[Sourate Youssouf (12) : versets 39-40]
« Ô mes compagnons de prison ! Est-il meilleur d’avoir des seigneurs dispersés ou bien Allah, l’Unique, le Dominateur Suprême ? (39) Vous n’adorez, en dehors de Lui, que des noms que vous avez, vous et vos pères, attribués ; Allah n’a fait descendre pour cela aucune preuve. Le jugement n’appartient qu’à Allah ; Il a ordonné de n’adorer que Lui seul. Voilà la religion droite, mais la plupart des gens ne savent pas. » (40)
Sa parole – qu’Il soit exalté : « Ô compagnons de la prison » signifie : ô résidents de la prison. Il mentionne la compagnie parce qu’ils y demeuraient longtemps, tout comme on dit « les compagnons du Paradis » ou « les compagnons du Feu ».
« Des seigneurs dispersés » : c’est-à-dire différents par leur petitesse, leur grandeur ou leur médiocrité, ou encore éparpillés en nombre.
« Sont-ils meilleurs ou Allah, l’Unique, le Dominateur ? » On rapporte que cette interpellation visait les deux prisonniers ainsi que les autres détenus ; il y avait en face d’eux des idoles qu’ils adoraient en dehors d’Allah, et Youssouf leur posa cette question pour leur opposer la preuve irréfutable : s’agit-il donc de divinités multiples qui ne peuvent ni nuire ni profiter ? Ou bien d’Allah, l’Unique qui a soumis toute chose ? Parallèle : « Allah est-Il meilleur ou ce qu’ils Lui associent ? » (An-Naml : 59). On a également dit qu’avec l’expression « dispersés » il indique que, si les dieux étaient plusieurs, ils divergeraient dans leurs volontés et les uns prendraient le dessus sur les autres ; or, s’ils se divisent ainsi, ils ne sauraient être des divinités.
Sa parole – exalté soit-Il : « Vous n’adorez, en dehors de Lui, que des noms… » expose l’impuissance et la faiblesse des idoles : vous n’adorez, au lieu d’Allah, que des entités qui ne sont que des noms dépourvus de toute réalité.
« … que vous avez nommées, vous et vos pères » : ces appellations proviennent de vous-mêmes. D’autres ont compris par « noms » les désignés eux-mêmes : vous n’adorez que des statues qui n’ont, de la divinité, que l’appellation, puisqu’elles sont inertes.
Il dit : « Vous adorez… » bien qu’il s’adressât d’abord aux deux hommes, car son propos englobe tous ceux qui se trouvent dans le même état de polythéisme.
« … sauf des noms que vous avez, vous et vos pères, attribués » : il omet le second complément, aisément sous-entendu ; c’est-à-dire : vous les avez appelés « dieux » de votre propre chef.
« Allah n’a fait descendre pour cela aucune preuve » : Il n’a révélé nulle autorisation dans un Livre. Selon Saʿîd Ibn Joubayr, « nulle preuve » signifie « nulle argumentation ».
« Le jugement n’appartient qu’à Allah », Créateur de toute chose.
« Il a ordonné de n’adorer que Lui seul. »
« Voilà la religion droite », c’est-à-dire la voie rectiligne.
« Mais la plupart des gens ne savent pas. »