al-Mursalât, 27).
Deuxièmement – Nos savants disent : si quelqu’un ment à propos de son rêve et qu’un interprète le lui explique, doit-il subir la sentence de cette interprétation ? Nous répondons : non, cela ne s’impose pas à lui ; l’exception concerna Joseph, car il était Prophète, et l’interprétation d’un Prophète a valeur de jugement. Il annonça : « Il en sera ainsi et ainsi », et Allah – exalté soit-Il – fit advenir ce qu’il avait annoncé, confirmant ainsi sa prophétie.
On objecte cependant : ‘Abd ar-Razzâq rapporte, d’après Ma‘mar, lui-même d’après Qatâda, qu’un homme vint trouver ‘Umar ibn al-Khattâb en disant : « J’ai vu en songe que je verdoyais, puis me desséchais, puis verdoyais de nouveau, puis me desséchais encore. » ‘Umar répondit : « Tu es un homme qui croit puis mécroit, puis croit encore puis mécroit encore, et tu mourras mécréant. » L’homme rétorqua : « Je n’ai rien vu du tout. » ‘Umar lui dit alors : « Le même jugement t’a été appliqué que celui rendu au compagnon de Joseph. » Nous disons : nul autre qu’’Umar ne possède cette prérogative, car ‘Umar était un مُحَدَّث (muhaddath) – inspiré – et, lorsqu’il formulait une présomption, celle-ci se réalisait.