Car le « shiʿâf » des montagnes désigne leurs sommets élevés. On dit également : « Il a été saisi d’un shaghfan » – avec la ghayn non accentuée – lorsqu’une personne devient passionnée par quelque chose.
Cependant, Abû ʿUbayda a cité ce vers d’Imru’ al-Qays :
« Elle finira bien par me tuer, alors que j’ai brûlé son cœur,
comme l’homme qui enduit d’asphalte la chamelle atteinte [1]. »
Il expliqua que l’ardeur et la brûlure de l’amour y ont été comparées.
Il est rapporté de al-Shaʿbî qu’il a dit : le « shaghaf » – avec la lettre muʿjamah (ghayn) – signifie l’amour, tandis que le « shaʿaf » – avec la ʿayn non muʿjamah – désigne la folie.
Al-Naḥḥâs dit : on a rapporté la lecture « qad shagifahâ » avec la kasrah sur la ghayn, mais la langue arabe ne connaît que « shagafahâ » avec la fatḥah sur la ghayn, de même que « shaʿafahâ », c’est-à-dire : il l’a laissée consumée par la passion.
Saʿîd b. Abî ʿArûbah rapporte d’al-Ḥasan : le « shaghâf » est la membrane qui enveloppe le cœur, alors que le « shaʿâf » est le noyau même du cœur ; si l’amour atteignait le « shaʿâf », elle en mourrait.
Al-Ḥasan a également dit : on dit que le « shaghâf » est la pellicule adhérant au cœur, invisible, blanche ; l’amour pour Yûsuf s’est ainsi collé à son cœur comme cette pellicule est collée au cœur.
Parole d’Allâh, Exalté soit-Il :
« Nous la voyons certes dans un égarement manifeste » (dans cet acte-là).
Qatâdah a dit au sujet de « fatâhâ » : il s’agit du valet de son époux, car Yûsuf était, chez eux, considéré comme esclave et elle avait autorité sur lui.
Muqâtil rapporte, d’après Abû ʿUthmân an-Nahdî et Salmân al-Fârisî : l’épouse de l’Azzîz demanda à son mari de lui accorder Yûsuf, et il le lui donna. Il lui dit : « Que feras-tu de lui ? » Elle répondit : « Je le prendrai pour fils. » Il dit : « Il est à toi. » Elle l’éleva jusqu’à ce qu’il devienne adolescent, tandis qu’au fond d’elle-même elle ressentait pour lui ce qu’elle ressentait. Elle se dévoilait devant lui, se parait et l’appelait avec douceur, mais Allâh le protégea.
Parole d’Allâh, Exalté soit-Il :
« Lorsqu’elle apprit leur ruse », c’est-à-dire leur médisance à son sujet et le stratagème qu’elles élaboraient pour la blâmer.
On a dit également : elle leur avait confié son secret et s’était fiée à elles, mais elles l’ont divulgué ; on appela donc cela « ruse ».
Sa parole :
« Elle leur envoya [des invitations]… »
Il y a ici une ellipse : elle leur envoya des invitations à un banquet afin de les faire tomber dans ce même piège qui l’avait entraînée.
Mujâhid rapporte d’Ibn ʿAbbâs : l’épouse de l’Azzîz dit à son mari : « Je souhaite préparer un repas et convier ces femmes. » Il lui répondit : « Fais-le. » Elle prépara donc un repas, puis « najjadat » pour elles les appartements – c’est-à-dire qu’elle les décora, car « najd » désigne ce par quoi l’on orne.