Elle est donc mise à l’accusatif. L’explication qu’en donne Aḥmad b. Yaḥyā est la suivante : lorsque tu dis : « Mâ Zaydun bimuntaliqin » (Zayd n’est pas sur le point de partir), l’emplacement de la préposition « bi » est normalement un emplacement d’accusatif ; il en va de même de toutes les particules qui régissent le génitif. Dès lors que la préposition est supprimée, le nom passe à l’accusatif afin d’indiquer la place qu’elle occupait.
Tel est aussi l’avis d’al-Farrâ’. Il ajoute que « falammâ » n’a ici aucun effet grammatical. Les grammairiens basriens l’obligèrent alors à admettre la phrase : « Zaydun al-qamaru » (Zayd est la lune) — puisque, selon eux, le sens est « comme la lune » ! Aḥmad b. Yaḥyā leur rétorqua que « bi » est plus propre aux particules gouvernant le génitif que « ka-» (comme), car « ka-» peut être, parfois, un nom.
Al-Naḥḥâs dit : « Seule l’opinion des Basriens est correcte, et la position d’al-Farrâ’ se contredit ». En effet, al-Farrâ’ a explicitement autorisé, en lecture directe, l’accusatif dans : « Mâ bimuntaliqin Zaydan », et il a cité le vers :
أَمَا وَاللّٰهِ أَنْ لَوْ كُنْتُ حُرًّا … وَمَا بِالْحُرِّ أَنْتَ وَلَا الْعَتِيقِ
où il refuse pourtant, toujours explicitement, l’analyse à l’accusatif. Or, nous ne connaissons aucun différend entre les grammairiens : il est permis de dire : « Mâ fîka birâghibin Zaydun », « Mâ ilayka biqâṣidin ‘Amrun », puis de supprimer la préposition et de mettre le mot au nominatif.
Les Basriens et les Koufiens rapportent la forme : « Mâ Zaydun muntaliqun » avec élévation (nominatif), et les Basriens précisent que c’est la langue des Banû Tamîm. Ils ont cité le distique :
أَتَيْمًا تَجْعَلُونَ إِلَيَّ نِدًّا … وَمَا تَيْمٌ لِذِي حَسَبٍ نَدِيدُ
Le mot « al-nidd, al-nadîd et al-nadîdah » signifie : l’égal, le semblable. Al-Kisâ’î rapporte que cette tournure est également propre aux dialectes de Tihâmah et de Najd.
Al-Farrâ’ prétend que la forme au nominatif est la plus forte des deux. Abû Isḥâq répondit : « C’est une erreur ; le Livre d’Allâh — Exalté soit-Il — et la langue du Messager d’Allâh — paix et salut sur lui — sont plus forts et prioritaires ».
Je dis quant à moi : dans le muṣḥaf d’Ḥafṣah — qu’Allâh l’agrée — on lit : « Mâ hādhâ bibashar »; cela a été mentionné par al-Ghaznawî.
Al-Qushayrî Abû Naṣr rapporte que les femmes affirmaient que l’apparence (ṣûrah) de Yûsuf éclipse celle des humains ; il serait plutôt à l’image d’un ange. Pourtant, Allâh — Très-Haut — dit : « Nous avons certes créé l’homme dans la forme la plus parfaite » (at-Tîn, 4). Pour concilier les deux versets, on dira que leur parole : « Hâsha lillâh » est une déclaration d’innocence de Yûsuf vis-à-vis de ce dont la femme du ministre l’avait accusé : la tentation. Autrement dit, Yûsuf est à mille lieues d’un tel acte ; et leur ajout : « lillâh » signifie « par crainte d’Allâh », c’est-à-dire qu’Allâh l’en a préservé. Rien de tout cela ne touche à sa forme physique. Leur propos entend plutôt dire qu’il est, dans sa pureté et son éloignement du péché, semblable aux anges ; il n’y a donc aucune contradiction.
D’après une autre interprétation, elles voulaient simplement l’exonérer de toute ressemblance avec les hommes dans l’apparence, tant sa beauté était saisissante. Leur propos « lillâh » vient alors confirmer cette idée : elles s’exclamaient ainsi, pensant que l’apparence d’un ange devait être la plus belle, et n’avaient pas connaissance de la Parole divine rappelée plus haut.