La réponse du savant, à la fois concise et complète, suffit à clore la question.
C’est pourquoi les maîtres soufis ont dit : le profit que l’on retire de la parole divine – « Lorsqu’il eut atteint sa maturité, Nous lui accordâmes sagesse et science » (Yûsuf, 22) – est qu’Allah les lui octroya précisément à l’âge où la passion exerce le plus grand empire, afin que cela fût pour lui une cause d’infaillibilité.
J’ajoute : si son impeccabilité et son innocence sont établies par l’éloge qu’Allah – Très-Haut soit-Il – a prononcé à son sujet, il n’est pas recevable de reprendre le propos rapporté par Muʿṣab b. ʿUthmân : « Suleymân b. Yasâr, qui comptait parmi les hommes au visage le plus agréable, fut désiré par une femme qui se proposa à lui. Il refusa et lui rappela Allah ; elle lui déclara : “Si tu n’agis pas, je te diffamerai !” Il sortit donc et la laissa. »
Il vit alors en rêve Joseph le Véridique – sur lui la paix – assis et lui demanda : « Es-tu Joseph ? » – « Je suis Joseph, celui qui a été tenté, et toi Suleymân, celui qui ne l’as pas été ! » Or cela impliquerait que le rang de la walâyah (sainteté) l’emporte sur celui de la nubuwwah (prophétie), ce qui est impossible. À supposer même que Joseph n’eût pas été prophète et ne fût que wali, son degré eût été celui de la walâyah, bénéficiant dès lors d’une préservation identique. Mais si l’on avait fermé les portes sur Suleymân, si on l’avait relancé paroles après paroles, discours après discours, et cela durant une longue fréquentation, on aurait craint pour lui l’épreuve et une tentation immense ; Allah est plus savant.
À propos de la parole du Très-Haut : « S’il n’avait vu la preuve de son Seigneur » – la particule « an » est ici à la place d’un sujet, c’est-à-dire : « n’eût été la vision de la preuve de son Seigneur ». La réponse est omise, évidente pour l’auditeur : « il se serait passé ce qui se serait passé ». Cette preuve n’est pas explicitée dans le Coran.
On rapporte d’Ali b. Abî Tâlib – qu’Allah l’agrée – que Zoulaykhâ se leva vers une idole sertie de perles et de rubis placée dans un coin de la pièce et la couvrit d’un voile. Il lui dit : « Que fais-tu ? » – « J’ai honte que mon dieu me voie sous cet aspect. » Joseph répondit : « Il m’incombe bien davantage d’avoir honte devant Allah. » C’est là, dit-on, la meilleure explication car elle établit une preuve.
D’autres ont dit : il aperçut inscrit au plafond : « N’approchez pas de la fornication ; c’est une turpitude et quel mauvais chemin ! » (al-Isrâʾ, 32).
Ibn ʿAbbâs relate qu’apparut une main sur laquelle était écrit : « Il y a certes sur vous des gardiens » (al-Infitâr, 10).
Certains dirent : il se rappela le pacte et l’engagement pris envers Allah.
On a également dit : on l’interpella : « Ô Joseph ! Ton nom est inscrit dans le registre des prophètes, et tu accomplis l’œuvre des insensés ? »
D’autres enfin rapportent qu’il vit l’image de Jacob gravée sur le mur, se mordant le doigt en signe de menace ; il se calma alors et son désir s’échappa par le bout de ses doigts – ainsi l’ont affirmé Qatâdah, Mujâhid, al-Hassan, ad-Dahhâk, Abû Ṣâliḥ et Saʿîd b. Jubayr.
Al-Aʿmash rapporte de Mujâhid : « Alors qu’il avait déjà défait son pantalon, Jacob se matérialisa devant lui et lui dit… »