Je dis : C’est là la raison pour laquelle Allah – Exalté soit-Il – a loué Dhou l-Kifl, ainsi qu’il sera expliqué, si Allah le veut, dans la sourate « Ṣâd ».
Quant à la réponse implicite de la proposition « لَوْلا » (sans le secours) contenue ici, elle est supprimée ; c’est-à-dire : « N’eût été la preuve évidente de son Seigneur, il aurait accompli ce qu’il projetait. » Il en est de même pour la parole divine : « Mais non ! Si vous saviez avec une science de certitude… » [At-Takâthur, 5], dont la réponse sous-entendue est : « … vous ne rivaliseriez pas les uns avec les autres. »
Ibn ʿAṭiyya dit : Ce propos est rapporté d’Ibn ʿAbbâs et d’un groupe de pieux prédécesseurs. Ils ont déclaré que la sagesse qui s’y trouve est de constituer un exemple pour les pécheurs : qu’ils voient que leur repentir les ramène à la grâce d’Allah Tout-Puissant, comme il en fut ainsi pour quelqu’un de meilleur qu’eux, et que la proximité du péché ne l’a pas fait périr. Tout cela repose sur l’opinion, transmise par cette école, selon laquelle la tentation de Yûsuf alla jusqu’à ce qu’il s’assît entre les jambes de Zulaykhâ, qu’il commençât à ôter ses vêtements, sa ceinture, et choses similaires, tandis qu’elle s’était déjà allongée pour lui ; c’est ce qu’a rapporté aṭ-Ṭabarî.
Abû ʿUbayd al-Qâsim ibn Sallâm dit : Ibn ʿAbbâs, ainsi que ceux qui lui sont inférieurs en rang, ne divergent pas sur le fait qu’il en eut réellement l’intention ; or ils sont plus savants concernant Allah, l’interprétation de Son Livre, et plus respectueux envers les Prophètes que de parler d’eux sans science.
Al-Ḥasan (al-Baṣrî) a dit : Allah – Glorifié et Sublime soit-Il – n’a pas mentionné les fautes des Prophètes pour les en blâmer ; il les a mentionnées afin que vous ne désespériez pas du repentir.
Al-Ghazanawî dit : Les faux pas des Prophètes recèlent certes des sagesses : accroître la crainte révérencielle, intensifier la pudeur par la honte, se dépouiller de toute vanité due aux œuvres, savourer la grâce du pardon après l’espérance, et être pour les gens faillibles les guides du plus grand espoir.
Abû Naṣr al-Qushayrî rapporte : Certains ont soutenu qu’il y eut de la part de Yûsuf une volonté (hammun). Or cette volonté n’était qu’un mouvement naturel, dépourvu de ferme résolution d’accomplir l’acte. Ce qui relève de cette catégorie ne vaut pas poursuite pour le serviteur ; il peut venir à l’esprit d’un jeûneur, par exemple, l’image d’une eau fraîche ou d’un mets savoureux ; s’il n’en mange ni n’en boit, et que son cœur ne décide pas fermement d’y goûter, il ne sera pas blâmé pour cette pensée furtive. De même, la Preuve (al-Burhân) le détourna de cette velléité avant qu’elle ne devienne résolution arrêtée.
Je dis : Voilà une opinion appréciable, et c’est aussi celle d’al-Ḥasan.
Ibn ʿAṭiyya ajoute : Pour ma part, je considère que rien n’établit de façon sûre – et aucune chaîne de transmission concordante ne l’atteste – que Yûsuf fût déjà Prophète au moment de cette épreuve. S’il en est ainsi, il était un croyant à qui l’on avait octroyé sagesse et science ; il lui est donc possible d’avoir connu un « hammun », c’est-à-dire la simple volonté d’une chose sans la commettre, et de laisser séjourner en lui une pensée blâmable, ce qui constitue certes une faute. Et même si l’on admettait qu’il fût Prophète à ce moment-là, il ne lui serait concevable, selon moi, qu’un « hammun » réduit à une pensée furtive ; rien de ce qui a été mentionné, tel qu’avoir défait sa ceinture, ne saurait être authentique à son sujet.