Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Il demeura donc auprès de Yûsuf ; le gardien de la prison l’aima et lui accorda des faveurs. Il lui dit alors : « Ô Yûsuf ! Je t’aime d’un amour tel que je n’ai jamais aimé personne comme je t’aime. » Yûsuf répondit : « Je cherche protection auprès d’Allâh contre ton amour. » – « Et pourquoi donc ? » lui demanda-t-il. Il dit : « Mon père m’a aimé, et mes frères ont agi envers moi comme tu le sais ; puis ma maîtresse m’a aimé, et ce que tu vois m’est advenu. »

Il resta ainsi détenu jusqu’à ce que le roi se fâcha contre son boulanger et son échanson ; en effet, le roi, ayant beaucoup vécu, devint à leurs yeux pesant. On incita alors le boulanger et l’échanson à l’empoisonner tous deux. Le boulanger accepta, mais l’échanson refusa. Celui-ci alla informer le roi du complot ; le roi ordonna donc de les emprisonner. Ils trouvèrent réconfort auprès de Yûsuf ; c’est à leur sujet que le Très-Haut dit : « Deux jeunes gens entrèrent en prison avec lui. »

On rapporte aussi que le boulanger mit le poison dans la nourriture. Lorsque le repas fut présenté, l’échanson s’écria : « Ô roi ! Ne mange pas, la nourriture est empoisonnée. » Le boulanger, de son côté, dit : « Ô roi ! Ne bois pas, la boisson est empoisonnée. » Le roi ordonna alors à l’échanson : « Bois ! » Il but et il ne lui arriva aucun mal. Puis il dit au boulanger : « Mange ! » Celui-ci refusa. On fit l’essai du mets sur un animal qui mourut aussitôt ; le roi les fit enfermer une année entière, et ils restèrent donc en prison tout ce temps avec Yûsuf.

Le nom de l’échanson était Manjâ, et l’autre Majlith, selon le récit d’Ath-Tha‛labî d’après Ka‛b. An-Naqqâsh rapporte que l’un se nommait Shurham et l’autre Surham, le premier avec un « shîn » pointé, le second avec un « sîn » non pointé. At-Tabarî dit que celui qui vit en songe qu’il pressait du vin se nommait Nabû ; As-Suhaylî mentionne aussi le nom de l’autre sans que je l’aie relevé.

Le Coran les qualifie de « fataiyân » (deux jeunes hommes) parce qu’ils étaient esclaves ; or l’esclave, qu’il soit jeune ou vieux, est appelé « fatâ », comme l’a relevé Al-Mâwardî. Al-Qushayrî ajoute : il se peut que, dans leur usage, « fatâ » fût le terme désignant l’esclave, raison pour laquelle il est dit : « Elle chercha à séduire son valet [fatâ-hâ] » (Yûsuf, 30). Il est aussi possible que « fatâ » désigne simplement le serviteur, fût-il libre. On peut supposer encore que leur incarcération ait eu lieu en même temps que celle de Yûsuf, après lui ou avant lui ; quoi qu’il en soit, ils entrèrent dans le même quartier de la prison que lui.

L’un d’eux dit : « Je me vois pressant du vin », c’est-à-dire du raisin. Yûsuf avait informé les prisonniers qu’il interprétait les rêves. L’un des deux jeunes gens dit alors à son compagnon : « Viens donc, mettons à l’épreuve cet esclave hébreu. » Ils l’interrogèrent sans avoir, en réalité, rien rêvé – ainsi le rapporte Ibn Mas‛ûd. At-Tabarî relate qu’ils lui demandèrent d’abord quelle science il possédait ; il répondit : « J’interprète les visions nocturnes », et ils l’interrogèrent alors sur leurs songes.

Selon Ibn ‛Abbâs et Mujâhid, il s’agissait bien de rêves véridiques qu’ils avaient vus et dont ils sollicitèrent l’interprétation ; c’est pourquoi l’explication qu’il leur donna se réalisa mot pour mot. Dans le Sahîh, il est rapporté d’après Abû Hurayra que le Prophète – paix et bénédictions d’Allâh sur lui – a dit : « Le plus véridique d’entre vous dans ses songes est le plus véridique d’entre vous dans sa parole. »

مَعَ يُوسُفَ، وَأَحَبَّهُ صَاحِبُ السِّجْنِ فَوَسَّعَ عَلَيْهِ فِيهِ، ثُمَّ قَالَ [لَهُ] «١» : يَا يُوسُفُ! لَقَدْ أَحْبَبْتُكَ حُبًّا لَمْ أُحِبَّ شَيْئًا حُبَّكَ، فَقَالَ: أَعُوذُ بِاللَّهِ مِنْ حُبِّكَ، قَالَ: وَلِمَ ذَلِكَ؟ فَقَالَ: أَحَبَّنِي أَبِي فَفَعَلَ بِي إِخْوَتِي مَا فَعَلُوهُ، وَأَحَبَّتْنِي سَيِّدَتِي فَنَزَلَ بِي مَا تَرَى، فَكَانَ فِي حَبْسِهِ حَتَّى غَضِبَ الْمَلِكُ عَلَى خَبَّازِهِ وَصَاحِبِ شَرَابِهِ، وَذَلِكَ أَنَّ الْمَلِكَ عَمَّرَ فِيهِمْ فَمَلُّوهُ، فَدَسُّوا إِلَى خَبَّازِهِ وَصَاحِبِ شَرَابِهِ أَنْ يَسُمَّاهُ جَمِيعًا، فَأَجَابَ الْخَبَّازُ وَأَبَى صَاحِبُ الشَّرَابِ، فَانْطَلَقَ صَاحِبُ الشَّرَابِ فَأَخْبَرَ الْمَلِكَ بِذَلِكَ، فَأَمَرَ الْمَلِكُ بِحَبْسِهِمَا، فَاسْتَأْنَسَا بِيُوسُفَ، فَذَلِكَ قَوْلُهُ: " وَدَخَلَ مَعَهُ السِّجْنَ فَتَيانِ" وَقَدْ قِيلَ: إِنَّ الْخَبَّازَ وَضَعَ السُّمَّ فِي الطَّعَامِ، فَلَمَّا حَضَرَ الطَّعَامُ قَالَ السَّاقِي: أَيُّهَا الْمَلِكُ! لَا تَأْكُلُ فَإِنَّ الطَّعَامَ مَسْمُومٌ. وَقَالَ الْخَبَّازُ: أَيُّهَا «٢» الْمَلِكُ لَا تَشْرَبُ! فَإِنَّ الشَّرَابَ مَسْمُومٌ، فَقَالَ الْمَلِكُ لِلسَّاقِي: اشْرَبْ! فَشَرِبَ فَلَمْ يَضُرَّهُ، وَقَالَ لِلْخَبَّازِ: كُلْ، فَأَبَى، فَجُرِّبَ الطَّعَامُ عَلَى حَيَوَانٍ فَنَفَقَ مَكَانِهِ، فَحَبَسَهُمَا سَنَةً، وَبَقِيَا فِي السِّجْنِ تِلْكَ المدة مع يوسف. واسم الساقي منجى، وَالْآخَرُ مجلث، ذَكَرَهُ الثَّعْلَبِيُّ عَنْ كَعْبٍ. وَقَالَ النَّقَّاشُ: اسْمُ أَحَدِهِمَا شرهم، وَالْآخَرُ سرهم، الْأَوَّلُ بِالشِّينِ الْمُعْجَمَةِ، وَالْآخَرُ بِالسِّينِ الْمُهْمَلَةِ. وَقَالَ الطَّبَرِيُّ: الَّذِي رَأَى أَنَّهُ يَعْصِرُ خَمْرًا هُوَ نبو، قَالَ السُّهَيْلِيُّ: وَذَكَرَ اسْمَ الْآخَرِ وَلَمْ أُقَيِّدْهُ. وَقَالَ " فَتَيانِ" لِأَنَّهُمَا كَانَا عَبْدَيْنِ، وَالْعَبْدُ يُسَمَّى فَتًى، صَغِيرًا كَانَ أَوْ كَبِيرًا، ذَكَرَهُ الْمَاوَرْدِيُّ. وَقَالَ الْقُشَيْرِيُّ: وَلَعَلَّ الْفَتَى كَانَ اسْمًا لِلْعَبْدِ فِي عُرْفِهِمْ، وَلِهَذَا قَالَ: " تُراوِدُ فَتاها عَنْ نَفْسِهِ" [يوسف: ٣٠] . وَيَحْتَمِلُ أَنْ يَكُونَ الْفَتَى اسْمًا لِلْخَادِمِ وَإِنْ لَمْ يَكُنْ مَمْلُوكًا. وَيُمْكِنُ أَنْ يَكُونَ حَبَسَهُمَا مَعَ حَبْسِ يُوسُفَ أَوْ بَعْدَهُ أَوْ قَبْلَهُ، غَيْرَ أَنَّهُمَا دَخَلَا مَعَهُ الْبَيْتَ الَّذِي كَانَ فِيهِ. " قالَ أَحَدُهُما إِنِّي أَرانِي أَعْصِرُ خَمْراً" أَيْ عِنَبًا، كَانَ يُوسُفُ قَالَ لِأَهْلِ السِّجْنِ: إِنِّي أُعَبِّرُ الْأَحْلَامَ، فَقَالَ أَحَدُ الْفَتَيَيْنِ لِصَاحِبِهِ: تَعَالَ حَتَّى نُجَرِّبَ هَذَا الْعَبْدَ الْعِبْرَانِيَّ، فَسَأَلَاهُ مِنْ غَيْرِ أَنْ يَكُونَا رَأَيَا شَيْئًا، قَالَهُ ابْنُ مَسْعُودٍ. وَحَكَى الطَّبَرِيُّ أَنَّهُمَا سَأَلَاهُ عَنْ عِلْمِهِ فَقَالَ: إِنِّي أُعَبِّرُ الرُّؤْيَا، فَسَأَلَاهُ عَنْ رُؤْيَاهُمَا. قَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ وَمُجَاهِدٌ: كَانَتْ رُؤْيَا صِدْقٍ رَأَيَاهَا وَسَأَلَاهُ عَنْهَا، وَلِذَلِكَ صَدَقَ تَأْوِيلُهَا. وَفِي الصَّحِيحُ عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: " أَصْدَقُكُمْ رُؤْيَا أَصْدَقُكُمْ
(١). من ع. (٢). من ع.

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