« (S’il n’avait pas vu la preuve de son Seigneur) » : mais dès qu’il vit cette preuve, il n’eut plus aucune intention (de pécher), car l’infaillibilité est obligatoire pour les prophètes.
Allah – Très-Haut – dit :
« Ainsi Nous avons détourné de lui le mal et la turpitude ; il fait certes partie de Nos serviteurs élus. »
Il y a là un cas d’inversion dans l’ordre de la phrase : autrement dit, « s’il n’avait pas vu la preuve de son Seigneur, il se serait disposé à (l’acte) avec elle ».
Abû Hâtim rapporte : « Je lisais Gharîb al-Qurʾân auprès d’Abû ʿUbayda. Lorsque j’arrivai au verset : “Elle eut un désir pour lui, et il eut un désir pour elle…”, Abû ʿUbayda dit : “Ici l’ordre est inversé ; c’est comme s’il fallait comprendre : elle eut un désir pour lui, et s’il n’avait pas vu la preuve de son Seigneur, il aurait désiré (l’acte) avec elle.” »
Aḥmad b. Yaḥyâ dit : « Zuleikha a résolument projeté la désobéissance et s’y est obstinée ; Yûsuf, lui, a eu une intention mais n’a pas accompli ce qu’il avait envisagé ; il existe donc une différence entre les deux intentions. » Al-Harawî mentionne ces deux avis dans son livre.
Jamil a dit :
« J’ai conçu un désir pour Buthayna, qui, s’il s’était déclaré,
Eût apaisé les brûlures de la passion dans mon cœur. »
Un autre poète récite :
« J’ai désiré sans agir, j’ai failli… Ah ! si seulement
J’avais laissé sur ʿUthmân ses veuves éplorées. »
Tout cela relève du propos intérieur sans résolution ferme.
On a également dit : « Il en eut l’envie, c’est-à-dire qu’il souhaita l’épouser. »
D’autres ont déclaré : « Il eut l’intention de la frapper pour se défendre. » La preuve qu’il vit le retint ; car s’il l’avait frappée, on aurait cru qu’il avait voulu commettre l’illicite, qu’elle s’était refusée, et qu’il l’aurait alors frappée.
Une autre opinion affirme que l’intention de Yûsuf fut bel et bien un péché : il se serait assis auprès d’elle comme l’époux auprès de son épouse. C’est vers cet avis que penche la majorité des exégètes, selon Abû Naṣr al-Qushayrî, Ibn al-Anbârî, an-Naḥḥâs, al-Mâwardî et d’autres.
Ibn ʿAbbâs dit : « Il dénoua sa ceinture et s’assit auprès d’elle comme le circonciseur auprès de la circoncise. »
Il rapporta aussi : « Elle se coucha sur le dos, il se plaça entre ses jambes et commença à enlever ses vêtements. »
Saʿîd b. Jubayr affirme : « Il défit la corde de son pantalon. »
Mujâhid rapporte : « Il abaissa son pantalon jusqu’aux fesses, puis s’assit auprès d’elle comme l’époux auprès de son épouse. »
Ibn ʿAbbâs relate encore : quand Yûsuf prononça la parole divine : « Cela, afin qu’il sache que je ne l’ai point trahi en son absence » (Yûsuf, 52), l’ange Gabriel lui dit : « Pas même lorsque tu as eu cette intention, ô Yûsuf ? » Il répondit alors : « Je ne disculpe certes pas mon âme » (Yûsuf, 53).
Les savants dirent : se retenir dans une situation semblable témoigne de la sincérité et accroît la récompense.